Par Benjamin LOUVET

Voici pourquoi le mini krach sur le pétrole est totalement exagéré !

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, intervient
Boursorama - Ecorama : Econoclaste 14/11/2018

Benjamin Louvet, Gérant matières premières chez OFI AM, intervient suite à la chute de 20% en un mois du prix du baril de pétrole que quasi personne n'avait anticipée !

Personne n’avait anticipé ce mini krach sur le pétrole avec 13 séances de baisses consécutives sur ses cours (20 dollars de baisse en 1 mois) : le brent est passé de 86 dollars à 65 dollars aujourd’hui.

Une correction était anticipée mais pas de cette ampleur.
Plusieurs facteurs ont renforcé ce mouvement de baisse mais le plus important est sans doute le nombre colossal de positions de la part des spéculateurs sur ce marché afin de jouer la hausse du pétrole (1,1 million de contrats sur le brent et le WTI).
Beaucoup d’investisseurs avaient spéculé sur l’annonce des sanctions iraniennes et une fois leur mise en place effectuée, ceux-ci ont récupéré leurs bénéfices. Paradoxalement, après avoir annoncé un embargo sur le pétrole iranien, Donald Trump a délivré des « Waivers » c’est-à-dire des exemptions pour un certain nombre de pays, dont l’Italie, la Chine, l’Inde, et la Corée du sud, afin qu’ils puissent continuer à acheter du pétrole à l’Iran mais de manière restreinte.

Au départ, Donald Trump arborait une posture extrêmement ferme sur le sujet puis progressivement la réalité a repris le dessus. En effet, une certaine détente s’effectue aujourd’hui sur les cours du pétrole mais le marché reste très tendu du fait de l’accumulation de plusieurs facteurs.

  • Les capacités excédentaires de production (« spare capacity ») sont à un plus bas depuis plusieurs années avec 1,5 million de barils par jour et peuvent être mobilisées sous 3 mois pour une durée minimum de 3 mois. Mais il y a très peu de marges de manœuvre car l’essentiel de ces capacités se trouve en Arabie Saoudite et au sein de celles-ci se trouvent au moins 500 000 barils par jour d’un pétrole très lourd et fortement soufré qui n’intéresse pas les raffineries.
    De plus, nous sommes actuellement dans une saisonnalité où la demande de pétrole baisse naturellement parce que les raffineries mettent en place leurs opérations de maintenance pour changer leur mix produit avant l’hiver et consomment par conséquent moins de pétrole.
  • Les sanctions des Etats-Unis vis-à-vis de l’Iran s’avèrent moins dures que prévues ce qui laisse à penser que les quantités de pétrole seront supérieures à celles attendues.
  • Des petites révisions de croissance à la baisse (70 000 barils) participent au sentiment négatif sur le marché.
  • Donald Trump critique constamment l’OPEP sur le prix du pétrole, pensant qu’il devrait être bien moins élevé.
  • Le mouvement survenu hier pourrait provenir de liquidations forcées d’un certain nombre de hedge funds sur le marché du pétrole.

Selon OFI Asset Management, la tendance reste haussière sur le pétrole.

L’offre semble toujours supérieure à la demande aujourd’hui ?

A court terme, la demande croît moins vite mais les chiffres de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) parlent tout de même d’une hausse de la demande d’1,4 million de barils par jour l’an prochain, chiffre qui reste conséquent compte tenu que depuis quelques années, l’augmentation de la consommation de pétrole a toujours été entre 1,2 et 1,5 tous les ans.

Chez OFI Asset Management, malgré cette correction relativement violente du marché à court terme, nous avons renforcé nos positions aujourd’hui car nous restons convaincus que le prix du baril atteindra 100 dollars fin 2019 ou début 2020.
En effet, le pétrole conventionnel, représentant 95% du pétrole consommé dans le monde, subit chaque année une déplétion naturelle de 5%. Pour contrer ce mécanisme de baisse, on estime à 650 milliards de dollars le montant à investir annuellement mais depuis 3 ans, seulement 450 milliards ont été engagés. Ce retard n’est pas rattrapable car la construction d’une plateforme pétrolière prend du temps. Nous rentrons donc dans une période où la production de pétrole conventionnel va avoir du mal à suivre la demande. On comptait sur les pétroles de schiste pour combler ce manque mais ceux-ci font face aujourd’hui à de nombreux problèmes, notamment de logistique par conséquent même si l’on augmentait sa production, on ne pourrait pas le sortir de la zone.
Nous sommes donc face à un écart de prix entre le WTI et le pétrole de schiste et attendre une augmentation de la production de ce dernier est impossible. A ce sujet, l’AIE a déclaré hier que si les investissements dans le secteur conventionnel ne doublent pas à court terme, projet qui n’est pas envisagé surtout avec la baisse actuelle, un réel problème de production de pétrole va se poser à horizon 2025.
Le marché prenant toujours un peu d’avance, les prémices devraient voir le jour dès 2019/2020 avec un baril de pétrole atteignant 100 dollars.

Face à ce scénario, Donald Trump a encore montré hier son mécontentement dans un tweet adressé à l’OPEP dans lequel il espère qu’elle ne réduira sa production car selon lui, le prix du pétrole devrait naturellement être bien plus bas. La conséquence directe de ce message a été 5% de baisse.

Fin de semaine dernière, l’annonce de l’Arabie Saoudite sur une baisse de 500 000 barils d’ici décembre aurait dû théoriquement engendrer une augmentation des cours du pétrole mais ces derniers continuent de baisser.

La nouvelle a été totalement absorbée par l’ouverture en hausse du marché à 2,5% suivi du tweet de Donald Trump qui a poussé le marché dans l’autre sens.
Mais au-delà des 500 000 barils annoncés par l’Arabie saoudite, les membres de l’OPEP, qui se réuniront le 6 décembre, ont déjà trouvé un accord pour réduire la production d’un million de barils par jour l’année prochaine car ils ne laisseront pas redescendre le prix du pétrole comme ils ont pu le faire en 2014 où l’objectif d’affaiblir les pétroles de schiste avait réussi.
L’OPEP souhaite « resserrer les boulons » mais l’exercice est compliqué face à Donald Trump qui ne partage pas leur objectif mais également devant le projet de loi « Nopec » (No Oil Producing and Exporting Cartels) qui consiste à dénoncer l’attitude de cartels de l’OPEP et c’est pour cette raison que l’OPEP ne parle jamais du prix du pétrole mais d’équilibre entre l’offre et la demande.
L’OPEP est aujourd’hui dans une logique beaucoup plus constructive sur les prix du pétrole qu’elle veut stabiliser entre 60 dollars et 70 dollars.

Le pétrole est l’un des paramètres qui influent le plus sur l’économie et pourtant anticiper son prix semble être des plus compliqué. Est-ce l’actif le plus dure à anticiper ?

Chez OFI Asset Management, quand le prix du pétrole était à 30 dollars, nous l’anticipions à 50 dollars fin 2017 et à 80 dollars fin 2018. Notre scénario se base depuis 2 ans sur le manque d’investissement et s’enrichit aujourd’hui avec d’autres éléments non pricés par le marché qui pourraient très vite nous ramener à la réalité : en décembre, les élections en Lybie qui est un pays exportateur (1 million de barils par jour) pourraient perturber la production et en avril, les élections au Nigéria pourraient se voir entraver par le groupuscule « Mouvement de Libération du Delta du Niger » qui plaide pour un meilleur partage de la manne pétrolière.

Selon moi, la baisse actuelle est exagérée et une saisonnalité qui milite pour un recul des prix du pétrole aux alentours de 75 dollars le baril, mais à 65 dollars la baisse est excessive. Donc, chez OFI Asset Management, nous revenons à l’achat sur ces niveaux-là.

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