Par Yannick LOPEZ

Une semaine dominée par de nombreux enjeux politiques

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, intervient sur les enjeux politiques qui vont ponctuer la semaine
BFM Business - Intégrale Bourse 26/11/2018

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, intervient sur les enjeux politiques qui vont ponctuer la semaine en Europe et aux Etats-Unis.

Le volte-face du gouvernement italien n’était pas attendu aussi rapidement car même si nous n’en sommes qu’au stade de déclarations politiques, il sous-entend qu’il pourrait éventuellement moduler l’objectif du déficit sur PIB attendu pour 2019.

Effectivement, le discours évolue mais peut également s’inverser avec d’autres déclarations plus dures. Ce sujet est géré par Matteo Salvini et Luigi Di Maio au gré de leurs intérêts politiques et électoralistes et ces deux hommes forts ne sont pas dans la même dynamique :

  • Matteo Salvini, leader de La Ligue, a « le vent en poupe » : il avait obtenu 17% des suffrages lors des élections de mars et se retrouve aujourd’hui crédité de plus de 30% d’intentions de votes si de nouvelles élections générales devaient avoir lieu.
  • A l’inverse, Luigi Di Maio, dirigeant du Mouvement 5 étoiles, avait reçu 32%/33% aux élections et se retrouve actuellement avec 27%/28% d’intentions de votes.

En cas de rupture de la coalition, Matteo Salvini serait donc aujourd’hui le moins impacté et statistiquement, l’Italie rentre dans une zone de danger puisque les gouvernements ne tiennent rarement plus de 10-12 mois en moyenne. De plus, pour rappel, cette alliance est très clairement contre-nature puisque les programmes avaient très difficilement été réconciliés.
D’un côté, les taux d’intérêt montent et le Président de la Banque d’Italie, qui a calculé la note sur ces niveaux, estime à 5 milliards la facture supplémentaire sur le budget de l’année prochaine, et de l’autre, des jeux politiques s’enchaînent entre Matteo Salvini et Luigi Di Maio.
Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, le marché « achète » l’idée et les taux d’intérêts se détendent avec une baisse sur toute la courbe d’environ 10 points de base. Mais nous restons cependant largement au-dessus de 3% sur le 10 ans italien et par conséquent en zone de tensions.

Les sources proches du gouvernement italien rapporte qu’une réunion est prévue pour recalibrer certains des objectifs budgétaires 2019 qui ont été transmis à Bruxelles.
Assistons-nous à la ré-émergence de l’idée du « put » des banques centrales c’est-à-dire qu’elles se tiennent prêtes à intervenir en cas de dérapage trop rapide et/ou trop douloureux de la situation sur les marchés du point de vue économique ?

Les banques centrales n’ont aucun intérêt à se retirer dans la précipitation et recréer de l’instabilité sur les marchés car cette attitude serait destructrice face à tout ce qu’elles ont mis en place depuis le début de la grande crise financière de 2008. Et ce sont davantage elles et non les politiques qui ont résorbé et stabilisé cette crise en empêchant le pire.
Les banques centrales sont et seront encore pour très longtemps très présentes dans le marché et feront preuve de beaucoup de prudence.
Cependant, les Etats-Unis et l’Europe n’en sont pas au même stade du cycle.
Globalement, la dynamique est moins bonne en Europe avec croissance du PIB au troisième trimestre décevante de 0,2% contre 0,4% attendu mais également aux Etats-Unis où des signes de ralentissement apparaissent dus à la politique conflictuelle menée par Donal Trump sur l’aspect commercial.
Mais la situation ne semble pas suffisamment dégradée de part et d’autre pour qu’un changement de discours des banques centrales s’opère et cela pour plusieurs éléments. Par exemple en Zone Euro le principal taux d’intérêt directeur, le taux de dépôt, se situe à -0,40%.Nous restons donc toujours extrêmement bas et malgré quelques années de croissance, la Banque Centrale Européenne n’a pas reconstitué de munitions en cas de retournement de la croissance. Aussi, sauf cataclysme d’ici le 13 décembre, elle devrait confirmer l’arrêt de son programme d’achat net initié en 2015.
Maintenant, la BCE est très attendue sur sa politique de réinvestissement de ses 2600 milliards d’actifs obligataires détenus dans son portefeuille.