Par Eric TURJEMAN

Risques du budget italien et divergence des secteurs boursiers

BFM Business - Intégrale Placements, le face à face 01/10/2018

Le face à face, présenté par Guillaume Sommerer sur BFM Business, a opposé Eric Turjeman, Directeur des Gestions Actions et Convertibles chez OFI AM, et Pierre Sabatier, Président de Prime View.

Le budget italien, un vrai risque pour les marchés ? par Eric Turjeman, Directeur des Gestions Actions et Convertibles chez OFI AM

Le budget italien, un vrai risque pour les marchés ?

L’annonce du budget italien avec 2,4% de déficit a suscité beaucoup de cris d'orfraie mais finalement le marché ne s’inquiète pas outre mesure. Il y a effectivement une tension sur le 10 ans italien à 3,2% mais pas d’emballement et surtout pas de contagion aux autres taux et obligations souveraines en Europe.

La situation va bien au-delà du cas italien. Le problème tient au fait qu’après la deuxième guerre mondiale, tous les pays dits industrialisés ont connu une très forte croissance qui s’est normalement affaiblie au bout de 30 ou 40 ans pour des raisons démographiques mais aussi par une répartition de la richesse en faveur des émergents et au détriment de pays comme l’Italie, la France, l’Allemagne, les Etats-Unis, le Japon...
Comme ce partage n’a pas été admis, les pays se sont endettés mais arrive un moment où la croissance est moins forte. Au lieu d’expliquer le contexte aux populations, les hommes politiques tentent de trouver des boucs émissaires (l’Union Européenne pour les eurosceptiques ; la Chine, le Canada ou l’Europe pour les Etats-Unis) car ils ont comme objectifs d’être élus et pour cela ils sont prêts à raconter tout et n’importe quoi : le problème italien est lié aux futures élections européennes et celui de Donald Trump aux élections de mi-mandat aux Etats-Unis.
Au final, que va-t-il se passer ? En Italie, si le pays sort de la zone Euro, les taux ne seront pas à 3,20% mais plutôt à 15% ou 20% comme en Argentine. Les marchés s’emballent pour de fausses raisons car cette situation ne se produira pas.
Les gouvernements rentreront dans le rang une fois les élections passées mais également, en ce qui concerne l’Italie, quand les deux partis incompatibles, la Ligue et le Mouvements 5 Etoiles, se sépareront.

Comment interpréter la divergence des secteurs boursiers ? par Eric Turjeman, Directeur des Gestions Actions et Convertibles chez OFI AM

Comment interpréter la divergence des secteurs boursiers ?

Quelle allocation par rapport au risque italien ? L’Europe moins chère, moins hautement valorisée que les Etats-Unis, devient-elle la priorité pour vos équipes ?

L’Europe est moins chère car sa croissance est moindre. Aux yeux des pays hors Europe, il y règne une vraie cacophonie : les pays du sud et du nord sont en désaccord ainsi que l’est et l’ouest, le Royaume-Uni veut en sortir mais ne sait pas comment s’y prendre ni les impacts que cela va engendrer.
Tout ce bruit créé forcément une décote. Fondamentalement, les entreprises européennes qui sont internationales ne sont pas très chères. Celles-ci ne sont pas sensibles aux événements qui se déroulent en Europe mais à ce qui se passe dans le monde et donc à la croissance mondiale.
Les flux sont internationaux. Il est compréhensible qu’un investisseur qui n’est pas européen ne veuille pas investir en Europe surtout quand un pays comme l’Italie est au bord de la rupture.

En termes de secteurs, depuis quelques jours, face aux banques et à l’automobile qui reculent à nouveau, les investisseurs se tournent vers les valeurs dites « chères ».

C’est une énorme erreur. Quand il y a un doute sur la croissance, les investisseurs se tournent vers les valeurs dites « refuges ». En Italie, dès qu’un problème apparaît, ils se réfugient sur le Bund, le taux qualifié de sans risque, jouant le rôle de valeur refuge comme l’or auparavant.
Face aux questions de croissance économique (Trump, l’Italie…) et malgré les annonces des Banques Centrales, l’inconscient collectif estime que les taux vont rester très bas et longtemps. Les investisseurs achètent donc des obligations « refuges » qui ne rapportent rien et des actions qui ressemblent à des obligations dont le rendement et le dividende sont assez lisibles. Parallèlement à cela, ils vendent les banques, l’automobile et les cycliques. Tout cela fait monter les valeurs défensives dites de qualité et de croissance et créé une dichotomie au niveau des valorisations. Certaines valeurs « cycliques » dites « value » sont complètement bradées.
Cette situation peut durer et l’écart peut encore se creuser mais au bout d’un certain temps, la logique finit toujours par l’emporter.

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