Par Yannick LOPEZ

Retraite de Bill Gross – Retour de tensions sur la dette italienne

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, intervient suite à l'annonce de la retraite de Bill Gross et aux retours des tensions sur la dette italienne
BFM Business - Intégrale Bourse 04/02/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

L'Américain Bill Gross, l'un des grands noms de la gestion obligataire des quarante dernières années, a décidé de prendre sa retraite. Chez Pimco, il avait été à la tête d’un fonds qui fut un temps le plus gros fonds obligataire du monde avec 300 milliards de dollars d'actifs sous gestion.
Il avait rejoint depuis quelques temps une autre société de gestion et ces derniers années ont été un peu moins favorables pour lui en tant qu’investisseur.
A une certaine période, Bill Gross avait dit « préparez-vous à shorter le 10 ans allemands, ce sera le short d’une vie », peut-être l’une de ses dernières erreurs.

A cette période, le taux allemand était passé de 0 environ à 1% en ligne droite. Quelques semaines auparavant, deux grands personnages de la gestion obligataire s’étaient prononcés sur le fait que le taux de rendement allemand était excessivement bas et que cela faisait sens de le vendre à ces niveaux-là. Et les taux avaient remonté.
A l’époque, les raisons de cette hausse étaient restées assez obscures mais il est à noter que lorsque les marchés se trouvent à des niveaux de valorisation extrêmes, des retournements de tendance assez brutaux peuvent se produire. Les OAT ont la particularité de rester stables longtemps puis d’être sujettes à des mouvements violents, notamment lors de changements de régime économique, de mauvaises communications des Banques Centrales qui peuvent prendre les investisseurs à revers.

On observe de très fortes pressions à la baisse sur les taux sans risque : le 10 ans allemand se situe autour de 17 points de base aujourd’hui et le 10 ans américain peine à se relever à 2,72%.
Les taux italien, après s’être largement assagis ces derniers temps, ont vu le retour de tensions de 10 à 15 points de base en fin de semaine dernière. Quelles sont les raisons qui expliquent que le sujet italien soit revenu à l’esprit des investisseurs ?

En Italie, le contexte macroéconomique est dégradé mais jusqu’à jeudi, les investisseurs ignoraient les mauvaises nouvelles et restaient dans une configuration de recherche de rendement. Les taux italiens offraient et offrent toujours des rendements substantiellement supérieurs à ceux des autres pays : le 10 ans italien se situent autour de 2,75% (contre un bund allemand à 0,17% et une OAT française sous 0,60%) et attirent bon nombre d’investisseurs depuis fin novembre.
La psychologie des marchés peut changer à une vitesse incroyablement rapide puisque à la fin de l’année dernière, la moindre actualité concernant l’Italie émettait un stress dû au contexte de négociations sur le budget italien et aux tensions entre Rome et Bruxelles. Et même en cas d’amélioration de tendance, les marchés ne voyaient que le négatif. Puis, la situation s’est calmée car l’Italie, en acceptant de revoir à la baisse sa prétention de déficit, a fini par s’accorder avec l’Union Européenne.
De plus, en ce début d’année, le contexte macroéconomique en zone Euro se dégrade très vite, les enquêtes PMI et autres plongent rapidement (PMI italien manufacturier se situe sous 50) et la Banque d’Italie a revu sa croissance pour 2019 à 0,7 soit trois dixièmes en dessous des projections du gouvernement sur lesquels ils se sont basés pour faire leur budget et donc un déficit de 2,04.
Cette conjoncture pose un problème car si la croissance est plus faible alors les rentrées fiscales le seront également et le déficit n’en sera que plus important, ce qui représente un facteur négatif pour les marchés, notamment pour les taux italiens, la prime de risque étant censée s’accroître.
Les marchés ont ignoré cette situation pendant un temps car le contexte était différent (recherche de rendement, intervention de la BCE, rumeurs de TLTRO) et se sont violemment retournés vendredi.