Par Yannick LOPEZ

Quid du marché obligataire face à la situation de choc sur les cours du pétrole

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management,
BFM Business - Intégrale Bourse 16/09/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Un choc d'offre sur le pétrole peut avoir un côté inflationniste : la mauvaise inflation à travers les prix des matières premières accompagnée d'un effet potentiellement récessif si les prix venaient à impacter le pouvoir d'achat des consommateurs dans le temps.

Au regard du choc relativement majeur survenu en Arabie Saoudite, le mouvement du marché obligataire paraît beaucoup moins spectaculaire : le taux 10 ans baisse d'environ 2 points de base en Allemagne, de 3 points de base en France (OAT française autour de -0,20%) et de 4 points de base en Italie à +0,85%.

Les marchés obligataires ont beaucoup corrigé depuis début septembre. Et depuis les annonces de la Banque Centrale Européenne, le taux 10 ans allemand se maintient sur les derniers niveaux atteints autour de -0,45% et le 10 ans américain est bien remonté jusqu'à 1,90% alors que va se tenir dès demain la réunion de la Banque Centrale Américaine.
Existe-t-il un lien entre la séquence « Banques Centrales » et la correction du marché obligataire qui a lieu depuis quelques semaines ?

Depuis quelques jours, le mouvement est assez impressionnant puisque le 10 ans allemand, après avoir quasiment touché les -0,80%, est remonté vers -0,45% à la suite de la réunion de la Banque Centrale Européenne qui s'est tenue la semaine dernière.
L'impact relativement mineur sur les taux d'intérêt par rapport au choc pétrolier est probablement lié au sentiment de fin de cycle sur ce que peut entreprendre la BCE aujourd'hui et à la conviction que la politique fiscale devrait prendre le relai.

Quel sera l'impact du programme de Quantitative Easing qui va être relancé en novembre et dont l'ampleur semble assez minime ?
Il est peu probable que ce QE puisse abaisser les taux d'intérêt à l'image de ce qui s'est produit en 2015 eu égard au peu d’importance de ce que les Banques Centrales vont racheter comme dettes des différents pays.

De manière générale, les marchés obligataires corrigent face à un choc pétrolier ou un choc d'ordre financier car ce sont les principales, voire les uniques raisons qui peuvent emmener vers une récession. Mais aujourd’hui ils digèrent également les récentes annonces de la BCE.

Faut-il y entrevoir un discours un peu moins agressif de la part de la Fed sur les prochaines baisses de taux, notamment celle prévue mercredi ? Les statistiques publiées affichent une inflation à la hausse pour le troisième mois consécutif. Aux Etats-Unis, l’inflation cœur reste au-dessus des attentes à 2,4% contre 2,2% le mois dernier. L’économie délivre toujours à son potentiel voire de manière légèrement supérieure.
Et le 25 juillet dernier, la baisse de taux annoncée par Jerome Powell comme un ajustement de milieu de cycle signifiait clairement qu’il ne s’engagerait pas dans un grand cycle de baisse car aucune récession n’était à venir.
Malgré ce contexte, la Fed va baisser les taux, c’est une certitude et le contraire serait un choc pour les marchés. L’enjeu va porter sur l’argumentaire de jerome Powell qui va annoncer ou pas une deuxième mi-temps de l’ajustement de milieu de cycle.
Son discours devrait tout de même rester prudent car rester agressif lui attirerait certainement les foudres de Donald Trump.