Par Eric TURJEMAN

Quelles perspectives pour les marchés en 2019 ?

Eric Turjeman, Directeur des Gestions Actions et Convertibles chez OFI AM, intervient sur les perspectives des marchés en 2019
BFM Business - Intégrale Placement, l'oeil du stratège 04/01/2019

Eric Turjeman, Directeur des Gestions Actions et Convertibles chez OFI AM

En ce début d’année, les marchés mondiaux baissent d’environ 20% depuis les plus hauts.
Au cours des 20 dernières années, des baisses supérieures à 20% se sont produites 6 fois et dans deux cas de figure, un vrai krach s’est produit avec une baisse de 50% : en 2001/2002 où la bulle internet avait explosé avec des valorisations à 50 fois les bénéfices et en 2008 avec la crise de Lehman Brothers où s’en est suivie une récession mondiale en 2009. Les autres cas (crise asiatique en 1998, crainte de l’éclatement de la zone Euro en 2011, ralentissement chinois en 2015) ont subi 20% de baisse sensible suivis d’un rebond.
Donc finalement, le contexte actuel affiche-t-il un ralentissement de l’économie mondiale ou une récession ?
Si nous sommes réellement en période de récession, la baisse va continuer et sera susceptible d’engendrer des krachs à l’image de ceux connus les années précédentes, mais si nous ne sommes qu’en présence d’un ralentissement, certains niveaux de cours actuels « pricent » déjà une récession sur certains secteurs.

En termes de dynamique économique et au regard des derniers indicateurs américains, notamment l’ISM manufacturier qui affiche le pire ralentissement en 10 ans, doit-on en déduire que l’ampleur est alarmante ou que, au contraire, nous sommes toujours en expansion et donc en période de croissance ?

Aujourd’hui, aucun indicateur ne prouve une récession. Le ralentissement visible actuellement est normal car dans tout cycle, il y a des ralentissements. Que la croissance mondiale soit revue de 3,8% à 3,6% et peut-être jusqu’à 3% dans les mois à venir, montre un ralentissement et non une récession. Pour rappel, le krach boursier de 2008 s’est produit un an avant une récession mondiale (croissance négative durant plus de deux trimestres en 2009).
Le contexte actuel ne reflète pas cela pour le moment car les chiffres en Chine, aux Etats-Unis et en Europe montrent des ralentissements mais pas une récession. Cependant, ceux qui se montrent très baissiers aujourd’hui affirment que ce n’est qu’un début qui sera très certainement suivi par une récession amplifiée par tous les risques existants tels que le brexit, l’Italie, la guerre commerciale...
Mais une partie des marchés a déjà « pricé » ce risque donc la question est de savoir si l’on joue la récession ou non : Si l’on ne joue que le ralentissement conjoncturel , alors 20% représente déjà une baisse substantielle.

En Chine, après de mauvais signaux en début de semaine puis de meilleurs aujourd’hui, le PMI des services avec un plus haut de 6 mois tiennent alors que le manufacturier ralentit.

Le ralentissement de la Chine est normal. On a connu des décennies à 10% mais à un moment donné, toute économie arrivant à un stade développé ralentit. Dans les trimestres à venir, il ne faut pas s’attendre à de très bonnes nouvelles en Chine malgré les plans de relance annoncés.
De plus, la guerre commerciale inquiète les Chinois qui n’avaient pas forcément anticipé la politique de Donald Trump.

Un ralentissement aura donc lieu en Chine mais aussi aux Etats-Unis et en Europe, l’économie restera sur un rythme mou. Mais jusqu’où ira ce ralentissement ?