Par Benjamin LOUVET

Quelles perspectives pour les marchés de l’or et du pétrole pour 2019 ?

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, intervient sur les perspectives pour les marchés de l’or et du pétrole pour 2019
BFM Business - Intégrale Bourse, Le Club de la Bourse 14/01/2019

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM

Sommes-nous face à un renversement total de la situation de décembre 2018 où l’on a semblé verser dans un pessimisme excessif ? Quels sont les facteurs de risque qui pèsent encore et quels sont ceux qui s’éclaircissent ?

Les prix du pétrole ont rebondi de près de 20% depuis le 25 décembre 2018 ce qui démontre un certain soulagement ou optimisme, notamment lié à l’avancée plutôt positive des pourparlers entre la Chine et les Etats-Unis.
Par ailleurs, le vif intérêt pour le marché de l’or n’est pas très rassurant et montre que le degré d’inquiétude sur les marchés reste assez élevé. La Banque Centrale Chinoise a notamment annoncé un achat d’or le mois dernier alors qu’elle ne l’avait pas fait depuis plus de deux ans. Un certain nombre de banques centrales qui n’étaient plus présentes sur ce marché comme l’Inde, la Pologne ou la Hongrie, en ont annoncé également. Et l’on peut observer les achats d’ETF repartir à la hausse.
Cette situation montre une certaine anxiété due également à d’autres facteurs évoqués notamment dans les discours de début d’année de grands gérants tel que Jeffrey Gundlach de DoubleLine (taux) qui parle de l’inquiétude naissante face à l’endettement d’un certain nombre de pays, au premier rang desquels les Etats-Unis qui n’ont pas profité de la période de croissance pour se désendetter et qui, aujourd’hui, ont au contraire renforcé la dette avec différentes mesures fiscales. Les Etats-Unis dépassent les 100% de dettes sur PIB ce qui complique la politique monétaire de la Fed.

Le pétrole et l’or sont un peu aux antipodes : redressement de20% du pétrole après un « bear market » et réveil de l’or en fin d’année dernière alors que des risques se sont accumulés tout au long de 2018. Appétit pour le risque signalé par le redressement des cours du pétrole ou stratégies défensives qui semblent enfin se matérialiser à travers la hausse des cours de l’or ?

Aujourd’hui, le pétrole est essentiellement mené à la hausse par des contraintes sur l’offre :

  • Craintes sur la possible poursuite des développements des pétroles de schiste car leurs niveaux de prix rendent l’augmentation de leur production délicate.
  • L’OPEP a repris la main car des pays comme l’Arabie Saoudite ont besoin d’un prix du pétrole élevé pour équilibrer leur budget.
  • Le manque d’investissement dans le pétrole conventionnel depuis trois ans va se payer à partir de 2020 ce qui pourrait contraindre l’offre de pétrole.

A très court terme, il est possible que, dans un premier temps, les inquiétudes sur l’économie permettent à l’or de se réapprécier. Dans ces conditions-là, il sera difficile pour le pétrole d’aller beaucoup plus haut, à moins d’avoir une nouvelle réduction de la production par l’OPEP.
Dans un deuxième temps, si l’économie repart sur de bonnes bases, le pétrole devrait connaitre un très fort rebond.

L’or et le pétrole ne sont pas antinomiques : la Fed pourrait être obligée de soutenir l’économie en revenant sur sa politique monétaire ce qui permettrait de maintenir des taux réels assez bas ce qui est positif pour l’or et pas forcément négatif pour le pétrole.