Par Jean-Marie MERCADAL

Quelle stratégie d'allocation adopter en 2019 ?

Jean-Marie Mercadal, Directeur Général Délégué en charge des gestions chez OFI AM, intervient sur les perspectives d'allocation à adopter en 2019
BFM Business - Intégrale Placement, l'oeil du stratège 14/01/2019

Jean-Marie Mercadal, Directeur Général Délégué en charge des gestions chez OFI AM

Les petits gains obtenus depuis le 1er janvier ont été annulés et les niveaux se retrouvent à nouveau flat.

Après être passés neutres en mai 2018, nous avons conseillé à nos investisseurs de revenir vers les actions en fin d’année dernière, sur des niveaux à peu près similaires autour de 4700 sur le CAC 40.
Il est vrai que depuis quelques mois, les marchés s’inquiètent du ralentissement économique mondial mais les niveaux de valorisation atteints sur les bourses européennes et même américaines semblent intégrer une dégradation des bénéfices à venir. De plus, si l’on compare les actions en relatif aux autres placements, investir sereinement à moyen terme semble possible à ces niveaux-là, mais uniquement si nous ne rentrons pas dans un scénario de récession avéré.

Donc selon vous, les niveaux actuels tiennent compte d’une baisse des résultats à venir. Avez-vous des craintes face à la période de publications de résultats qui va démarrer ?

Depuis les plus hauts de l’année dernière, les marchés actions en Europe ont perdu à peu près 20% (notamment le CAC 40), chiffre qui prend en compte le fait que les résultats vont être revus à la baisse au vu du ralentissement de la croissance mondiale.
Le consensus actuel se trouve autour de +8% à 10% sur les bénéfices des entreprises en Europe mais la réalité se tiendra certainement nettement en dessous, entre 0% et 5%. Aujourd’hui, les différentes hypothèses macro indiquent que les bénéfices resteront en territoire positif. En effet, avec des dividendes autour de 4% pour les actions européennes et des niveaux de PER autour de 13, nous ne sommes absolument pas dans des zones excessives de bulle boursière.

Sans parler de « bulle », les marchés sont malgré tout encore trop optimistes par rapport aux publications des entreprises à venir. Il peut même y avoir des risques de profit warning (Apple)…

Des révisions à la baisse des bénéfices se produiront très probablement. Les marchés sont « en avance » : ils ont anticipé les mouvements à la baisse des prochains mois. Il réside toujours un décalage entre la réalité des prévisions « bottom up » des analystes et les anticipations des marchés.

Les marchés ont déjà pas mal baissé, les niveaux de cours actuels sont rentables et il n’y a pas d’inquiétude macroéconomique. Pas de récession malgré tous les signaux de ralentissement ?

Le côté positif repose sur plusieurs facteurs :

  • Les marchés ont déjà baissé et intégré les révisions à la baisse des bénéfices.
  • Dans l’environnement actuel, il est difficile d’envisager de fortes tensions sur les taux d’intérêt. A ce propos, le président de la Fed a rassuré les marchés avec l’éventualité d’une pause sur la remontée des Fed Funds.
  • La croissance internationale va-t-elle être révisée très fortement ou pas ? Les deux sujets principaux sont les Etats-Unis et la Chine.

Les Etats-Unis montrent un ralentissement même si le « shutdown » va probablement troubler la lecture à court terme. Partant d’un taux de croissance dopés en début d’année dernière par les effets de la relance budgétaire mais surtout de la réforme fiscale, les Etats-Unis ralentissement aujourd’hui vers un taux de croissance autour de 2,5% (plateau) ce qui n’est pas si mal par rapport à une fin de cycle très long.
En Chine, le Président Xi Jinping a expliqué en début d’année dernière que face à l’endettement du pays, le maître-mot était le « deleveraging de la Chine » (désendettement) mais, peut-être un peu trop rapide, les autorités chinoises tentent de ralentir ce mouvement en baissant les taux d’intérêt et le taux de réserve obligatoire des banques. Mais la Chine semble ralentir un peu plus que ce que le gouvernement voudrait et c’est la raison pour laquelle sont attendues de nouvelles mesures, éventuellement fiscales puisque qu’il est nécessaire que les chinois réagissent par rapport au choc de compétitivité réalisés par les Etats-Unis il y a un an.
Dans ce panorama, la guerre commerciale se trouve presque au second plan. Chez OFI Asset Management, notre scénario se fonde sur une future entente entre les chinois et les américains puisqu’ils ont un intérêt commun. Pour le moment, on peut toujours parler de « soft landing » à cause du manque de confiance dans les statistiques officielles.
A partir de 2020, les Etats-Unis vont entrer en campagne électorale et Donald Trump va tout faire pour être réélu et notamment trouver un accord avec la Chine.

Est-il encore temps de se renforcer et de reprendre un peu de risque, même si le CAC est déjà un peu remonté par rapport aux plus bas ?

Aux Etats-Unis, tout est allé très vite : le S&P 500 a repris un extrême, pratiquement 10%. Au vu du panorama macroéconomique décrit précédemment, il y aura encore beaucoup de volatilité mais nous n’envisageons pas de fortes baisses par rapport au niveau actuel sur les marchés actions.
Selon moi, il faut reconstruire des positions sur les actions européennes qui nous semblent un peu moins chères et sur les actions américaines car leurs valorisations ont énormément baissé. En effet, l’année dernière, les bénéfices ont monté de 20% pendant que la bourse baissait ce qui, mécaniquement, engendre une bourse beaucoup moins chère qu’elle ne l’était. Aujourd’hui, le PER global des actions américaines se situe autour de 15.
En ce qui concerne les taux, l’année dernière a subi beaucoup de mouvements qui ont redonné un certain attrait à certains segments de la classe obligataire, notamment le crédit High Yield puisque les spreads ont beaucoup monté. Il me semble qu’aujourd’hui, dans un contexte où les taux ne vont pas remonter instantanément, il est intéressant de construire des portefeuilles sur le segment High Yield en Europe avec des rendements autour de 5,5%/6% sur des horizons de 3 à 5 ans.
Des marches de manœuvre sont également à considérer sur l’Investment Grade et les obligations émergentes.