Par Benjamin LOUVET

Que penser des niveaux de marchés actuels ?

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, analyse les niveaux de marchés actuels
BFM Business - Intégrale Bourse, Le Club de la Bourse 17/04/2019

Depuis le début de l’année, chaque mois semble marquer la fin de la hausse des marchés mais aujourd’hui, le CAC 40 progresse toujours.

Le changement de discours des Banques Centrales est le point majeur qui a justifié la poursuite de la hausse car aujourd’hui l’intérêt des marchés porte essentiellement sur leur soutien.
Le marché reste également porté par un certain nombre de facteurs favorables dont la croissance chinoise légèrement supérieure aux attentes mais également l’attente d’un accord entre les Etats-Unis et la Chine. Mais que va-t-il se passer une fois que tous ces éléments positifs auront été publiés ?
L’appétit pour le risque revient progressivement aujourd’hui. L’or corrige un petit peu en raison du discours très accommodant des Banques Centrales en Europe mais surtout aux Etats-Unis et de l’attitude très agressive de Donald Trump vis-à-vis de la Fed.
Chez OFI Asset Management, nous restons relativement prudents dans le contexte actuel avec une exposition aux actions européennes légèrement supérieures aux actions américaines.

L’amélioration des signaux économiques ne peut-elle pas justifier une poursuite à la hausse et notamment de la part de la Chine dont le chiffre de croissance est supérieur aux attentes à 6,4%. De plus, beaucoup d’indicateurs ont montré ces derniers jours une accélération, notamment le crédit avec +14%.

Hormis la Chine qui est une très bonne surprise des dernières nouvelles économiques, l’Allemagne a suscité beaucoup de déception et, lors de son dernier FOMC (Federal Open Market Committee), la FED (Federal Reserve) a révisé à la baisse les prévisions de croissance aux Etats-Unis. Donc, même si la situation semble se stabiliser, un certain nombre de sujets d’inquiétudes subsistent.
La confirmation d’un équilibre viendra des chiffres publiés dans les mois à venir…

Le pétrole

Sur l’Europe, on espère une accélération au deuxième semestre mais la progression des cours du pétrole pourrait limiter le potentiel d’accélération de la dynamique.

Les cours du pétrole ont deux problèmes principaux qui risquent de persister pendant longtemps :

  • A court terme : la décision et l’implication fortes des pays de l’OPEP avec la Russie pour rééquilibrer le prix du pétrole. Cette situation pousse actuellement les Etats-Unis à éventuellement revoir leur attitude vis-à-vis de l’Iran. En effet, les exemptions pour les exportations de l’Iran qui devaient se terminer prochainement pourraient être prolongées pour quelques pays. Face à l’effondrement du Venezuela et la problématique libyenne, l’Iran demeure le seul facteur sur lequel les Etats-Unis ont encore un peu de marge de manœuvre.
    A très court terme, dès le deuxième semestre, les stocks qui ont déjà beaucoup baissé dans les pays de l’OCDE hors Etats-Unis, pourraient diminuer aux Etats-Unis, les saoudiens faisant en sorte d’y exporter moins de pétrole afin de mettre en lumière cette baisse.
  • A plus long terme : problématique du manque d’investissement. Chez OFI Asset Management, notre scénario repose sur un baril de brent qui reverra 100 dollars probablement avant la fin de l’année ou début 2020 pour se stabiliser autour de 85 dollars.
    Depuis trois ans, seuls 450 milliards de dollars sont investis dans le développement de la production pétrolière qui en nécessite normalement 630 milliards. L’Agence Internationale de l’énergie s’en est inquiétée dans son dernier rapport publié en novembre : si cette base d’investissement est maintenue, 12 millions de barils de pétrole de schiste devront être mis en production d’ici 2025, soit l’équivalent de la production de l’Arabie Saoudite (« du jamais vu »).
    Mais le souci encore méconnu du pétrole de schiste est qu’il est très léger et qu’une fois raffiné, il en ressort essentiellement de l’essence. Donc remplacer du pétrole iranien, libyen ou vénézuélien (lourd) par du pétrole de schiste ne va pas suffire.
    De plus, les réformes maritimes qui verront le jour au 1er janvier 2020 vont imposer l’utilisation du diesel à la place du fuel lourd ce qui va déstabiliser le marché du diesel et probablement faire s’envoler les marges de raffinage sur ces produits qui sont issus des pétroles plus lourds.

Sur le pétrole à court terme, des facteurs perturbants d’ordre politique peuvent apparaître, notamment si Donald Trump réussit à faire plier l’Arabie Saoudite et lui demander de rehausser sa production pour rééquilibrer le marché. Mais sur le long terme, le manque d’investissement ne se rattrape pas donc à horizon 2021, le pétrole conventionnel, qui représente toujours aujourd’hui 93% du pétrole exploité dans le monde, va connaître un problème de déplétion.

Les Banques Centrales

Aujourd’hui, la Fed a modifié son positionnement en redevenant plus accommodante, mais pendant combien de temps les effets de ce changement vont-ils durer ?
Maintenant, l’endettement des Etats est un vrai problème macroéconomique : les Etats-Unis ont 105% de dette sur PIB qui, selon le Congressional Budget Office, se situeront entre 135% et 140% en 2028. A 100% de dette sur PIB, si les taux d’intérêt réels montent de 1%, 1% supplémentaire du PIB part en remboursement des intérêts de la dette.
La Fed attendait de l’inflation mais elle ne se produit pas alors si elle continue tout de même à augmenter ses taux, les taux réels vont monter et le poids de la dette va devenir compliqué à supporter. En 2008, la dette des Etats-Unis représentait 76% et le pays payait 451 milliards de dollars d’intérêts sur sa dette. En 2018, à 105% d’endettement, les Etats-Unis payaient 458 milliards de dollars. La dette est devenue soutenable grâce à la baisse des taux d’intérêt. Que va-t-il se passer si les taux remontent ?
Il y a une réelle dichotomie entre la macro et la micro. Aujourd’hui les entreprises se portent plutôt bien et profitent de la faiblesse des taux d’intérêt pour effectuer des rachats d’actions qui créent de la valorisation. Parallèlement, la macroéconomie continue de poser problème et ce sujet cœur, le FMI en avait déjà parlé en 2013.
Ce contexte de taux d’intérêt réels faibles est propice à une bonne évolution des cours des métaux précieux sur le moyen terme.

Les matières premières

L’espoir que le ralentissement de la croissance soit derrière nous peut-il se traduire à travers les matières premières ? Le pétrole semble être partis pour rester à la hausse. Qu’en est-il des autres matières premières ?

Les éléments importants pour l’évolution des matières premières hormis le pétrole sont l’accord possible entre les Etats-Unis et la Chine et la période électorale aux Etats-Unis qui se rapproche.
Ce secteur représente aujourd’hui un gros potentiel, notamment dans le domaine des métaux de base qui, comme celui du pétrole, a manqué d’investissements ces dernières années.
Or, des développements de technologies, très consommateurs de métal, ont été réalisés notamment autour de la voiture électrique ou des éoliennes ce qui a créé de nouveaux usages de ces métaux auxquels il va être difficile de répondre rapidement.
Au cours de la deuxième partie de l’année, si le contexte politique et géopolitique est favorable, le secteur pourrait devenir très porteur pour les métaux de base.

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