Par Yannick LOPEZ

Prudence sur les marchés à la veille des « midterms »

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI AM, analyse la stabilité des marchés la veille des élections de mi-mandat aux Etats-Unis
BFM Business - Intégrale Bourse 05/11/2018

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, intervient la veille des élections de mi-mandat aux Etats-Unis et analyse la situation.

La semaine commence dans un calme relatif sur le marché obligataire : le 10 ans américain est revenu autour de 3,2%, niveau proche de celui de début octobre avant le coup de tabac sur les actifs risqués. Cette situation reflète-t-elle l’état d’esprit des investisseurs, notamment du marché obligataire ? Est-ce que ces investisseurs portent un avis particulier sur les événements politiques attendus cette semaine notamment les élections intermédiaires aux Etats-Unis ?

Le calme et la stabilité de cette séance sur les taux et les marchés actions signifient que les investisseurs restent très prudents face à l’échéance majeure des élections américaine de mi-mandat et les incertitudes extrêmement importantes qu’elles engendrent suite aux erreurs de sondages et aux différentes surprises sur le marché constatées au cours des derniers semestres.
Les taux d’intérêt restent assez stables et ce même face à quelques mauvaises nouvelles comme la publication en Chine des indicateurs PMI qui plongent fortement et qui, lors d’une séance classique, devraient entraîner une baisse des actions et des taux d’intérêt allemands. Dans le cas présent, les investisseurs restent attentistes et le resteront très certainement encore demain. Mais la journée de mercredi devrait voir se produire des ajustements assez significatifs.

Les investisseurs se préparent-ils à réagir à différents scenarii à l’issue des résultats du scrutin américain ?

A priori, les sondages indiquent que les démocrates devraient remporter la Chambre des Représentants mais selon toute vraisemblance, ils ne gagneront pas le Sénat car seulement un tiers des sièges va être renouvelé et sur ce tiers, la grande majorité des sièges appartient à des démocrates. Il faudrait donc une très large victoire des démocrates pour qu’ils remportent le Sénat ce qui est, selon les sondages, assez improbable.
L’hypothèse centrale laisse penser qu’à l’issue du scrutin, la Maison Blanche et le Sénat seront républicains avec une Chambre des Représentants démocrates. Les républicains vont donc perdre la majorité absolue et avoir des difficultés à mettre en place le reste des promesses de Donal Trump.

Quelles-sont les promesses du Président américain ?
La plus importante porte sur le plan de relance par les infrastructures avec 1500 milliards d’investissements promis pendant la campagne. Avec une Chambre des Représentant démocrate, la perspective de ces dépenses d’infrastructures va être sérieusement affectée. En effet, le déficit fédéral américain se creuse drastiquement et l’histoire américaine montre que les démocrates possèdent une rigueur budgétaire plus importante que les républicains. Donc, si les démocrates ont du pouvoir, ils vont très certainement vouloir « serrer la vis » afin que le déficit ne se creuse davantage.
Il est donc assez logique que les dépenses d’infrastructures ne soient pas relancées et que le déficit ne soit pas amplifié ce qui est, a priori négatif pour les marchés actions et qui pourrait entraîner une baisse des taux d’intérêt américains qui auraient été effrayés par une croissance qui accélère encore et un déficit qui se creuse et qu’il va falloir financer. On peut donc supposer que les taux d’intérêt, actuellement à 3,2% sur le 10 ans américain, soient à un plafond et aient tendance à baisser.
Mais la situation ne sera peut-être pas si négative pour les actions car les taux d’intérêt qui montent fortement effraient également les actions. Et comme les chiffres de l’emploi l’indiquent avec 250 000 créations d’emplois et un taux de chômage à 3,7%, la croissance américaine reste toujours très forte. Donc, Le meilleur des scénarii ne serait-il pas un statu quo voire une « paralysie » de l’administration sachant que les entreprises peuvent dealer avec des taux autour de 3,2% et que les Etats-Unis croissent de l’ordre de 3%.
Finalement, la situation pourrait être positive pour les taux d’intérêt et pas trop négative pour les actions.