Par Benjamin LOUVET

Pétrole : les cours du baril restent au plus haut depuis 4 ans

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, intervient sur BFM Business et analyse les cours du baril de pétrole qui se maintiennent au plus haut depuis 4 ans
BFM Business - Intégrale Bourse, Le Club de la Bourse 01/10/2018

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, analyse les cours du baril de pétrole, au plus haut depuis 4 ans avec un brent qui s'échange à près de 83 dollars.

Le mois de septembre a amené le baril de brent à plus de 83 dollars aujourd’hui. Comment en-est-on arrivé là ?

Une grosse dichotomie est en train de se produire au sein des matières premières. Les métaux de base souffrent avec la problématique de la guerre commerciale. Le pétrole pourrait pâtir également de la situation mais ce n’est pas le cas car celui-ci est contraint par une offre extrêmement réduite.
Au Venezuela, la production est en perdition totale et pourrait atteindre 1 million de barils en fin d’année contre 2,4 millions fin 2017. Afin de compenser cette perte, l’OPEP a décidé d’augmenter sa production mais elle l’a fait dans une moindre mesure. L’Arabie Saoudite a augmenté sa production de 200 000 barils en août pour la rebaisser par la suite.
La capacité des pays de l’OPEP et des pays alignés de remonter leur production pétrolière est remise en cause et les craintes sur l’Iran se manifestent de plus en plus tandis que la consommation ne faiblit pas.
Chez OFI Asset Management, nous sommes positifs sur le pétrole depuis longtemps. On a atteint nos objectifs et on peut se poser la question de savoir quels sont les éléments qui pourraient faire baisser le pétrole. Force est de constater que finalement il y a peu de risques hormis un consensus qui est en train de se positionner aujourd’hui sur le pétrole à 100 dollars.
L’une des raisons qui pourraient faire baisser les prix du pétrole est la baisse de la consommation mais il est difficile de l’entrevoir car historiquement, depuis 1970, seules trois périodes ont vu la demande de pétrole baisser : 1973 premier choc pétrolier, 1979/1980 deuxième choc pétrolier et 2008 où la baisse de la consommation a duré très peu de temps et a très vite été compensée par une forte hausse de la demande dans l’année qui a suivi.
Donc, même si un ralentissement économique se produisait aujourd’hui, l’impact sur la demande pourrait être assez faible et il serait difficile de voir des raisons qui pourraient permettre au pétrole de voir ses prix corriger de façon sensible.

Assez peu de catalyseur à la baisse mais ne faudrait-il pas plus de catalyseur à la hausse pour atteindre les 100 dollars ?

Pour aller plus haut, un nouveau catalyseur est nécessaire mais de quel type ?

  • Une baisse des exportations de l’Iran plus forte que celle attendue.
  • La baisse plus prononcée qu’attendue des pétroles de schiste. Le marché est assez optimiste pour l’année prochaine et attend 750 000 barils par jour d’augmentation de la production. En effet, dans le bassin Permien, de nouveaux pipelines sont attendus pour décongestionner la zone mais ceux-ci pourraient prendre du retard.
  • Le pétrole conventionnel, qui représente toujours 95% du pétrole mondial, subit tous les ans une déplétion naturelle donc, afin de maintenir le niveau de production actuel, 630 milliards de dollars doivent être investis chaque année, selon une estimation de l’OPEP fin 2015. Depuis, seuls 400/450 milliards ont été investis annuellement. Sachant que ces investissements portent à 5 ans, on pourrait manquer de pétrole conventionnel à compter de 2020 et un effet ciseau pourrait se produire et permettre aux prix du pétrole de remonter très fortement et d’atteindre les 100 dollars.