Par Benjamin LOUVET

Patience de la Fed ! Report du Brexit ? Donald Trump vs OPEP

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM analyse le contexte actuel des marchés et notamment la Fed, le brexit et l'attaque de Donald Trump vis-à-vis de l'OPEP
BFM Business - Intégrale Bourse, Le Club de la Bourse 26/02/2019

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM

Etats-Unis

Jerome Powell s’est exprimé sur la stratégie de patience de la Réserve Fédérale américaine et a apporté quelques informations sur la réduction du bilan.
Dans quelle mesure la position de la Fed est-elle aujourd’hui confortable pour les marchés ou, au contraire, source d’incertitudes pour la suite ?
Est-ce que le fait que Jerome Powell puisse envisager une éventuelle remontée des taux représente un risque pour les marchés ?

Si l’on considère le marché au travers des matières premières et notamment de l’or, ce geste de patience de la Réserve Fédérale était attendu depuis longtemps en raison de l’équilibre entre la croissance et l’inflation.
Pour rappel, l’endettement des Etats-Unis représente aujourd’hui 105% du PIB et atteindra 135%/140% à horizon 2028, selon le « Congress Budget Office ». Lorsque vous avez 100% de dette sur PIB, 1% de hausse des taux d’intérêt réels, c’est 1% du PIB qui part en remboursement des intérêts de la dette. La Fed a profité d’un petit retour de l’inflation pour regagner des marges de manœuvre au niveau des taux et les remonter, mais dès lors que l’inflation freine, les contenir est inévitable.
Aujourd’hui, l’absolue illisibilité sur l’inflation est très problématique : les estimations à 5 ans montrent l’Europe totalement sous l’éteignoir et les États-Unis qui ne repartent pas franchement. A la fin de l’année, l’impact des mesures fiscales prises par le gouvernement de Donald Trump cessera en partie de faire effet. Dans ce contexte, si la croissance ralentit en raison de la fin des mesures fiscales fin 2020, cela laisse très peu de possibilités à la Banque Centrale américaine.
Selon moi, le marché fait une bonne lecture aujourd’hui en anticipant des taux durablement bas. Le prochain mouvement de taux pourrait être plus à la baisse qu’à la hausse.

Les Banque Centrales tentent de verrouiller des conditions de financement favorables pour l’ensemble des agents économiques privés et publics, peut-être en prévision d’une situation plus difficile sur le plan de la croissance ?
Quelques hausses ne devraient pas porter à conséquences mais le marché ne les intègre pas.

La situation devrait s’éclaircir fin mars avec l’annonce de l’avancée des négociations. Si la situation des tensions sino-américaines se clarifie, le gouvernement chinois pourrait annoncer lors du Congrès du Parti Communiste (5 mars) des mesures de relance (baisse des impôts sur les sociétés et de la TVA). Aujourd’hui, le cœur de la hausse actuelle est un pari fait par le marché sur l’évolution favorable de la situation.
Mais une fois toutes les bonnes nouvelles tombées, nous reste-t-il assez d’énergie pour envisager de monter plus haut ? Chez OFI Asset Management, nous adoptons la prudence. En effet, face à un rebond extrêmement rapide qui a intégré l’ensemble des facteurs positifs et qui a su entrevoir le bon côté des négatifs, à savoir que les taux ne montaient plus, les Banques Centrales pourraient adopter un discours un peu plus contraignant entraînant des prises de bénéfices.

Brexit

En ce qui concerne le brexit, l’option d’un report de la date du 29 mars est officiellement sur la table et sera même soumis au vote des parlementaires britanniques au cas où les votes sur le deal de Theresa May et ceux sur un no-deal auraient échoué.

Le problème du brexit est éminemment politique ce qui complexifie la visibilité des événements à venir. L’hypothèse d’un prolongement de 18 mois est ubuesque car cette période sera entrecoupée par les élections européennes durant lesquelles vont être élus des représentants anglais qui vont voter des lois au niveau européen alors qu’en passe de sortir.

Pour ce qui est de la visibilité du brexit, le marché semble s’être fait une idée sur les événements à venir et selon lui, il ne se passera rien de catastrophique au 29 mars.

« Le pire n'est jamais certain » donc le marché part du principe qu’une solution va être trouvée, ce qui est dans l’intérêt de tous. Ce pari n’est pas dénué de sens mais il sous-estime cependant les intérêts et décisions politiques qui se cachent derrière.

Pétrole

Pourquoi Donald Trump a-t-il à nouveau attaqué l’OPEP alors que les cours ont baissé de 40% en fin d’année dernière ?

Donald Trump n’a pas attendu les élections de mi-mandat de novembre 2018 pour s’en prendre à l’OPEP, il l’a attaquée à maintes reprises bien avant son élection, estimant qu’elle vole de l’argent aux américains en maintenant les prix du pétrole à des niveaux élevés pour d’injustes raisons.
Donald Trump est pro charbon et pro gaz mais pas forcément pro pétrole et ce, même pour l’industrie américaine car l’essentiel des Etats pétroliers ne voteront jamais contre lui, contrairement aux Etats de consommateurs qui ont besoin de pouvoir d’achats. Maintenir un prix du pétrole bas peut donc inciter ces derniers à soutenir son élection.
L’OPEP a certainement sa part de responsabilité dans la récente remontée du pétrole mais initialement, elle avait accepté de remonter la production pour faire face à la baisse de production de l’Iran. Mais le gouvernement américain a accordé des exemptions à l’Iran, ce qui a un peu contrarié l’Arabie Saoudite. Elle n’est pas l’initiatrice des sanctions sur le Venezuela ni l’Iran.
Aujourd’hui, nous sommes face à un double problème :

  • Le ralentissement du pétrole de schiste aux Etats-Unis. La baisse des forages au troisième trimestre pourrait atteindre 25% et s’accompagne d’un problème de rentabilité et de logistique.
  • La qualité du pétrole de schiste. Le raffinage de ce pétrole très léger produit essentiellement de l’essence contrairement au pétrole lourd, comme le vénézuélien ou une partie de l’iranien, dont le mix de produits obtenus est beaucoup plus grand et mieux valorisables pour les raffineries.

D’une façon générale, le besoin en pétrole plus lourd va s’amplifier et donc obliger à des investissements dans le pétrole conventionnel. Mais ces dispositions vont prendre du temps car si demain, le problème du Venezuela est réglé, 2 à 3 ans seront nécessaires pour voir la production de pétrole repartir de l’avant dans ce pays.
Selon l’Agence Internationale de L’Energie, si les investissements dans le pétrole conventionnel restent dans l’état actuel, 12 millions de barils de pétrole de schiste devront être mis en place à horizon 2025 (autant que l’Arabie Saoudite) et cela ne s’est jamais produit.

Avec son tweet, le Président américain affiche sa crainte de voir un prix du pétrole monter encore beaucoup plus haut que les niveaux actuels.

Selon moi, avant la fin d’année ou début 2020, le prix du pétrole retouchera brièvement 100 dollars pour se stabiliser autour de 80 dollars car il va falloir motiver les investissements dans le pétrole conventionnel pour répondre à la demande.

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