Par Benjamin LOUVET

OPEP : réunion des pays membres à Vienne

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, intervient sur la réunion des pays membres de l'OPEP à Vienne
BFM Business - Intégrale Bourse 02/07/2019

Le début de semaine a été marqué par une réunion de l’OPEP et de ses partenaires afin de maintenir les quotas de production destinés à soutenir les cours.

Pendant longtemps, les esprits se sont échauffés en raison de rumeurs de dissensions entre le gouvernement russe et l’Arabie Saoudite, les deux grands « fers de lance » de cette réduction de production : il se disait que les russes n’étaient plus certains de vouloir réduire leur production pétrolière.
Ces inquiétudes ont vu le jour suite aux plaintes de certaines sociétés pétrolières russes auprès du gouvernement de ne pouvoir produire la quantité de pétrole souhaitée. En réponse à ces revendications, des réunions de réflexion ont été organisées au niveau national afin de trouver comment dédommager les sociétés pétrolières qui se retrouveraient perdantes. Face à cette situation, Vladimir Poutine reste ferme car il est attaché à sa nouvelle alliance géostratégique avec l’Arabie Saoudite. Et avant même que débute la réunion de l’OPEP, les « dés étaient jetés » puisque Mohammed ben Salmane et Vladimir Poutine s’étaient déjà entendus sur le prolongement de l’accord pendant le G20. Cependant, l’officialisation de cette entente par Vladimir Poutine a provoqué quelques tensions car les décisions de l’OPEP doivent normalement être prises à l’unanimité. L’Iran n’a pas pris part à cette décision dont il aurait pu perturber le bon déroulement en raison des sanctions américaines dont il fait l’objet. L’Iran trouve anormal que d’autres pays puissent utiliser leur quota de production pour approvisionner les marchés. Malgré cela, avant même la réunion de l’OPEP, Bijan Namdar Zanganeh, ministre du Pétrole iranien, a fait savoir qu’il était d’accord pour maintenir la réduction de la production, en précisant tout de même qu’il était déplacé que les réunions de l’OPEP ne soient que des chambres d’enregistrement et que la Russie et l’Arabie Saoudite s’entendent en amont. Ce non-respect des préséances pourrait poser problème et provoquer quelques tensions.
Néanmoins, l’essentiel est préservé. La réduction de production reste d’actualité et ce, pour encore au moins 9 mois.
Maintenant, quelle pourrait-être l’évolution de la demande dans les mois à venir ?

L’OPEP ne maîtrise pas la demande qui dépend directement de la croissance mondiale et en grande partie de l’état du commerce mondial. Mais dans un contexte de tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis mais aussi entre l’Europe et les Etats-Unis, deux inquiétudes importantes pèsent sur la croissance et donc sur la demande.

La consommation pétrolière mondiale a tendance à augmenter chaque année, de pair avec la croissance.
Aujourd’hui, les organismes principaux anticipent pour 2019 une augmentation de la consommation d’environ 1,2 million barils par jour. L’OPEP et ses alliés se sont donc alignés sur cet objectif pour prévoir leur réduction de production et tenter d’équilibrer le marché.
Si les tensions entre les Etats-Unis et la Chine mais aussi entre les Etats-Unis et l’Europe perdurent, les prévisions de croissance de la demande pour 2019 vont devoir être revues à la baisse. Si les prévisions passent de 1,2 million à 500 000 barils par jour, malgré la réduction de l’offre pour équilibrer le marché, une nouvelle réduction devra être faite sous peine de voir les prix du pétrole baisser.
Deux scénarios peuvent être élaborés :

  • Les discussions traînent en longueur entre les Etats-Unis et la Chine, et se détériorent entre les Etats-Unis et l’Europe. Dans ce contexte, des craintes de voir la demande de pétrole baisser pourraient apparaître et donc les prix du pétrole baisser.
  • La situation revient à la normale : les Etats-Unis annulent les taxes sur la Chine et renoncent à taxer les produits européens. Dans ce cas, le commerce mondial pourrait reprendre son cours, le marché du pétrole s’équilibrer et les stocks de pétrole pourraient même diminuer un peu ce qui permettrait au pétrole de repartir vers 80/85 dollars, niveau qui est notre objectif chez OFI Asset Management depuis le début de l’année pour un prix stabilisé avec probablement un passage à 100 dollars.

Si le niveau de 40 dollars est atteint dans un premier temps en raison du ralentissement économique mondial, les investissements dans le secteur pétrolier en seront d’autant plus retardés ce qui devrait entraîner le prix du pétrole à la hausse.

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