Par Yannick LOPEZ

Nouvelle vague de LTRO à venir ?

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, intervient sur la nouvelle vague de LTRO qu'envisage d'accorder la BCE aux banques de la zone Euro
BFM Business - Intégrale Bourse 18/02/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Les T-LTRO ou LTRO (Long Term Refinancing Operations - opérations de refinancement à long terme) sont des « jumbo prêts » que la Banque Centrale Européenne envisage d’accorder à nouveau aux banques de la zone Euro. Mais en ont-elles vraiment besoin et pourquoi ? Et est-ce que ce recours est acquis par le marché ?

Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque Centrale, a déclaré vendredi qu’une nouvelle vague de prêts à long terme de la part de la BCE au bénéfice des banques de la zone Euro était envisageable et faisait l'objet de discussions.
Cet instrument monétaire est utile, notamment pour les pays dits périphériques tels que l’Italie dont les banques, malgré l’assainissement global d’une partie de leur bilan, possèdent un nombre assez important de prêts non performants. Et donc, permettre à toutes les banques de la zone Euro de se financer auprès de la Banque Centrale Européenne à des taux très avantageux reflétant les taux directeurs, c’est réduire le risque de la fragmentation bancaire dans la zone.
C’est également un facteur de baisse sur les taux d’intérêt souverain car si l’on permet aux banques de sourcer beaucoup d’argent à des taux extrêmement bas, une grande partie de cet argent va se retrouver dans l’achat de dettes souveraines de leur propre pays. C’est pour cette raison qu’en Italie par exemple, malgré une situation économique délicate avec une révision à la baisse de la croissance 2019 de 1.2 point à 0.2 point par la Commission Européenne, le taux italien reste plutôt stable autour de 2,75%. Si les banques italiennes vont se financer auprès de la BCE, il est très probable qu’elles utilisent cette manne pour acheter de la dette italienne et faire du portage car c’est une opération lucrative. En Allemagne, cette méthode est moins fructueuse en raison du niveau du taux à 10 ans à 0,10%.

A travers l’Union Bancaire, tout a été réalisé afin de casser ce mécanisme entre les banques domestiques et la dette locale. Cette opération est-elle alors un effet pervers que la BCE est prête à assumer aujourd’hui ou son objectif est-il au final de maintenir sous pression les taux souverains ?

La Banque Centrale Européenne a tout intérêt à maintenir les taux extrêmement bas et une courbe aussi plate que possible car ce contexte permet aux agents économiques (entreprises et ménages) de se financer dans des projets d’investissement et de consommation à des taux très intéressants, et est supposé redonner de la croissance et in fine de l’inflation.
Cependant, cette manœuvre a des effets pervers puisque une banque gagne de l’argent par la transformation bancaire (elle se finance à court terme en prêtant à long terme) et face à une courbe plate, les marges se retrouvent très fines.
La prochaine réunion qui aura lieu le 7 mars devrait apporter une clarification sur la réapparition des LTRO et sera très certainement accompagnée de nouvelles publications macroéconomiques. Pour rappel, la BCE anticipait en décembre une croissance du PIB en zone Euro de1,7%, chiffre qui va très certainement être révisé à la baisse d’une manière assez drastique, et attendait une croissance de l’inflation « cœur » de 1,4%, cette dernière stagnant depuis plus de trois ans autour de 1% sans provoquer aucune tension.

La Banque Centrale Européenne va continuer dans sa logique et tenter d’injecter des liquidités pour permettre à la croissance de se maintenir au-dessus de son potentiel de croissance, dans le but de faire baisser le taux de chômage, donc augmenter les salaires et in fine faire grimper l’inflation.