Par Yannick LOPEZ

Moody’s et S&P maintiennent la note de l’Italie

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, analyse l’écart de rendement entre la France et l’Allemagne mais aussi le comportement des agences de notaion vis-à-vis de l'Italie
BFM Business - Intégrale Bourse 18/03/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Après l’épisode de regain de violence de samedi, dans le sillage du mouvement des gilets jaunes, que peut-on dire de la dette française, de l’OAT, de l’écart de prime de risque qu’accorde le marché vis-à-vis de la dette française ?

A l’image du début de ces épisodes de violence en décembre 2018, le mouvement n’a pas eu d’impact majeur sur les taux français. Aujourd’hui, l’écart de rendement entre la France et l’Allemagne se situe sous les 40 points de base contre 48/50 points de base en fin d’année dernière, donc sans commune mesure avec le stress des années précédentes lors des tensions sur la dette européenne et française en particulier.
Dans un contexte de sous-performance des taux allemands face aux autres taux européens, les investisseurs en quête de rendement considèrent que la dette française est sûre et offre un rendement supérieur à celui de la dette allemande. Le cas est similaire pour l’Espagne, le Portugal et l’Italie.

La recherche de rendement entraîne une compression des primes de risque en Europe. Le rallye sur les dettes souveraines, y compris périphériques, est assez généralisé (Espagne, Portugal, Italie…).
En fin de semaine dernière, Standard & Poor's a relevé la notation du Portugal, décision souvent anticipée par le marché, et Moody’s a maintenu la notation de l’Italie. Était-ce une surprise à ce stade ?

Le maintien de la notation de l’Italie par Moody’s n’était pas une surprise. A l’inverse, la dégrader aurait été un acte majeur.
Moody’s se positionne sur la note « investment grade » la plus basse, donc à un cran seulement de la catégorie High Yield. Une bascule dans cette catégorie pourrait avoir des conséquences assez importantes sur les taux italiens. S&P et Fitch se trouvent deux crans au-dessus de la barrière du High Yield.
Les agences de notation semblent avoir pris le parti de laisser passer du temps (« wait-and-see mode ») afin de voir si le gouvernement ajuste son budget, pour le moment hors cadre par rapport aux prévisions de croissance (budget italien calé sur 1% pour 2019 contre autour de 0% pour tous les organismes de prévisions y compris italiens).
Pour redresser la situation, le gouvernement italien va être contraint de procéder à des ajustements : soit repousser à 2020 ou au-delà les dépenses budgétées, soit instaurer ou augmenter de nouvelles taxes, notamment la TVA.