Par Benjamin LOUVET

Menaces protectionnistes: quels impacts sur les matières premières ?

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, intervient sur BFM Business le 11 juillet 2018, sur le thème des matières premières, à l'heure où les craintes enflent autour de la guerre commerciale
BFM Business - Intégrale Bourse 11/07/2018

Benjamin Louvet, Gérant matières premières chez OFI AM, a décrypté le marché des matières premières à l'heure où les craintes enflent autour de la guerre commerciale.

Les métaux industriels ont beaucoup souffert, notamment le cuivre dont le prix est monté jusqu’à 3,30 dollars la livre pour se retrouver aujourd’hui à quasiment 2,75 dollars, soit une correction d’environ 20%.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette révision à la baisse, à commencer par les craintes face à la guerre commerciale qui laisse présager un probable ralentissement de l’économie mondiale et par conséquent une baisse de la consommation de métaux.
De plus, cette guerre commerciale engagée par le Président américain cible principalement la Chine, acteur majeur du marché des métaux, qui consommait au début des années 2000 à peu près 10% du cuivre mondial contre quasiment 50% aujourd’hui et 50% de la plupart des métaux industriels. Donc, un ralentissement de l’activité avec la Chine peut signifier une baisse de la consommation de métaux.
À cette situation s’ajoutent des positions spéculatives importantes, notamment celles d’un puissant investisseur chinois qui les a violemment débouclées au cours de ces dernières semaines, accélérant certainement la correction du prix du cuivre.
Le dernier élément lié à cette problématique commerciale est la réappréciation du dollar. En effet, la plupart des matières premières étant coté en dollar, quand le cours du billet vert s’apprécie, le pouvoir d’achat des pays, notamment les émergents, a tendance à se déprécier ce qui ajoute de la pression sur le prix des métaux de base.

Le pétrole est dans une situation similaire à celle des métaux de base en ce qui concerne la guerre commerciale hormis le fait qu’il soit sujet à une problématique d’offre beaucoup plus importante.
Pour rappel, avant la décision de l’OPEP et des pays alignés, dont la Russie, de ré-augmenter leur production d’un million de barils pour soulager le marché, la capacité excédentaire mondiale était estimée à environ 2,5% de la consommation mondiale. Avec ce million de barils supplémentaires, elle tombe à 1/1,5%. La situation est donc extrêmement tendue.
De plus, depuis l’annonce de cette augmentation, la production a baissé dans d’autres zones du monde comme la Lybie où les différents événements autour des ports d’exportations ont supprimé 800 000 barils par jours, le Venezuela qui continue à s’effondrer, le Canada … Ces événements s’accumulent et en réalité la réserve de capacité de production des pays producteurs est aujourd’hui très faible. Pour éviter que la situation se complique, la solution est de détruire de la demande en augmentant le prix afin que l’usage des voitures baisse.
Cette situation est vraiment problématique car nous rentrons dans la « driving season » (vacances et climatisation), période où la consommation de pétrole mondiale est au plus haut avec 1,5 millions de barils par jour supplémentaires.
Donc, malgré cette guerre commerciale, le pétrole reste sous pression.