Par Benjamin LOUVET

Matières premières : socialement responsables ?

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, analyse les différents marchés des matières premières et la transition énergétique
BFM Business - Intégrale Bourse 06/11/2019

LE PETROLE

Le marché pétrolier porte peu d'intérêt à la prochaine publication des stocks américains de pétrole qu'il anticipe en légère augmentation, à 1,5 millions de barils environ. Une petite déception pourrait éventuellement se produire si les stocks se situaient au-delà du niveau attendu mais aujourd'hui, les vrais enjeux du pétrole portent sur la stabilité de la consommation et l'évolution des discussions entre les Etats-Unis et la Chine.

Le pétrole de schiste suscite des interrogations, notamment en raison de ses résultats mitigés aux Etats-Unis.

Depuis son lancement aux Etats-Unis il y a dix ans, l'industrie du pétrole de schiste manque toujours de rentabilité ce qui rend problématique la recherche de financements et soulève aujourd'hui quelques inquiétudes.
Chesapeake, l'un des leaders en gaz de schiste, s'est déclaré dans une situation financière extrêmement difficile au point d'envisager une mise en faillite à horizon 2020.
Dans le même temps, des pionniers du secteur comme Mark G. Papa, dirigeant de Centennial Resource Development, et Scott D. Sheffield, PDG de Pioneer Natural Resources, considèrent que l'industrie du "Shale Gas" est arrivée au bout de ses perspectives en raison de son incapacité à créer de la valeur.
De plus, il a été constaté que la pollution générée par les fuites de méthane de cette industrie ou par le torchage de gaz (« flaring » : brûler les rejets de gaz pour éviter de le stocker et à le transporter) provoque une grande quantité de gaz à effet de serre. Et aujourd'hui, dans un contexte où l'Investissement Socialement Responsable (ISR) devient un point essentiel de l'allocation pour les investisseurs, notamment en Europe mais également aux Etats-Unis, cette question est fondamentale.

Mais, renoncer au pétrole est impossible car de nombreuses industries dépendent essentiellement de ses énergies fossiles (l'automobile, les transports...). Dans l'attente de l'organisation d'un projet de transition énergétique, il faut veiller à ce que la production de pétrole se réalise dans de bonnes conditions, notamment écologiques en limitant au maximum les effets de serre. A ce sujet, le groupe pétrolier saoudien Saudi Aramco, sur le point de réaliser son introduction en Bourse, procède à très peu de torchages.

L'industrie du pétrole de schiste doit obligatoirement changer sa méthode de production car dans le cas contraire, avec le mouvement de fond qu'est l'Investissement Socialement Responsable, sa recherche de financements va se compliquer davantage avec des investisseurs dont la conscience écologique les détournera d'elle, à l’image d’OFI Asset Management qui y réfléchit très sérieusement. Dorénavant, des critères éthiques entrent en ligne de compte dans le choix entre plusieurs investissements.

OFI Asset Management participe régulièrement à des motions déposées dans des Assemblées Générales pour promouvoir l’ensemble de ces sujets. Dans le contexte pétrolier, l’objectif de l’Investissement Socialement Responsable est de tirer vers le haut les exploitants afin d’obtenir les meilleurs standards de la profession chez tous les acteurs du marché et que tout le monde puisse participer, à son échelle, à la transition écologique qui est en cours.

L’OR

Le cours de l’or a beaucoup progressé ces derniers mois mais aujourd’hui s’est installé un statu quo. Quel en est la cause ?

L’or est un actif qui ne présente pas de rendement. L’intérêt de l’or varie en fonction de l’évolution du rendement des autres actifs, essentiellement des obligations dont un certain nombre affichent aujourd’hui un rendement négatif.
Le contexte actuel repose sur l’attente d’une évolution des accords entre Donald Trump et Xi Jinping qui, s’ils s’avéraient globaux, pourraient régler définitivement la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis et redonner de la perspective économique. Dans ce sillage, les anticipations s’amélioreraient très certainement entraînant un redressement des taux et le rendement des obligations retrouverait potentiellement de l’intérêt. Cette situation serait très pénalisante pour l’or mais aujourd’hui, cette transaction entre les américains et les chinois perdure en raison de grandes divergences sur différents sujets.
Le calme actuel des cours de l’or est donc dû à l’hésitation sur cet accord sino-américain mais également à la prudence de la Banque Centrale américaine envers l’avenir de sa politique monétaire. Cette dernière a laissé entendre qu’une pause dans la baisse des taux était envisageable.

LE PALLADIUM

Les cours du palladium ont bondi de 47% depuis le début de l’année et de 188% sur 3 ans.
Le marché du palladium est en extrême tension en raison de plusieurs facteurs qui ont accru la consommation de ce métal :

  • Le palladium est utilisé dans la composition des pots catalytiques des véhicules essence dont la demande est croissance depuis le scandale du « Dieselgate » (Affaire Volkswagen) en 2015.
  • Le développement des marchés émergents contribue également à l’augmentation de la demande.

Depuis 8 ans, ce marché est en déficit car la production minière, essentiellement assurée par deux pays (l’Afrique du Sud à 48% et la Russie à 45%), reste contrainte et ne réussit pas à suivre l’évolution de la demande. Les stocks doivent être mobilisés mais pour cela, les prix doivent augmenter pour attirer les propriétaires de ces stocks et les pousser à vendre leurs marchandises.

Avec le développement des voitures électriques, la demande de palladium ne devrait-elle pas diminuer entraînant, à très long terme, les prix à la baisse ?

Tout d’abord, une distinction doit être effectuée entre les voitures « électriques » et « électrifiées » (hybrides et hybrides rechargeables). Dans ces derniers, il y a deux moteurs : l’un électrique, l’autre thermique. L’utilisation alternée de ceux-ci implique que le moteur thermique fonctionne à une température moins élevée et produit des fumées d’échappement dont la température est moins chaude. Mais dans ce cas, plus de catalyseurs sont nécessaires pour les traiter.
Le pot catalytique d’une voiture hybride contient donc 10 à 15% supplémentaires de platinoïdes par rapport à un véhicule thermique classique.
A court terme, cette situation devrait provoquer une hausse de la demande.
A plus long terme, le palladium, qui représente l’un des métaux de la transition énergétique en évitant l’émission de CO2, devrait pâtir de développement de la voiture 100% électrique.
Un autre vecteur devrait servir de relai de croissance : le développement de la pile à combustible présente dans un véhicule à hydrogène dont le fonctionnement nécessite une grande quantité de platinoïdes.

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