Par Yannick LOPEZ

Mario Draghi très attendu à l’issue de la réunion mensuelle de la BCE

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, analyse le marché obligataire et notamment les taux allemands dont les niveaux restent dramatiquement faibles
BFM Business - Intégrale Bourse 04/03/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Après avoir corrigé la semaine dernière alors que les actifs risqués progressaient, le marché obligataire se calme aujourd’hui. Les taux cœur en Europe ont légèrement remonté : le 10 ans allemand n’est plus à moins de 10 points de base.

Le taux allemand a doublé en passant de 8/9 points de base à 18/19 points de base. Ce niveau reste bas et correspond exactement au milieu de son « range » sur les derniers trois mois. Une remontée des taux américains s’est également produite à 2,75%, en raison notamment d’une croissance aux Etats-Unis plutôt correcte.
Ce début de semaine nous ramène enfin à une certaine logique avec, d’un côté, une poursuite de ce que l’on observe déjà depuis le début de l’année, à savoir des marchés rachetant des actifs risqués qui avaient énormément souffert en fin d’année dernière : les actions mais aussi les obligations à haut rendement (la dette à haut rendement libellée en euro affiche plus de 4% de performance depuis le début de l’année). Et, de l’autre, des taux d’intérêts souverains orientés à la hausse.
La situation consistant à voir une ruée des investisseurs sur les actifs risqués et des taux allemands au plancher à moins de 10 points de base, est quelque peu paradoxale.

Ces niveaux restent dramatiquement faibles. La Banque Centrale Européenne tiendra sa prochaine réunion cette semaine (7 mars) et son discours est attendue avec le plus de précision possible en termes d’agenda et d’actions de politique monétaire à venir.

Beaucoup d’éléments peuvent effectivement être abordés lors de cette réunion et révélés lors de la conférence de presse :

  • Une mise à jour des anticipations de croissance et d’inflation.
    Le retard de la BCE par rapport au Consensus en ce qui concerne la croissance (à fin 2018, anticipations de croissance 2019 pour la zone Euro de 1,7% pour la BCE contre 1,3% pour le Consensus suite à de très fortes révisions sur l’Allemagne et l’Italie notamment) rend évidente une révision à la baisse des anticipations, probablement autour des 1,3% compte tenu des attentes du marché.
    L’inflation « cœur » va très certainement subir le même traitement car contrairement à l’inflation globale dont les anticipations de décembre de la BCE restent fidèles à la réalité (1,6% anticipé vs 1,5% réel), les anticipations de la BCE pour l’inflation « cœur » en sont extrêmement éloignées avec 1,4% contre 1%, niveau duquel nous avons du mal à remonter depuis plus de trois ans.
  • Les dossiers de politique monétaire.
    En ce qui concerne les taux d’intérêt, la BCE a depuis longtemps déclaré qu’elle n’envisageait pas de remonter les taux au moins jusqu’après l’été. Certains anticipent d'ores et déjà une modification de cette projection jusqu’à fin 2019 mais cette hypothèse semble prématurée car conserver les taux à ces niveaux-là est un facteur négatif pour les banques.
    Et puis, quel impact réellement pour le marché ? Celui-ci n’a pas attendu pour s’ajuster au ralentissement économique. Aucune anticipation de hausse de taux de refinancement n’est prévue avant deux ans.
    La BCE est plutôt attendue sur la clarification de sa position sur l’injection de liquidités dans les banques à travers ses prêts à très long terme (TLTRO). Investir de la liquidité illimitée et abondante aux banques permet de réduire le risque de fragmentation de sa politique monétaire au sein de la zone et offre la possibilité à certaines banques, notamment italiennes, de continuer d’accéder à la liquidité quasi gratuite afin de faciliter les octrois de crédit.