Par Yannick LOPEZ

Marchés : une semaine très politique à venir

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, analyse la semaine très politique à venir
BFM Business - Intégrale Bourse 07/10/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

La semaine dernière s’est avérée compliquée avec la chute des taux américains d’environ 20 points de base qui a relancé la probabilité très majoritaire d’une baisse des taux dès la prochaine réunion de la Fed prévue le 30 octobre prochain.
Cette semaine devrait laisser la place à une séquence politique ponctuée par beaucoup d’actualités, notamment sur les négociations intenses entre l’Union Européenne et l’Angleterre pour trouver un accord et éviter un « hard brexit » et la délégation chinoise de haut niveau envoyée aux Etats-Unis pour de nouvelles négociations commerciales.
Ces deux dossiers, « drivers » importants pour les marchés obligataires, pourraient engendrer de la volatilité sur les taux.

Existe-t-il un lien direct entre les chiffres et enquêtes de conjoncture publiés la semaine dernière et ces dossiers très politiques ou assistons-nous réellement à une fin de cycle inéluctable dont l’ampleur devrait croître dans les chiffres économiques attendus dans les mois à venir ?

Les Etats-Unis se trouvent dans leur 10e année de croissance, le plus long cycle jamais observé, donc statistiquement chaque jour qui passe les rapproche de leur fin de cycle. Mais la récession qui en découlera ne sera pas forcément d’une très grande intensité.
Le cas de l’Europe était moins évident en raison des capacités excédentaires de production et de mains d’œuvre encore suffisantes et ce, malgré le fort recul du taux de chômage. Mais le manque de visibilité en termes d’environnement politique a entraver toutes possibilités de prolonger le cycle :

  • Donald Trump bouscule les codes d’un point de vue commercial (barrières douanières, menaces…) et créé une instabilité traduite par des enquêtes d’opinions négatives ;
  • le Brexit pourraient avoir de lourdes conséquences sur de nombreuses entreprises et secteurs d’activités.

Même une issue favorable à ces deux dossiers ne serait peut-être pas suffisante à inverser la tendance puisque d’une chute des enquêtes d’opinions, c’est-à-dire une crainte, la situation est devenue réelle, notamment en Allemagne où la baisse de la production industrielle est vertigineuse.
Le marché des entreprises à haut rendement, les plus sensibles aux cycles économiques, affichent beaucoup de nervosité et les spreads de crédit s’écartent continument depuis les annonces de la BCE, situation assez paradoxale compte tenu du soutien monétaire décidé par celle-ci.
Moody’s ne cesse d’accroître ses mises en perspectives négatives de ses ratings sur les entreprises High Yield.

Un effet de contagion réel est en train de se produire : de la crainte au réel.
Plus de visibilité serait nécessaire pour espérer endiguer cette situation et repartir sur une tendance économique plus favorable mais il va falloir également cautériser les plaies de certains pays pour qui le mal est déjà fait.
Le contexte est inquiétant car jusqu’à aujourd’hui, l’industrie plongeait pendant que les services restaient solides mais les enquêtes PMI publiées récemment montrent que la situation a changé : les services s’effondrent également.