Par Yannick LOPEZ

Les rendements des taux remontent en Europe

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, analyse les rendements des taux qui remontent en Europe
BFM Business - Intégrale Bourse 14/10/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Les marchés obligataires restent relativement stables aujourd’hui avec une légère baisse de 1 à 2 points de base qui fait suite au fort mouvement de fin de semaine dernière où les taux 10 ans se sont tendus d'environ 15 points de base en Allemagne et en France et de l'ordre de 20 points de base aux Etats-Unis.
La tendance est plutôt à la remontée des taux longs et ce, depuis la réunion de la Banque Centrale Européenne qui s'est tenue début septembre. En effet, depuis cette période, les marchés considèrent que la politique monétaire est arrivée au maximum de ses capacités et qu'il est grand temps que la politique budgétaire mise en place par les gouvernements prenne le relai. Dans ce contexte, les taux ont eu tendance à gommer certaines anticipations à propos de nouvelles baisses des taux de la BCE, entraînant l'aplatissement des courbes dans un premier temps (le taux court est remonté plus vite que le long) puis désormais à la situation inverse avec des taux longs qui remontent plus rapidement légèrement, repentifiant ainsi les courbes.
Cette remontée graduelle des rendements doit cependant être considérée avec relativité. Le taux 10 ans allemand se situe effectivement à -0.46% aujourd’hui contre un plus bas à -0,75% mais pour rappel, il affichait tout de même +0,25% en début d’année.

Au vu des débats publics sur la politique monétaire, doit-on considérer que la BCE a réellement perdu la bataille « psychologique » ?

Depuis sa mise en place, la politique monétaire de la BCE n’a jamais fait l’unanimité (la Bundesbank a, par exemple, toujours fait montre d’un peu de dissidence), notamment en ce qui concerne le programme de rachats d’actifs. Et les dernières décisions ont clairement montré un conseil des gouverneurs très clivé.
La future présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, va donc prochainement prendre ses fonctions dans un climat houleux. Dans un premier temps, elle va sans doute endosser le rôle de fédératrice pour resserrer les liens entre les membres et ce, afin que la BCE puisse à nouveau parler d’une voix unanime.

En fin de semaine dernière, la Fed a confirmé la réactivation de l’expansion du bilan et va donc acheter à nouveau des Bons du Trésor américains de maturité courte (inférieurs à 1 an) au rythme de 60 milliards de dollars par mois, au moins jusqu’à la fin du premier semestre 2020.
Quelles sont les objectifs poursuivis par la Fed en rétablissant ces mesures maintenant et pourquoi Jerome Powell insiste autant sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un nouveau Quantitative Easing ?

Le bilan de la Fed se contracte depuis 2017/2018. Depuis 2008, elle procède à l’injection de liquidités et donc à la dilatation de son bilan qui s’est avérée énorme, à l’instar de la BCE qui a fini par lui emboiter le pas mais ultérieurement. Comme l’économie américaine est sortie plus vite de la récession et que l’inflation a reconvergé vers la cible, la Fed a tout d’abord arrêté son programme d’achats, donc stabilisé son bilan, puis commencer à retirer en partie les excès de liquidités.
Mais le stress généré par ces actions sur l’interbancaire a été sous-estimé par tous.
La Fed a donc décidé de réaugmenter la taille de son bilan avec le rachat de « Treasury Bill » (T-bill), des obligations à court terme émise par le gouvernement américain, et dont l'échéance est d'un an ou moins. Selon Jerome Powell, il ne s’agit pas d’une relance du Quantitative Easing « traditionnel » qui a notamment pour objectif d’écraser la courbe des taux puisque aucun achat d’obligations longues ne sera réalisé. Cette décision ne devrait pas avoir d’impact majeur sur la partie longue de la courbe.