Par Yannick LOPEZ

Les rendements des dettes souveraines franchissent des seuils importants

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI AM, sur BFM Business, le 15 janvier 2018 : les rendements des dettes souveraines franchissent des seuils importants
BFM Business - Intégrale Bourse 15/01/2018

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, et Jean-François Bay, Directeur de la Stratégie et du Développement de La Financière de l'Échiquier, ont décrypté les tendances des marchés.

Les mouvements récents observés sur les grands marchés financiers viennent des marchés obligataires et des devises. Un mouvement de remontée des taux d’intérêt se poursuit et semble franchir de nouveaux seuils. Quel regard portez-vous sur les marchés obligataires aujourd’hui ?

Yannick Lopez : « Tous les taux n’ont pas évolué dans le même sens depuis le début d’année. Le taux 10 ans allemand est monté de 15 centimes. Mais sachant qu’un changement de référence a amplifié cette hausse de 7 points de base, il n’a donc augmenté réellement que de 8 centimes. Situation quasi similaire pour la France, l’OAT 10 ans est en hausse de 7 centimes.
A l’inverse, le taux italien 10 ans a baissé de 1 centime, l’espagnol de 5 centimes et le portugais de 13 centimes.
De l’autre côté de l’Atlantique, le 10 ans américain, le T-Note, est monté de 6 points de base.
Les mouvements ne sont donc pas homogènes. Les taux cœur français, allemand et américain sont orientés à la hausse de l’ordre de 6/7 centimes sur le 10 ans et à l’inverse, les taux périphériques, qui offrent le plus de portage, ont baissé, réduisant d’autant le spread dans une ampleur non-nulle, surtout en ce qui concerne l’Espagne ou le Portugal. »

Qu’est-ce que ces mouvements reflètent à ce stade ? Y-a-t-il des motivations particulières qui justifient que le mouvement continue ou que l’on franchisse une nouvelle étape dans ce mouvement de remontée des taux d’intérêt, des taux cœur en l’occurrence ?

Yannick Lopez : « Plusieurs facteurs, à la fois structurels et conjoncturels, entrent en ligne de compte dans ce mouvement récent.
D’un point de vue conjoncturel, la semaine dernière, la publication des minutes de la Banque Centrale Européenne, relatant les propos de la dernière réunion de décembre jugés moins accommodants par les investisseurs, a fait réagir vivement les rendements obligataires et l’euro. Nous avons pu observer une tension sur les taux longs mais également sur les taux courts puisque les anticipations sur l’Eonia à horizon 2 ans se sont tendues de 5 à 6 centimes.
Le marché semble prendre conscience que l’arrêt des achats obligataires, c’est pour demain, et que la hausse des taux monétaires, c’est pour l’année prochaine.
La semaine dernière, une communication de la Banque Centrale du Japon, faisant état d’un ralentissement de ses achats, a également eu un impact sur les marchés obligataires avec des taux qui se sont un petit peu tendus.
D’un point de vue structurel, jusqu’à décembre, 60 milliards d’achats étaient effectués chaque mois par la Banque Centrale Européenne et maintenant, le rythme est passé à 30 Mds.
Par ailleurs la croissance en zone Euro est très bonne. Le consensus Bloomberg a d’ailleurs été revu à la hausse : 2,2% de croissance attendue en 2018. C’est toujours très largement au-dessus du potentiel.
Le taux de chômage baisse donc le Output Gap a tendance à se réduire.
Tous ces éléments sont un facteur de soutien pour l’euro, pour l’activité et plutôt haussier pour les taux d’intérêt. »