Par Yannick LOPEZ

Les mouvements sur les marchés obligataires rendent les investisseurs nerveux

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, analyse les mouvements des marchés obligataires
BFM Business - Intégrale Bourse 25/03/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Plusieurs mouvements sont à signaler sur le marché obligataire depuis la semaine dernière. Le 10 ans allemand est repassé très légèrement en négatif ce qui nous ramène à des phénomènes que nous n’avions plus vu depuis octobre 2016. Quel est le message envoyé par le message obligataire ?

Que le 10 ans allemand se situe à 0,05% ou à -0,01%, le message est le même. Les Banques Centrales ont à nouveau modifié leur rhétorique depuis décembre 2018 et annoncent qu’en cas de retournement de la conjoncture, elles se montreront présentes de façon massive.
Cela traduit l’exceptionnel flou concernant le brexit, les incertitudes sur la croissance en zone Euro puisqu’après avoir connu un fort ralentissement au second semestre 2018, les indicateurs continuent de baisser (PMI douloureux en France et en Allemagne sur le manufacturier).
Globalement, la croissance en zone Euro est très compliquée car perturbée par le jeu politique autour brexit mais également par la politique commercial agressive des Etats-Unis et les incertitudes sur les éventuelles taxations d’importation.

Est-ce une vraie déception pour les investisseurs de voir encore ce genre d’indicateurs en mars ?

C’est une déception car après le ralentissement marqué en deuxième partie de 2018 qui a perduré en début d’année 2019, les investisseurs espéraient une stabilisation voire une inflexion positive qui avait été entraperçue dans quelques chiffres, notamment en ce qui concerne la France avec des enquêtes réalisées par l’INSEE.
Malgré cela, les chiffres replongent et ce, parce que les dossiers à l’origine de cette perturbation sur la croissance et la confiance n’ont toujours pas été réglés : aucun accord est signé entre les Etats-Unis et la Chine et du côté de brexit, le flou persiste et s’amplifie.
Ce contexte a pour effet une baisse de confiance, un ralentissement économique et une baisse des taux d’intérêt souverains avec les taux allemands en première ligne, considérés comme le refuge ultime. Ces derniers ne rapportent rien – voire même ils peuvent coûter – mais ils sont a priori la certitude d’un remboursement à terme quoi qu’il arrive.

La logique est-elle la même sur le marché obligataire américain ? Quelle est le message envoyé par cette inversion très légère de la courbe des taux en faveur du taux à 3 mois par rapport aux taux à 10 ans aux Etats-Unis ?

L’inversion signifie que la partie longue de la courbe passe en dessous de la partie courte et sa rémunération, qui en toute logique rémunère mieux les épargnants que la partie courte, se retrouve inférieure. Ce mouvement traduit une anticipation de baisse des taux d’intérêt de la part de la Réserve Fédérale américaine et d’un ralentissement économique.
Les marchés pensent que la Réserve Fédérale américaine ne va plus monter ses taux en 2019 et qu’elle pourrait même les baisser parce que l’économie américaine donne finalement des signes de ralentissement relativement marqués.
Il devient donc intéressant d’acheter des obligations longues à des taux d’intérêt à 2,5% (niveau de la semaine dernière) si l’on pense que les taux courts vont baisser prochainement.