Par Benjamin LOUVET

Les cours du pétrole s'emballent : le WTI à 70 $ et le brent à 80$

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, intervient sur BFM Business sur les conséquences possibles de l'Ouragan Florence et la question de l'Iran qui malmène les marchés.
BFM Business - Intégrale Bourse 12/09/2018

Benjamin Louvet, Gérant matières premières chez OFI AM, intervient à l'heure où l'Ouragan Florence menace la côte est des Etats-Unis et sur les conséquences que cet événement météorologique pourrait avoir sur les marchés pétroliers.

Les (deux États de) Caroline et la Virginie n’ont pas connu un ouragan aussi violent depuis 60 ans. Mais quel va être son parcours ? Si « Florence » stagne sur les côtes, à l’image de l’ouragan « Harvey » au Texas, les dégâts pourraient être beaucoup plus importants et, sachant que dans ces régions côtières, beaucoup de personnes ne sont pas assurées (refus des compagnies d’assurance ou par choix), les conséquences politiques et économiques seraient très importantes.
En ce qui concerne le pétrole, l’ouragan ne provoque pas l’inquiétude des marchés du secteur car dans les zones de Caroline et de Virginie, très peu d’installations pétrolières sont implantées.

On peut noter un regain considérable de cette saison des ouragans. On compte actuellement trois ouragans sur le bassin atlantique, un côté pacifique et un typhon qui approche de Hong Kong.
La saison, très développée en événements climatiques majeurs, va très certainement provoquer beaucoup de discussions autour du réchauffement climatique et de ses conséquences.
Mais aujourd’hui, l’inquiétude des marchés pétroliers porte sur la dépression qui se forme au cœur du Golfe du Mexique et se dirige vers les côtes du Texas avec une probabilité à 70% de devenir une tempête tropicale voire un cyclone. Ce phénomène pourrait fortement impacter le marché pétrolier qui pourtant ne l’anticipe pas du tout car dans la hausse du prix du pétrole, aucune part ne prend en compte ces événements météorologiques pour le moment.

Aujourd’hui, la question de l’Iran perturbe les marchés qui affichent le WTI à plus de 70 dollars et le brent à près de 80 dollars, son plus haut de l’année.
Les Etats-Unis adoptent actuellement une politique ferme et un ton très dur vis-à-vis des clients de l’Iran afin de ramener à zéro les exportations pétrolières iraniennes qui commencent à en subir de lourdes conséquences. Depuis avril, elles ont baissé de 700 000 barils par jour et des anticipations à 1,5 millions de barils commencent à voir le jour, dans un contexte où les niveaux d’équilibre entre l’offre et la demande sont difficilement réalisables.
Pour rappel, il y a quelques semaines, l’OPEP et ses alliés, notamment la Russie, ont décidé de remonter la production en tenant compte de la déperdition totale de celle du Venezuela. Si à cela on ajoute 1,5 millions de barils de perte sur l’Iran, l’équilibre va être très compliqué d’autant plus que la hausse de production à 11 millions de barils par jour qu’avait annoncé l’Arabie Saoudite n’a jamais été atteinte. Mais est-ce que l’Arabie Saoudite possède la capacité d’aller à de tels niveaux ? Sachant qu’elle est l’un des seuls pays au monde ayant des réserves excédentaires de capacité de production, si ses réserves s’avèrent ne pas exister, l’inquiétude va gagner le marché sur son potentiel de remontée de la production afin de faire face à la perte de celle de l’Iran et du Venezuela dont la production ne cesse de diminuer et pourrait tomber à 1 million de barils par jour en fin d’année (vs 2,4 millions en septembre 2017).
L’autre facteur pouvant affecter les marchés sont les stocks API qui hier, ont fait ressortir une très forte baisse des stocks aux Etats-Unis (- 8 millions de barils pour le pétrole) mais aussi des stocks de Cushing (plus gros point de stockage) dont les niveaux sont si bas qu’il sera difficile d’aller en dessous. En effet, au-delà, ils se trouveraient sous le niveau des tuyaux servant à évacuer le pétrole. Une marge de sécurité doit être conservée.