Par Yannick LOPEZ

Le risque politique monte en Europe dans un contexte économique dégradé

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, intervient à propos de l'écart entre le 10 ans français et le 10 ans allemand qui se situe à 45 points de base aujourd'hui.
BFM Business - Intégrale Bourse 03/12/2018

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, intervient à propos de l'écart entre le 10 ans français et le 10 ans allemand qui se situe à 45 points de base aujourd'hui.

La semaine dernière, l'écart entre le 10 ans français et le 10 ans allemand était de 40 points de base et se situe aujourd'hui à 45 points de base. Le marché est-il plus attentif à la situation française et aux implications de la crise des "gilets jaunes" ?

La semaine dernière, nous avons eu un écartement de spreads modéré de 3 à 4 points de base. Depuis il s'est creusé à 8 points de base, ce qui correspond à l'écartement depuis le début de l'année car en fin d'année dernière, nous étions un peu en dessous de 40.
Mais un écart de 45 points de base ne traduit pas une défiance majeure des investisseurs sur l'OAT française. Nous avons connu des niveaux de spreads bien plus larges.
La semaine dernière, la France a été le pire performer de toutes les dettes souveraines de la zone Euro puisque le taux allemand a baissé de 6 points de base à 0,25 (clôture au plus bas depuis un an et demi) et l'Italie également dans les mêmes proportions.
Seule la France est restée inchangée et cela traduit un début d’inquiétude sur la situation politique française.

La situation dépendra des annonces concrètes qui seront faites par le Président de la République Française, Emmanuel Macron, mais y-t-il a un chemin qui permet de résoudre à la fois la crise à court terme, laisser filer les déficits pour l'an prochain, tout en conservant un niveau de confiance certain de la part des investisseurs internationaux dans la dette française ? Ou est-ce que 45 points de base à ce stade représente juste une première étape ?

Le problème est que la marge de manœuvre budgétaire de la France est extrêmement limitée. Le déficit projeté se situe à 2,8% et selon les annonces qui seront faites ce soir, il est difficilement imaginable que, face à des baisses ou des reports de taxes, on trouve les économies nécessaires. Et dans le contexte de tensions sociales, il est peu probable qu'une annonce de taxes supplémentaire pour compenser soit faite.
Selon moi, cette situation va très certainement avoir un impact dégradant sur le déficit. Et certains partenaires comme les italiens, ont beau jeu de rappeler à la France son déficit proche des 3% pendant qu'en Italie, un accord pourrait être possible autour d'un déficit à 2%.
La croissance du quatrième trimestre a été révisée à la baisse par la Banque de France de +0,4% à +0,2% ce qui devrait amener à un atterrissage de la croissance à 1,6% cette année. Ce résultat moins bon qu'attendu réduit l'acquis de croissance pour 2019.