Par Yannick LOPEZ

Le rendement de la dette italienne se tend face à l'incertitude politique

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI AM, est intervenu sur BFM Business le 28 mai 2018 à propos du rendement de la dette italienne qui se tend face à l'incertitude politique
BFM Business - Intégrale Bourse 28/05/2018

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, et Marco Bruzzo, Directeur Général Délégué de Mirabaud Asset Management, décryptent les tendances des marchés et se sont notamment intéressés à la crise politique en Italie.

Nous sommes en présence de deux Europe qui continuent de s’écarter avec une détente sur les obligations de l’Europe du Nord et une tension particulièrement sur l’Italie et l’Espagne.

Yannick Lopez : « L’écartement se poursuit malgré une ouverture plutôt positive sur la dette italienne suite au veto du Président italien, Sergio Mattarella, sur la nomination d’un ministre des Finances jugé anti-euro.
Malgré cela, le marché, marqué aujourd’hui par l’absence d’intervenants côté anglo-saxon, s’est retourné assez violemment et actuellement, les taux italiens se tendent très significativement de 20 points de base, à 2,65% sur le 10 ans et sur les 10 derniers jours de plus de 1%.
Pour rappel, en 2011 et 2012, lors de la crise de la zone Euro, les tensions et les niveaux de taux en absolu étaient substantiellement supérieurs. »

Nous sommes donc très loin des niveaux de tension insoutenables connus pendant la crise de la zone Euro et ce scénario n’est pas celui que vous privilégiez pour l’avenir malgré les tensions spectaculaires sur l’Italie et le contexte politique.

Yannick Lopez : « La probabilité de ce scénario extrême est effectivement faible mais un scénario ne peut jamais être complètement exclu surtout quand entre en jeu des facteurs politiques. En effet, ces deux dernières années ont vu un certain nombre de scénarios non anticipés prendre à revers les marchés et les observateurs aux Etats-Unis et en Angleterre notamment.
Cependant, les choses ont changé en 6 ans, depuis la crise de la zone Euro, à commencer par la Banque Centrale Européenne qui est intervenue massivement sur les marchés obligataires et qui continue à le faire malgré la baisse significative de son rythme mensuel : elle achète actuellement 30 milliards par mois contre 80 milliards au plus fort de son interventionnisme.
Réinvestissant ses tombées de dettes, la Banque Centrale Européenne va donc continuer à acheter beaucoup d’actifs obligataires et également de la dette italienne. Elle joue donc le rôle de « garde-fou » mais malgré sa présence, en l’espace de 10 jours, les taux italiens ont subi une hausse de 100 points de base. »