Par Yannick LOPEZ

Le rendement de la dette américaine à 10 ans s'approche du seuil des 3%

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI AM, est intervenu sur BFM Business le 23 avril 2018 à propos du rendement de la dette américaine à 10 ans qui s'approche du seuil des 3%
BFM Business - Intégrale Bourse 23/04/2018

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, et Jean-François Bay, Directeur Stratégie et Développement chez La Financière de l'Échiquier, décryptent les tendances des marchés et se sont notamment intéressés au rendement de la dette américaine à 10 ans qui s'approche du seuil des 3% qui n'a pas été touché depuis 2013.

Guillaume Paul : « Le 10 ans américain s’approche des 3%, niveau qui n’avait pas été atteint depuis décembre 2013. Comment analysez-vous ce passage symbolique qui pourrait s’effectuer ? »

Yannick Lopez : « 3% était une cible consensuellement admise en début d’année par de nombreux stratégistes comme un niveau atteignable fin 2018. La remontée est effectivement plus rapide que prévue mais ce niveau de 3% ne doit pas effrayer car il était ciblé.
Maintenant, arrêterons-nous à 3% ? Sommes-nous sur un niveau d’équilibre, un palier, ou bien est-ce une étape avec ouverture vers les 3,5% voir plus ?
La bonne raison pour laquelle le 10 ans américain pourrait monter à 3,25%/3,50% serait des chiffres de l’inflation ou de croissance des salaires au-dessus du consensus. Dans ce cas précis, le marché réviserait ces anticipations de hausse des taux de la Réserve Fédérale et par conséquence enverrait la partie longue de la courbe plus haut.
Mais où se trouve l’aberration ? Dans les 1,5% il y a 18 mois ou sur les 3% actuels ? Porte-t-elle sur les 0,6% sur le 10 ans allemand ou sur les 1%/1,5% ?
Il y a 10 ans, a eu lieu une crise financière hors normes où les banques centrales sont intervenues dans les marchés de façon hors normes en envoyant les taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas. Cette situation a duré longtemps et perdure toujours en Europe car les banques centrales, notamment la Banque Centrale Européenne, toujours extrêmement interventionnistes, achètent encore énormément de papiers sur les marchés. Donc, cela tord le jeu de l’offre et de la demande. Les prix restent élevés et les taux bas.
Pour rappel, 0,6% sur le 10 ans allemand ce n’est pas la logique macroéconomique au vu des agrégats aujourd’hui en Europe. La croissance européenne se trouve au-dessus des 2% donc nettement supérieure à sa croissance potentielle. L’inflation a certes du mal à décoller mais se situe tout de même à 1%. Avec 0,6%, nous sommes largement en-dessous du niveau que les taux d’intérêts longs devraient afficher.
Aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale est intervenue très rapidement, dès 2008, et de façon massive dans les marchés. Elle est sortie progressivement de son programme de rachat depuis 2014. Et même si elle continue à réinvestir, elle a globalement cessé d’augmenter la taille de son bilan.
Ainsi, assez logiquement, les taux d’intérêts et l’économie américaine étaient en avance par rapport à l’Europe. Nous sommes donc en phase de normalisation des taux d’intérêts et 3% sur le 10 ans américain, avec une croissance attendue cette année entre 2,5% et 3% aux Etats-Unis et une inflation qui devrait se situer autour des 2%, n’a rien d’aberrant. »