Le ralentissement se poursuit en zone Euro

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, intervient sur la baisse du prix du pétrole et la situation en Allemagne.
BFM Business - Intégrale Bourse 12/11/2018

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, intervient sur la baisse du prix du pétrole et la situation en Allemagne.

La baisse de 20% du pétrole, en ligne droite depuis un mois, cache-t-elle un problème sur la demande ? Comment le marché obligataire regarde cette faiblesse du pétrole dont l’ampleur n’avait pas été anticipée ? Est-ce que cette baisse a un impact sur l’idée que le marché se fait de l’inflation de demain ?

Le lien entre le marché obligataire et le pétrole se situe notamment au niveau des anticipations d’inflation. Depuis de nombreux mois, les statistiques divergent assez fortement selon si l’on prend en compte l’indice d’évolution globale des prix ou celui de l’évolution des prix dit « cœur » c’est-à-dire soustraction faite des éléments les plus volatiles, les prix de l’énergie et l’alimentaire.
Le marché obligataire a appris à regarder au-delà de la volatilité de ces chiffres. Depuis l’été 2014, une corrélation extrêmement forte s’était produite lors de la chute du baril avec les anticipations d’inflation, ce qui avaient provoqué une baisse significative des rendements obligataires. Mais sur les trois derniers mois, on a pu observer une décorrélation entre le prix du baril qui continuait de monter et les anticipations d’inflation qui restaient relativement stables voire baissaient.
Actuellement, cette hausse du pétrole dégonfle et une reconvergence des deux courbes est en train de se réaliser. Cependant, l’évolution du prix du baril est censée faire monter les coûts de production ce qui pourrait, à terme, avoir des « effets de second tour » : hausse des coûts de production donc hausse des prix. Même si lien n’est plus aussi évident aujourd’hui pour de nombreuses raisons macroéconomiques et démographiques, le marché obligataire reste tout de même attentif à l’évolution du prix du baril tout en gardant de la distance par rapport à la situation.

La semaine commence avec un taux 10 ans allemand sous les 40 points de base (0,40% de rendement) et sera ponctuée par la publication de la première estimation de la croissance allemande qui pourrait tourner autour de zéro. Cela impacte-t-il le marché obligataire européen ?
La politique est toujours une source d’aversion pour le risque en Europe mais la macroéconomie le devient-elle également pour le marché obligataire ?

Depuis un bon moment, la macroéconomie est clairement une source d’inquiétude pour le marché obligataire. Après une année 2017 très florissante en zone Euro et une croissance exceptionnelle, notamment par rapport au potentiel de croissance de cette zone, le premier et le deuxième trimestre 2018 ont été marqués par un net ralentissement que l’on pensait conjoncturel mais, le troisième trimestre ne montre aucune reprise avec une croissance du PIB zone Euro estimé à +0,2% (versus +0,4% anticipé). Nous sommes donc dans un contexte de ralentissement économique marqué : dans tous les pays, l’évolution du consensus de croissance du PIB entre le début de cette année et maintenant est catégoriquement à la baisse et engendrent beaucoup d’inquiétudes.
Les sources sont multiples : les tensions commerciales initiées par les Etats-Unis, la géopolitique, le contexte italien… et le questionnement sur le ralentissement chinois.
La macroéconomie est la principale raison pour laquelle le taux allemand repasse sous 0,40%. Mais la publication de la première estimation de la croissance allemande que le consensus anticipe en baisse à -0,1% pourrait, au regard des estimations déjà publiées (France, Italie, zone Euro), s’avérer encore plus décevante.
La situation économique en Allemagne n’est pourtant pas catastrophique. Le PIB au 3ème trimestre a été impacté par une baisse significative de la production automobile. L’application d’une nouvelle norme de mesure d’émissions des gaz en Allemagne a provoqué un grand déstockage de véhicules entraînant une chute de la production et impactant de façon majeure l’économie allemande compte tenu du poids très important du secteur automobile (5%). Tout laisse cependant penser que ce n’est qu’un « blip » et que ce phénomène va se lisser dès le quatrième trimestre.