Par Benjamin LOUVET

Le pétrole toujours sous surveillance après une nouvelle vague baissière hier

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, intervient suite à une nouvelle vague baissière du pétrole
BFM Business - Intégrale Bourse 19/12/2018

Benjamin Louvet, Gérant matières premières chez OFI AM, intervient suite à la nouvelle vague baissière du pétrole.

En ce qui concerne les cours du pétrole, les opérateurs pétroliers se laissent-ils aujourd’hui davantage envahir par leurs émotions que par le rationnel du marché pétrolier ?

Le mouvement de baisse survenu hier repose sur deux facteurs principaux :

  • Les déclarations de Xi Jinping ont été décevantes au vu des mesures de soutien et des nouvelles rassurantes à propos des négociations avec les Etats-Unis tant espérées.
  • La veille, l’American Petroleum Institute (API) a sorti des statistiques sur les stocks de pétrole qui se sont avérés en hausse de 2 millions de barils malgré la baisse attendue. Le marché, focalisé sur les chiffres américains disponibles régulièrement chaque semaine, en a rapidement conclu que la décision de l’OPEP n’était sans doute pas suffisante dans la situation actuelle, en faisant abstraction des baisses de stocks en Arabie Saoudite, à Anvers, Amsterdam et Rotterdam. De plus, sachant que les décisions de réductions mises en place par l’OPEP et ses alliés ne seront valables qu’à partir du 1er janvier, il va donc falloir attendre le 15 janvier pour que l’impact de ces réductions soit visible.

Chez OFI Asset Management, nous pensons que cette réduction votée par les pays de l’OPEP est suffisante pour rétablir l’équilibre. Pourquoi ? Une réduction d’1,2 million de barils avait été annoncée à partir du niveau d’octobre et depuis, un certain nombre de pays avaient remonté leur production de 400 000 à 500 000 barils environ ce qui signifie qu’en réalité, la baisse des pays de l’OPEP, si celle-ci est respectée, serait de l’ordre de 1,6 million à 1,7 million barils. A cela s’ajoute la décision du Canada de réduire sa production de façon volontaire d’environ 325 000 barils dès début 2019 ce qui représente au total plus de 2 millions de barils de réduction, nombre qui devrait rétablir l’équilibre assez rapidement.

Mais aujourd’hui, l’autre élément qui pèse sur les cours du pétrole est l’optimisme des investisseurs sur le développement du pétrole de schiste qui a surpris à la hausse au cours des derniers mois.
Maintenant, Schlumberger a lancé une alerte sur le recul sensible des équipes de fracturation sur site : sur 200 équipes, 20 ne sont plus en activité actuellement. Nous sommes donc face à un ralentissement des opérations avec la baisse du pétrole déjà connue.
Le pétrole de schiste connait également un problème de logistique sur le bassin permien qui devrait perdurer début 2019. De plus, le prix du pétrole de schiste se situe aujourd’hui autour de 40 dollar face à un WTI aux alentours de 47 dollars et à ce prix-là, le pétrole de schiste, y compris dans le bassin permien, se trouve en-dessous de son seuil de rentabilité. Il est sans doute au-dessus du seuil de breakeven mais ce dernier ne représente que le prix payé pour sortir le pétrole de la terre et en y ajoutant les autres coûts, le niveau remonte nettement. Le prix du pétrole de schiste doit donc être au moins de 55 dollars pour être rentable.

En conclusion, le pétrole de schiste va ralentir et l’équilibre va se produire. Chez OFI Asset Management, nous pensons que la phase de capitulation dans laquelle nous nous trouvons sera suivie d’un beau rebond sur le pétrole dont l’attente amplifie son ampleur à cause du manque d’investissements connus depuis 3 ans maintenant dans ce secteur.