Par Benjamin LOUVET

Le pétrole : tensions au Venezuela – 2019, une année en or ?

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, intervient sur la situation au Venezuela et anticipe 2019 comme l'année de l'once d'or
BFM Business - Intégrale Bourse 30/01/2019

Première réserve de pétrole prouvée au monde, le Venezuela reste cependant un tout petit pays en ce qui concerne sa production pétrolière, pénalisé par des années de sous-investissements et des infrastructures très fortement délabrées.
Comment la situation vénézuélienne pourrait à court, moyen ou long terme impacter l’équilibre du marché pétrolier ?

Avant l’arrivée d’Hugo Chávez à la présidence et sous la direction de Luis E. Giusti, l’entreprise nationale Petróleos de Venezuela SA (PDVSA) produisait environ 3,3 millions de barils par jour puis, fin 2016, la production est tombée à 2,4 millions de barils pour arriver aujourd’hui à 1,1/1,2 million de baril par jour.
Le Venezuela possède les plus importantes réserves prouvées du monde mais celles-ci sont difficilement accessibles et assez chères avec une infrastructure pétrolière qui se retrouve aujourd’hui totalement désorganisée par les « années Chávez » puis par les « années Maduro ».
Durant cette période, le gouvernement a nationalisé l’entreprise et y a intégré des alliés, non spécialisés dans le secteur pétrolier, en tant qu’ingénieurs ce qui a entraîné un certain nombre de problématiques. Les sanctions américaines ont été également la source de nombreuses difficultés puisqu’elles ont coupé les vivres et rendu impossible le remplacement de certaines pièces.
Le Venezuela se retrouve donc aujourd’hui avec des infrastructures vieillissantes. A ce propos et à plus long terme, l’ancien dirigeant de PDVSA a fait part de ses craintes sur la vétusté irrécupérable de certains réservoirs anciens, notamment autour du lac Maracaibo.
L’industrie pétrolière est exsangue et il y a peu d’espoir de voir la production du pétrole remonter et ce, même si le gouvernement venait à changer, ce qui est loin d’être évident, la Russie et la Chine ayant annoncé leur soutien à Nicolás Maduro.
Comparée à l’Iran dont le secteur pétrolier a été phagocyté par la politique et à la Lybie qui a subi une forte déstabilisation, la situation vénézuélienne ne semble pas aussi catastrophique mais pourrait le devenir.
Dans ces pays, l’analyse des événements montre que, dans un premier temps, la production s’est effondrée avant de pouvoir éventuellement repartir de manière progressive. Cependant, en cas de détérioration de la situation et compte tenu du mauvais état d’un certain nombre d’installations qu’il va falloir probablement remplacer, la production du Venezuela pourrait connaitre un nouvel affaissement d’environ 500 000 barils supplémentaires ce qui amènerait la production à 700 000/800 000 barils par jour et représenterait un réel manque pour le marché dans le contexte actuel.
De plus, alors que les Etats-Unis espéraient le soutien de l’Arabie Saoudite et des pays de l’OPEP pour pallier à ce manque, ces derniers se sont officiellement désolidarisés hier, échaudés par la décision du gouvernement Trump d’octroyer des exemptions à l’Iran alors même qu’ils avaient mis en place les structures nécessaires pour compenser la perte de production de l’Iran.
Enfin, le pétrole vénézuélien a la caractéristique d’être très lourd et offre, une fois raffiné, une palette beaucoup plus large que le pétrole léger (pétrole de schiste). Cette particularité le rend extrêmement prisé et lui trouver un remplaçant, en particulier pour les raffineurs américains, s’avère complexe et potentiellement très cher. Cette situation pourrait avoir pour conséquence une désorganisation totale du marché du pétrole (accroissement des écarts de prix entre les différentes qualités de pétrole et désordre des spreads de raffinage) et affecter les semaines et mois à venir avec une volatilité élevée.

Face à l’accumulation de risques, l’once d’or réagit enfin en franchissant 1300 dollars ces derniers jours. L’année 2019 verra-t-elle cet actif refuge parler de lui ?

L’enjeu sur l’or est une problématique d’intérêt relatif d’un investissement dans l’or par rapport aux autres classes d’actifs.
En 2018, les investisseurs ont délaissé l’or dans un contexte où la Réserve Fédérale a remonté ses taux pendant que l’inflation et les anticipations d’inflation ne remontaient pas franchement.
Cette situation a entraîné une remontée des taux réels sur lesquels bon nombre d’investisseurs se sont repositionnés car un peu plus rémunérateurs que l’or.
Deux événements majeurs ont fait basculer la tendance :

  • Quand les taux d’intérêts américains ont atteint 3,25%, de nombreux acteurs se sont repositionnés sur les taux aux détriments des actions engendrant une sévère correction de ces dernières. A ce moment-là, les taux corrigeant, l’or a retrouvé de l’attrait auprès des investisseurs.
  • Jerome Powell et la Réserve Fédérale Américaine ont modifié le ton de leurs déclarations, considérant se rapprocher du taux neutre. L’enjeu repose aujourd’hui sur la volonté de la Fed d’adapter sa politique monétaire et redevenir plus accommodante en 2019. A l’occasion du discours de la Fed prévu demain, un certain nombre d’acteurs évoquent un changement de ton soit sur le rythme de réduction de son bilan, soit sur la politique de remontée des taux.
    Chez OFI Asset Management, nous pensons que les taux d’intérêt réels doivent restés bas compte tenu du niveau d’endettement. Pour rappel, cette année encore, les Etats-Unis ont dû emprunter plus de 1000 Mds$ pour couvrir leur déficit alors que leur dette dépasse déjà 100% de leur PIB. Dans ce contexte, remonter les taux d’intérêt ne va pas être chose facile sans avoir des conséquences dramatiques sur l’économie américaine. La Fed va donc se retrouver dans l’obligation d’adapter son ton ce qui représente un facteur porteur pour l’or.

Si l'on ajoute à ce contexte les crises qui pèsent déjà depuis quelques mois (Brexit, situation en Italie…), 2019 devrait s’avérer une excellente année pour l’or et les métaux précieux dans leur ensemble.