Par Benjamin LOUVET

Le pétrole : faut-il s’inquiéter de la flambée de l’or noir ?

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM intervient sur Radio Classique dans l'émission La question éco du jour à propos du prix du baril de pétrole qui ne cesse d'augmenter
Radio Classique - La question éco du jour 09/05/2018

Benjamin Louvet, Gérant matières premières chez OFI AM, analyse le secteur pétrolier actuel où le prix du baril s'envole.

Depuis quelques semaines, le prix du baril de pétrole ne cesse d'augmenter affichant hier 70 dollars pour le brut à New York et 75 dollars pour le Brent à Londres. Faut-il s'inquiéter de la flambée de l'or noir ? Quels sont les éléments qui tirent les cours du baril vers le haut ?

Benjamin Louvet : « Les facteurs qui contribuent à la montée des prix sont nombreux.
La décision de l'OPEP, il y a quelques mois, de réduire la production pour soutenir les cours du pétrole a été l'élément déclencheur de ce mouvement d'appréciation, contrebalancé dans un premier temps par l'accroissement de la production des pétroles de schiste américains mais dont un certain nombre de challenges risquent aujourd'hui de limiter la croissance.
A cela viennent s'ajouter des facteurs inattendus comme la très forte baisse de production du Venezuela amenant l'OPEP à être très au-delà de ses objectifs de réduction de production.
On observe également un très fort soutien de la demande, notamment chinoise qui se trouve à un plus haut alors que ses exportations de produits raffinés diminuent. Demande explosive et offre sous contrainte : tous les ingrédients sont réunis pour une hausse des prix du pétrole à court terme.
Sur le plus long terme, le manque d'investissement depuis 3 ans lié aux précédentes baisses des prix du pétrole et le vieillissement des champs pétroliers exploités aujourd'hui vont engendrer à un moment donné, même s'il est difficile de l'envisager, un manque de pétrole probablement aux alentours de 2020. »

Aux éléments de marchés s'ajoutent le facteur politique avec le risque que les Etats-Unis se retirent de l'accord sur le nucléaire iranien. Pourquoi cet accord intéresse autant le marché pétrolier ?

Benjamin Louvet : « Ce qui effraie l'ensemble des intervenants sont les conséquences géopolitiques que pourrait entraîner la fin de l'accord iranien. »

Depuis la levée des sanctions il y a deux ans, l'Iran a le droit de vendre à nouveau du pétrole sur les marchés internationaux. Le risque est que les sanctions américaines ferment une nouvelle fois le marché mondial au pétrole iranien ?

Benjamin Louvet : « En réalité, ce n'est pas vraiment le cas.
Seuls les Etats-Unis sortent de cet accord, l'Europe entend y rester. Et finalement, les américains n'achètent pas de pétrole iranien. Aujourd'hui, les gros acheteurs sont la Chine, l'Inde, la Corée du Sud et un certain nombre de pays européens au premier rang desquels l'Italie. Si ces pays ne sortent pas de l'accord, l'apport du pétrole iranien sur le marché sera peu affecté. Cependant, le risque d'une cristallisation des tensions entre l'Iran, les Etats-Unis et Israël pourrait conduire à un conflit au sein de la zone et déstabiliser l'ensemble de l'offre de pétrole entraînant ainsi une envolée des prix. »

Quel pourrait être le plafond ? Est-il possible que l'on revienne au-dessus des 100 dollars ? Faut-il craindre un impact sur la croissance mondiale ?

Benjamin Louvet : « Aujourd'hui, la logique voudrait que le prix du pétrole s'établisse en fin d'année aux alentours de 85 dollars pour la référence Brent. Actuellement, l'équilibre entre l'offre et la demande est tellement serrée que le moindre incident sur la production pourrait engendrer une augmentation des prix pouvant amener au-delà des 100 dollars.
Après, l'impact sur la croissance économique est très difficile à estimer car le marché du pétrole a changé, notamment à cause de la montée des Etats-Unis dans la production mondiale. Aujourd'hui, ils sont moins dépendants de l'évolution des prix du pétrole, contrairement à la France qui y est très sensible dans la mesure où elle importe la totalité de son pétrole.
Donc, si le prix du pétrole monte, même autour des 100 dollars, il faudra quelques mois, voire quelques années avant qu'il y ait un impact sur la consommation mondiale. »

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