Par Eric TURJEMAN, Benjamin LOUVET

Le contexte actuel des marchés actions et la hausse des prix du pétrole

Contexte actuel des marchés actions

Eric Turjeman, Directeur des gestions actions et convertibles - OFI AM

Depuis le mois de mai, malgré une très forte volatilité, les marchés actions se tiennent toujours remarquablement bien. La distribution de dividendes qui s’effectue durant cette période peut donner une impression de recul de l’indice.
L’indice CAC 40 est actuellement autour de 5500 mais si les dividendes distribués sont réintégrés, son niveau se retrouve au plus haut de tous les temps, à 2% près.
Cette bonne tenue des marchés n’est pas anormale. OFI AM est restée positive sur les marchés actions pendant près de 6 ans du fait d’une croissance mondiale forte et de taux d’intérêt très bas mais cette combinaison n’est pas logique car en temps normal, lorsque la croissance est aussi forte dans le monde, les taux d’intérêt sont plus élevés. Cette situation, due aux politiques accommodantes menées par les Banques Centrales depuis une dizaine d’année est très propice aux marchés actions. Pour autant, au cours du mois passé et avant les élections en Italie, OFI AM a décidé le retour à la neutralité sur ceux-ci. En effet, nous anticipions à 5800 le niveau du CAC 40 en fin d’année et quand ce dernier a dépassé les 5600 plus tôt que prévu, nous avons estimé que le chemin avait été parcouru en partie et qu’il était temps de prendre des bénéfices.
Les élections en Italie créent à nouveau des troubles dans la zone Euro. L’écart de taux entre l’Italie et l’Allemagne est en forte hausse en raison de l’arrivée au gouvernement italien de partis considérés comme populistes et plutôt défavorables à l’euro, créant beaucoup d’incertitudes sur la politique à venir. Une coalition se forme entre un parti d’extrême droite, la ligue, et le Mouvement 5 Etoiles dont les programmes font référence à des politiques budgétaires allant à l’encontre des règles strictes d’appartenance à la zone Euro. Les mois à venir verront certainement de la volatilité, ponctués par les déclarations des deux partis.
Par contagion, le stress a gagné l’Espagne et le Portugal, les pays dits périphériques.
Contrairement aux actions, le mois de juin a vu les obligations s’affoler : le taux 10 ans allemand est retombé et a joué son rôle de valeur refuge pendant que les taux périphériques montaient.
Parmi les éléments pouvant amener à un peu de prudence sur les marchés, il y a évidemment les politiques des Banques Centrales qui pourraient devenir moins accommodantes, la croissance mondiale qui, bien qu’encore forte, commence à être discutée, et enfin l’envolée des prix du pétrole qui génère des questions, notamment sur l’inflation.

La hausse des prix du pétrole

Benjamin Louvet, Gérant matières premières - OFI AM

Sur un peu plus d’un an, les prix du pétrole ont gagné 70% mais cette augmentation ne va-t-elle pas poser un problème ?
L’une des raisons de cette forte appréciation est la demande mondiale dont la croissance ne faiblit pas depuis 2016 et représente environ 1/1,5 millions de barils par jours (consommation mondiale : 100 millions de barils par jour). Pour 2018, L’Agence Internationale de l'Energie (AIE), l’U.S. Energy Information Administration (EIA) et l’OPEP anticipent encore une croissance soutenue et l’estiment à 1,5/1,8 millions de barils par jour.
Cette forte demande est bien évidemment due aux émergents mais également à la reprise mondiale de ces dernières années qui a emmené une croissance des besoins en énergie dans les pays européens et aux Etats-Unis car il n’y a pas de croissance sans consommation de pétrole.
Quel impact cette hausse de prix peut avoir sur la consommation ?
Entre 50 et 100 dollars, les niveaux de prix restent acceptables car les effets négatifs sont en grande partie compensés par les effets positifs, notamment le fait qu’un certain nombre de fonds souverains riches vont pouvoir investir ces sommes et ainsi aider l’économie. L’impact est donc globalement assez neutre.
La hausse s’est faite relativement progressivement et n’a pas eu pour le moment d’impact significatif sur les prix. L’essence a vu son prix augmenter mais la hausse ayant été relativement régulière, la situation reste gérable aujourd’hui.
Historiquement, lorsque les prix du pétrole montent, l’impact sur la consommation n’est pas immédiat mais décalé de plusieurs mois (entre 18 et 24 mois), comme lorsque le prix du pétrole avait franchi 100 dollars. Pour le moment, le niveau de 80 dollars n’est pas de nature à détruire la demande.
Cependant, le fait que beaucoup de pays aient profité de la baisse de ces dernières années pour réduire les subventions sur les prix du pétrole engendre la crainte d’une transmission à l’économie plus rapide et donc l’absence de ce degré de latence de 18 à 24 mois, si les prix du pétrole continuent à monter. Selon OFI AM, il n’y a pas d’inquiétude à avoir car avec l’augmentation des prix, un certain nombre de nations ont déjà réintégré des mesures de soutien à l’activité, notamment l’Inde qui annonce un deuxième mouvement de subvention au cas où les prix du pétrole continueraient à progresser.
En ce qui concerne l’offre, l’OPEP, qui avait décidé en 2017 de réduire sa production d’1,8 million de barils avec un certain nombre de pays dont la Russie afin d’augmenter le prix du baril et de rééquilibrer les stocks devenant pléthoriques, a gagné son pari. En effet, le niveau des stocks, comparé à la moyenne des stocks pétroliers de l’OCDE sur 5 ans, est revenu aujourd’hui à la moyenne 5 ans et même en dessous. L’OPEP a donc réussi à ramener les stocks à un niveau raisonnable. Forte demande, compression de l’offre : tout cela conduit à la remontée des prix du pétrole.
De plus, si l’on analyse le niveau de production par rapport à l’objectif fixé par chacun des pays de l’OPEP ou hors OPEP, on constate que certains d’entre eux ont dépassé leurs objectifs.
Au final, cet accord est historique car respecté à plus de 150% mais pour certains pays, notamment le Venezuela, contre leur volonté.
Il y a encore deux ans, le Venezuela produisait environ 2,4 millions de barils par jour mais aujourd’hui, sa situation économique et politique limite sa capacité de production. Depuis 2016, le pays a perdu presque 950 000 barils de production par jour et l’objectif modeste qu’il s’était fixé a donc été dépassé mais le problème réside dans le fait que l’on ne voit pas où va pouvoir s’arrêter la baisse de la production vénézuélienne tant les problèmes de ce pays sont importants.
Aujourd’hui, l’Iran se retrouve à nouveau sous sanction américaine ce qui pourrait faire baisser sa production entre 300 000 et 1 million de barils par jour.
Cette situation a amené l’OPEP à réfléchir à éventuellement ré augmenter sa production ce qui pourrait avoir un impact à court terme, les discussions ayant déjà engendré une baisse des prix du pétrole. Cependant, historiquement, quand l’OPEP annonce des hausses de production pour des raisons de tensions sur l’offre, s’ensuivent toujours des prix plus élevés sur le pétrole. En effet, la capacité excédentaire de production disponible va réduire et au moindre problème, il n’y aura plus de capacité à répondre.
L’autre élément d’impact provient du fait que le troisième trimestre est la période où la consommation de pétrole mondiale est la plus élevée, notamment dans les pays du Moyen-Orient où les produits pétroliers sont utilisés pour la climatisation et donc 1,5 millions de barils supplémentaires sont consommés à cette saison par rapport au reste de l’année.
Mais cette hausse de la production ne veut pas dire qu’il y aura plus de pétrole à l’export donc, selon OFI AM, cet impact va être limité et le pétrole devrait rester orienté à la hausse.
Aux Etats-Unis, le pétrole de schiste qui se développe aujourd’hui dans le bassin Permien pose deux problèmes. A court terme, la production a augmenté dans de telles proportions qu’aucune infrastructure logistique n’est assez calibrée : les pipelines sont pleins et les transports ferroviaires ou par camion le sont également. Ne trouvant pas d’acheteur, ce pétrole de schiste vaut beaucoup moins cher que la référence WTI et ce problème risque de perdurer car aucun pipeline ne sera construit avant fin 2019 donc l’écart va très certainement se creuser et donc freiner la capacité de développement du bassin Permien.
A plus long terme, le pétrole de schiste est très léger et ne convient pas aux raffineries américaines ce qui explique l’envolée des exportations. Cependant, cette qualité de pétrole va finir par saturer les raffineries disponibles ailleurs et à ce moment-là, un nouveau goulet d'étranglement va faire son apparition.
Les actions pétrolières offrent aujourd’hui un fort potentiel d’appréciation. En effet, pendant très longtemps, les prix du pétrole sont montés sur le court terme et restés relativement stables sur le plus long terme. Mais depuis quelques semaines, ces derniers ont connu un début de hausse, permettant ainsi à des industriels de protéger dès maintenant une partie de leur production future et donc de donner des garanties à des banques pour le financement de leurs projets. Depuis mars, une recorrélation se produit entre le pétrole et les sociétés pétrolières en s’appréciant respectivement de 20%. A plus long terme, les projets, notamment dans le secteur offshore, vont donc peut-être redevenir rentables et aujourd’hui, OFI AM envisage le rattrapage des valeurs pétrolières par rapport aux prix du pétrole par deux biais :

  • Les « majors ». Contrairement aux sociétés pétrolières de schiste qui vont connaître des difficultés et apporter de la déception aux marchés, les sociétés « majors » sont prêtes et bénéficieront de la potentielle hausse du prix du pétrole.
  • Les sociétés d’équipement et de services. Jusqu’à présent, il fallait essentiellement se concentrer sur les sociétés on shore aux Etats-Unis à cause du développement du pétrole de schiste mais compte tenu du retard potentiel de ce dernier et de la remontée à long terme du prix du pétrole, des valeurs « massacrées » précédemment regagnent de l’intérêt, notamment les valeurs d’exploration et d’équipement et de services dans le domaine offshore où un énorme rattrapage est à effectuer (TechnipFMC, Schlumberger).

OFI Asset Management estime l’objectif sur le prix du pétrole WTI entre 75 et 80 dollars le baril pour la fin d’année et entre 80 et 85 dollars pour le Brent en envisageant la possibilité de dépasser ce niveau. Cette situation devait entraîner une hausse des valeurs pétrolières en ciblant essentiellement les « majors » pétrolières ainsi que les sociétés d’équipement et de services plutôt tournées vers le offshore.

Nos fonds & expertises associés