Par Benjamin LOUVET

Le Brent repousse son plus haut depuis 3 ans sur fond de tensions géopolitiques

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, sur BFM Business, le 11 avril 2018 : le Brent repousse son plus haut depuis 3 ans sur fond de tensions géopolitiques
BFM Business - Intégrale Bourse 11/04/2018

Benjamin Louvet, Gérant matières premières chez OFI AM, décrypte les tendances des marchés en s'intéressant notamment au cours du baril de Brent, à son plus haut depuis plus de trois ans, sur fonds de tensions géopolitiques.

Benjamin Louvet : « Dans les minutes qui ont suivi la publication du tweet de Donald Trump « missiles are coming », le prix du pétrole, qui avait tendance à se stabiliser, a rebondi très fortement. Une prime géopolitique est clairement en train de se constituer autour de la problématique de la Syrie qui pourtant est un acteur assez anecdotique du marché pétrolier. Un rapport de force se cristallise tout de même entre la Russie alliée à l’Iran et les Etats-Unis à l’Arabie Saoudite.
Chez OFI AM, certaines déclarations de Mohammed Ben Salmane (MBS) lors de son déplacement à Paris nous laissent à penser que cette prime géopolitique n’a peut-être pas atteint son maximum. Les membres de son gouvernement ont notamment évoqué le fait qu’ils étudiaient, avec leurs alliés américains et français, les répliques à donner à l’attaque chimique qui a eu lieu en début de semaine dans la Ghouta orientale en Syrie. Le geste le plus inquiétant serait de voir l’Arabie saoudite frapper en Syrie aux côtés des Etats-Unis et de la France car nous rentrerions dans un affrontement beaucoup plus direct entre les obédiences sunnites et chiites, les deux grands courants musulmans s’affrontant actuellement dans cette région. Dans ce cas-là, nous pourrions arriver à une situation beaucoup plus grave et voir une prime géopolitique plus importante se constituer. Mais nous n’en sommes pas à ce stade.
Pour rappel, en 2013, des attaques chimiques ont eu lieu entraînant une réaction de Washington et quelques missiles envoyés. Les conséquences sur le marché du pétrole ont finalement été assez neutres car lorsque les frappes de missiles ne sont pas suivies d’effets par des attaques au sol, les conséquences géopolitiques et stratégiques sont faibles. »

Au-delà de la prime géopolitique, les fondamentaux plaident-ils pour des prix du pétrole un peu plus élevés que ces derniers mois ? Est-ce toujours votre scénario pour 2018 ?

Benjamin Louvet : « Notre scénario chez OFI AM n’a pas changé pour 2018, et des facteurs importants sont à prendre en compte.

  • Ce weekend a lieu la réunion des pays du comité qui contrôlent la mise en œuvre de la réduction de la production par l’OPEP et ses alliés. L’accord de réduction devrait y être prolongé jusqu’en 2018 et le référentiel que l’on cherche à atteindre va probablement être changé en passant la moyenne mobile de 5 à 7 ans, ce qui rabaisserait l’objectif et permettrait de contraindre le marché un peu longtemps.
  • Un accord pour plusieurs dizaines d’années pourrait être annoncé entre la Russie, l’OPEP et l’Arabie Saoudite ce qui signifierait que la Russie devient un membre de facto de l’OPEP ou au moins agit de concert avec l’OPEP.
  • Mi-mai, les Etats-Unis vont rendre leur décision sur l’Iran. Aujourd’hui, lorsque le marché price cette prime géopolitique, il inclut une probabilité plus importante de voir l’Iran retrouver de nouvelles sanctions américaines. Maintenant, il faudra attendre l’attitude des européens car s’ils ne suivent pas, les conséquences pourraient être assez limitées et l’Iran a toujours la possibilité de passer une partie de son pétrole par l’Irak.
  • Le manque d’investissement depuis 3 ans va se faire sentir d’ici la fin de l’année. Effectivement, le pétrole de schiste augmente mais pose des problèmes de qualité qui ne le rend pas totalement substituable au pétrole qui est aujourd’hui retiré du marché.
  • Beaucoup d’incertitudes géopolitiques subsistent autour du Yémen et du Nigeria où auront lieu prochainement des élections incitant les rebelles à faire parler d’eux à nouveau.
    Il ne faut pas oublier que les capacités excédentaires de production sont très faibles et à la moindre anicroche sur la production ayant un impact important en Iran, en Arabie Saoudite ou au Nigeria, les prix de pétrole pourraient très rapidement se trouver sous tension. »