Par Yannick LOPEZ

La semaine boursière sera marquée par les publications d’entreprises & d’indices macroéconomiques

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management,
BFM Business - Intégrale Bourse 15/04/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Quelle est l’ambiance aujourd’hui sur le marché obligataire ?

Les taux d’intérêt ont tendance à remonter légèrement depuis deux jours mais la nuance est de rigueur puisqu’ils remontent d’un point bas de l’année qui a vu le taux allemand aller jusqu’à -0,10%, des niveaux pas vus depuis 2016. Actuellement, il se situe à +0,07% donc, en amplitude, le rebond est certes non nul mais nous restons « autour de zéro ».
La tendance positive se poursuit sur les taux italiens qui surperforment depuis quelques temps leurs homologues européens malgré un contexte macroéconomique assez dégradé en Italie. Les taux d’intérêt sont plutôt orientés à la baisse autour de 2,5%.

Cette semaine aura lieu le grand rendez-vous macroéconomique en Europe avec la publication des indicateurs PMI avancés, après plusieurs mois assez négatifs, voire déprimants pour certains pays : sous 50 en zone de contraction pour la France et l’Allemagne. Attendez-vous un sursaut dans le PMI qui sera publié jeudi ?

A travers les dernières statistiques publiées récemment en Chine ou en zone Euro (production industrielle légèrement meilleure qu’attendue), le marché semble vouloir lire quelques signaux indiquant un point d’inflexion dans la tendance macroéconomique.
Nous sortons d’une séquence extrêmement dégradée aux Etats-Unis et surtout en Europe où les perspectives de croissance ont régulièrement été revues à la baisse. Cependant, quelques signaux laissent penser que le pire est peut-être passé et que l’amélioration est à venir.
Dans ce contexte, toute statistique tendant à prouver que ce point d’inflexion a été franchi pourrait devenir un acteur de mouvement sur le marché. Ce jeudi, d’autres statistiques seront très suivies, notamment aux Etats-Unis sur les ventes de détail, et mercredi soir, aura lieu la publication du beige book (état de l’économie américaine) qui servira de base de travail à la prochaine réunion de la Fed qui se tiendra le 30 avril et le 1er mai.
Toutes ces statistiques seront donc très regardées et si la tendance positive se poursuit, les taux pourraient poursuivre leur petite progression.

Cette semaine, peu de rendez-vous politiques sont susceptibles d’impacter le marché hormis l’élocution d’Emmanuel Macron. D’après vous, comment les marchés vont-ils suivre ce discours du Président de la République et ses réponses aux protestations en cours actuellement en France ?

Selon moi, les marchés ne vont pas surréagir aux annonces d’Emmanuel Macron car depuis la séquence tumultueuse de protestations débutée fin novembre avec une accélération début décembre, les taux d’intérêt français n’ont pas matérialisé ce risque. L’écart de rendement entre l’OAT française à 10 ans et le bund allemand à 10 ans s’est même plutôt compressé à 0,37% aujourd’hui ce qui ne traduit pas une inquiétude majeure de la part des investisseurs.
Compte tenu des finances françaises (dette sur PIB proche de 100% et déficit supérieur à 3% cette année), si Emmanuel Macron annonçait des mesures tendant à creuser le déficit, les taux d’intérêt français pourraient en théorie être impactés négativement et s’écarter de leur référent allemand. Mais le mouvement devrait être contenu par des perspectives de croissance légèrement meilleure. L’économie allemande devrait faire nettement moins bien que la croissance française cette année. L’INSEE anticipe un premier et deuxième trimestre assez solide en France car l’institut estime que les mesures prises par Emmanuel Macron en fin d’année dernière, visant à redonner un peu de pouvoir d’achat, soutiennent la demande interne et donc l’économie française.