Par Béryl BOUVIER DI NOTA

La finance responsable monte en puissance. Quelles sont les spécificités de l’impact investing ?

Béryl Bouvier di Nota, Directeur Ajoint Actions Européennes et Responsable Impact Investing chez OFI AM, intervient sur le thème de la finance responsable et de l'impact investing
BFM Business - Intégrale Bourse 23/04/2019

En Europe, la finance responsable s’est beaucoup développée auprès des institutionnels, notamment grâce à la réglementation. Cependant, les solutions proposées à un investisseur français qui envisage d’investir de manière responsable ne sont pas toujours intelligibles entre les termes d’intégration ESG ou de développement de l’ISR.
Concrètement, l’évolution de l’investissement responsable a pris plusieurs formes.

L’approche par exclusion

A l’origine, l’approche ISR correspondait à une démarche d’exclusion des secteurs controversés essentiellement mise en œuvre dans les pays anglo-saxons.
Dans la deuxième étape, la France a été leader en ce qui concerne la réduction des externalités négatives des modèles économiques des entreprises, à savoir l’intégration ESG (Environnement, Social, Gouvernance), méthode consistant à juger chaque société sur sa capacité à intégrer ces enjeux ESG dans son modèle. Et ces critères extra-financiers peuvent pénaliser le choix d’une société en portefeuille.
Depuis 20 ans, OFI Asset Management applique cette méthodologie tout en la faisant évoluer en fonction de nombreuses particularités, notamment sur la gouvernance (plus récemment).

L’impact investing, une nouvelle étape

Défini pour la première fois en 2007 par la Fondation Rockefeller, le terme d'impact investing désigne une économie où les entreprises contribuent plus positivement d’un point de vue social et environnemental.
Après que l’épargne solidaire se soit beaucoup développée, l’impact investing réunit aujourd’hui rendement financier et impact social et environnemental. La philanthropie est donc intégrée dans le « business model » et la finance.
OFI Asset Management gère 73 milliards d’euros dont les deux-tiers sur des produits ISR.
Sous la marque OFI Responsible Solutions (OFI RS), la société propose une gamme de fonds qui couvre les principales classes d’actifs et zones géographiques : plusieurs fonds euro intégrant l’approche ESG souvent sous l’angle « best-in-class » mais également un fonds solidaire à 90% ISR intégrant les critères ESG et 10% solidaire.

L’économie positive

OFI Asset Management a lancé un fonds Positive Economy à 100% sur des thèmes de développement durable autour de 4 thèmes : transition énergétique, préservation des ressources naturelles, santé et du bien-être, inclusion sociale au sens large et sécurité.
A l’aide des « objectifs de développement durable (ODD) » fixés par les Nations Unies, nous nous appliquons à identifier toutes les sociétés possédant les bonnes pratiques mais surtout celles engagées dans le développement durable.

Exemples d’investissement à impact : Tomra Systems & Unilever

Partie prenante de l’économie circulaire, Tomra Systems (société norvégienne) est le leader mondial de l’équipement pour la collecte des bouteilles (verre, plastique, métal…) : 38 milliards de bouteilles par an représentant un impact environnemental positif avec 700 000 tonnes de matière préservée et 27 millions de tonnes d’émissions de CO2 évitées.
Unilever, l'un des leaders mondiaux sur le marché des produits de grande consommation, est engagée depuis très longtemps sur le rôle de l’entreprise au-delà de la performance financière et sur son impact social et environnemental. En 2010, à travers un cadre stratégique d’actions dans lequel les retombées économiques et extra-financières seraient visibles, Unilever s’était donné trois objectifs : augmentation du bien-être et de la santé pour un million de personnes d’ici 2020, réduction de son empreinte environnementale (émission de gaz à effet de serre, développement de l’approvisionnement durable), augmentation du niveau de vie de la population.
Parallèlement à son objectif financier de 20% de marge d’EBIT en 2020, Unilever se donne la mission d’impacter positivement 5,5 millions de personnes sur la même période.

Loi Pacte

En France, la loi Pacte vient de permettre aux entreprises d’étendre leur « raison d’être » à des critères extra-financiers. Certaines sociétés pourront demain se décréter « entreprise à missions », démarche qui rejoint la logique d’impact investing.
La mise en application d’une méthodologie va prendre un peu de temps puisque les indicateurs ne sont pas tous parfaitement identifiés et les données pas toutes disponibles, mais nous sommes à l’aube d’une nouvelle approche d’investissement, voire même d’une nouvelle classe d’actifs.

Nos thèmes associés