360 degrés #5 - Février 2019 - Par Jean-Pierre GRIMAUD, Béryl BOUVIER DI NOTA, Jean-Marie MERCADAL, Eric TURJEMAN, Eric BERTRAND

La Finance Responsable a de l'avenir !

ÉDITO - CONCILIER QUÊTE DE SENS ET OPPORTUNITÉS D’INVESTISSEMENT

Jean-Pierre Grimaud, Directeur Général d'OFI Asset Management
Jean-Pierre GRIMAUD
Directeur Général d'OFI AM

La Finance Responsable a de l’avenir car elle est porteuse de sens, mais aussi parce qu’elle crée des opportunités d’investissements rentables et limite les risques tout en veillant à préserver l’intérêt des générations futures. Nous avons fait le choix, il y a plus de 20 ans, de nous engager dans l’Investissement Socialement Responsable, convaincus de l’importance du rôle que nous jouons en tant qu’acteur du financement de l’économie et responsables des actifs que nous gérons pour nos clients.

L’ISR donne le pouvoir d’agir dans l’intérêt de tous.

Notre positionnement d’acteur engagé dans la Finance Responsable est clairement un atout pour un nombre croissant d’investisseurs sensibilisés aux enjeux du développement durable et une marque de distinction reconnue. Un engagement partagé par l’ensemble des sociétés du Groupe OFI : OFI AM, à travers la gamme OFI Responsible Solutions, OFI Pierre dans l’univers de l’immobilier, SWEN Capital Partners et Zencap AM dans le financement des ETI et des PME, et Infravia Capital Partners dans le financement d’infrastructures.

Chaque année, à l’occasion de notre conférence, nous nous attachons à valoriser des initiatives positives, utiles, responsables.

Cette année, nous traitons des enjeux et des solutions face à l’urgence climatique qui constitue un objectif ultime à tous les niveaux pour chacun d’entre nous, car si cet objectif n’est pas visé et atteint, cela aura des conséquences bien autres que financières.

Une thématique plus que jamais d’actualité avec pour ambition d’apporter, à travers un partage d’expériences riches, un éclairage utile sur les enjeux majeurs de demain et de promouvoir les solutions qui permettent de concilier innovation, développement durable et performance financière.
Et pour partager avec le plus grand nombre, nous dédions ce magazine 360 DEGRÉS à la rétrospective de cette dernière conférence, convaincus que la Finance Responsable a de l’avenir avec vous !

1000 SOLUTIONS EFFICIENTES CONTRE LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

ENTRETIEN AVEC BERTRAND PICCARD, Fondateur & Président de la Fondation Solar Impulse et Fondateur de l’Alliance mondiale des solutions efficientes

Concepteur du Solar Impulse, un avion ultraléger ne fonctionnant qu’à l’énergie solaire avec lequel il a réussi un tour du monde par étapes inédit en 2016, Bertrand Piccard est un défenseur optimiste de la transition énergétique. L’heure n’est plus aux grands discours alarmistes mais aux solutions concrètes.

Lors de la COP 24, qui s’est tenue fin 2018 en Pologne, vous avez présenté vos 1000 solutions profitables contre le réchauffement climatique. Quel accueil avez-vous reçu ?

Bertrand Piccard : L’accueil a été excellent. Il faut bien dissocier la COP institutionnelle, nécessitant un large consensus au niveau mondial, des COP des villes et des collectivités qui veulent changer les choses à tous les échelons, même les plus petits et partout dans le monde. Les accords signés au niveau local ou national s’avèrent bien plus efficaces.
L’humanité se retrouve face à un mur et à un effondrement de la qualité de vie en perspective, si nous ne changeons pas nos habitudes de production et de consommation. Pourtant, les solutions existent…

Alors, comment y parvenir ?

B.P. : Les politiques ont un rôle crucial à jouer pour faire évoluer les mentalités et les comportements. Les encouragements ne suffisent pas. Il faut des réglementations plus strictes en matière de protection de l’environnement. Les contraintes réglementaires sont un passage obligé pour pousser les industries, les investisseurs et les consommateurs à se moderniser au profit de plus d’efficience et de compétitivité.
Notre objectif au sein de l’alliance mondiale pour les technologies efficientes est de réunir tous ceux qui ont des solutions qui permettent aux entreprises de dégager du profit et aux utilisateurs de dépenser moins, tout en protégeant l’environnement.
Notre objectif est de rendre l’écologie économiquement profitable sur la base de trois critères : crédibilité technologique, impact positif sur l’environnement et la société, et rentabilité.

Vous soutenez l’idée que la transition énergétique va offrir d’énormes opportunités en matière d’emploi. Que répondez-vous à ceux qui pensent que la protection de l’environnement coûte surtout très cher ?

B.P. : La transition énergétique représente un marché et un gisement d’emplois considérables. Effectivement, pour parvenir à convaincre les décideurs, il faut passer de la démarche incantatoire aux actions concrètes.
Commençons par taxer davantage les émissions de carbone. Certains penseront qu’il s’agit d’une mesure punitive qui freinera l’activité économique. Dans les faits, c’est exactement le contraire. La Suède a décidé de taxer à 135 euros l’émission de la tonne de CO2. Un niveau beaucoup plus élevé que dans les autres pays européens et qui a encouragé les innovations du secteur privé et la modernisation de l’industrie suédoise, aujourd’hui très compétitive.
Protéger l’environnement ne nuit pas à la croissance économique, bien au contraire.

Certes, l’investissement dans la transition énergétique est un facteur de modernisation des économies. Quel rôle la finance responsable peut-elle jouer dans ce processus ?

B.P. : Un rôle essentiel. Faire de la Finance Responsable c’est être responsable du sens que l’on donne aux investissements afin de bâtir un nouveau modèle plus vertueux et efficient au regard des enjeux du développement durable, et, économiquement rentable.
Quand ce sont des militants écologistes ou des ONG qui interviennent sur ces sujets-là, peu de gens prennent cette parole au sérieux et comprennent la nécessité de changer radicalement nos habitudes de production et de consommation. Il faut parler de créations d’emplois, de nouvelles technologies pour développer l’industrie, et de profit.
Quand un financier parle transition énergétique, il pense aussi rentabilité et profit. Et on comprend davantage…

VOYONS L’ÉCONOMIE DE MANIÈRE POSITIVE

RENCONTRE AVEC BÉRYL BOUVIER Di NOTA, Directeur adjoint des Actions européennes d’OFI AM

Béryl Bouvier Di Nota, Directeur adjoint des Actions européennes d’OFI AM

Grâce à l’essor de l’analyse extra-financière, l’investisseur peut choisir d’investir, en connaissance de cause, dans des valeurs offrant un réel impact positif sur l’économie et la société dans son ensemble, sans négliger la performance financière. Illustration du concept d’économie positive avec trois valeurs engagées dans le développement durable : Carbios, Fermentalg et Suez.

La sphère économique recèle des solutions qu’il nous faut soutenir et encourager pour favoriser sa transformation dans l’intérêt des générations futures. Il en va à la fois de l’avenir de notre planète et de celui de notre bien-être, deux dimensions qui ne peuvent plus s’opposer. Le modèle de nos économies doit être ainsi repensé de fond en comble.
Cette transformation positive est soutenue par la convergence des intérêts des agents économiques (citoyens, pouvoirs publics, entreprises) pour atteindre les Objectifs de Développement Durable, la ligne d’horizon fixée en 2015 par les Nations Unies pour 2030. Au nombre de 17, ces ODD intègrent des objectifs liés à la santé et au bien-être, visent à encourager des modes de consommation et de production durables, à lutter contre le changement climatique pour n’en citer que quelques-uns.

Si la Finance Responsable se doit de financer les entreprises orientées vers le développement durable, elle doit également fournir des solutions d’épargne aux investisseurs qui veulent aussi s’engager dans cette démarche.

Le fonds OFI Fund RS European Positive Economy* est une solution pour les investisseurs qui souhaitent investir dans la croissance vertueuse avec un double objectif de performance financière et d’impact.
* OFI Fund RS European Positive Economy est un compartiment de la SICAV de droit luxembourgeois OFI FUND agréée par la CSSF dont la société de gestion est OFI Lux et la délégation de gestion financière est assurée par OFI AM et autorisé à la commercialisation en France.

L’économie positive se tourne naturellement vers les entreprises qui inscrivent réellement leur action au service du développement durable. Une démarche qui nécessite un travail d’analyse fondamentale pour sélectionner les valeurs qui permettent de générer une performance financière et un impact positif sur la société dans son ensemble.

La politique de la RSE se doit d’être objectivée, transparente et mesurable.

« Nous procédons à une analyse approfondie qui nous donne une vision, la plus complète possible, de l’entreprise et de son positionnement. Tandis que l’analyse financière valide le potentiel de croissance et la stratégie suivie, l’analyse extrafinancière évalue la politique RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) mise en place par l’entreprise, son engagement dans l’économie positive. Celle-ci se doit d’être objectivée, transparente et mesurable afin de vérifier les bonnes pratiques et de pouvoir identifier au travers de son activité l’impact social et environnemental » explique Béryl Bouvier Di Nota, Directeur Adjoint des Actions européennes chez OFI Asset Management.

Des exemples concrets de sociétés résolument tournées vers l’économie positive.

À l’occasion de la conférence annuelle du 16 janvier, OFI AM a souhaité mettre en avant trois entreprises qui illustrent bien la dynamique d’économie positive. Deux sociétés françaises appartenant à l’univers des petites et moyennes capitalisations et qui développent des solutions de rupture avancées : Carbios (recyclage du plastique par un procédé de chimie verte) et Fermentalg (utilisation des microalgues au bénéfice de la santé humaine). Ainsi qu’une entreprise de taille mondiale et acteur de référence en matière de politique de RSE et d’approche dans le développement durable : Suez.

3 EXEMPLES D’ENTREPRISES QUI PRÉPARENT L’ECONOMIE DE DEMAIN

Carbios révolutionne le recyclage du plastique
Jean-Claude Lumaret, Directeur Général de Carbios

Créée en 2011, l’entreprise Carbios a développé un procédé enzymatique qui permet de « découper » le plastique pour assurer son recyclage à l’infini ou le biodégrader afin de ne laisser aucun déchet. Nous avons engagé des partenariats académiques (CNRS, INRA…) et industriels (TechnipFMC, L’Oréal, Limagrain…). Nous prévoyons d’installer, à brève échéance, un démonstrateur industriel dans la région lyonnaise et nous ambitionnons, via notre filiale Carbiolys, de mettre sur le marché notre plastique innovant, à partir de 2020. Enfin, dès 2023, nous devrions commencer à concéder notre première grande licence industrielle pour le biorecyclage des bouteilles et autres produits en PET (Polytéréphtalate d’éthylène).
Dans ce contexte, nous sommes un acteur de niche qui a besoin de l’accompagnement d’un partenaire financier sur le long terme. Il faut mettre en avant et soutenir l’innovation française, surtout quand elle est au service du développement durable.

Fermentalg exploite le trésor nutritif des microalgues
Philippe Lavielle, Président Directeur Général de Fermentalg

Créée en 2009, Fermentalg est un acteur majeur français des microalgues. La société développe, produit et commercialise, à partir de microalgues, des produits innovants, naturels et performants dans le domaine de la santé, de la nutrition et de l’environnement. La société a notamment réussi à produire une huile algale à forte concentration en DHA - DHA Origins 550 - (l’oméga-3 algal le plus concentré du marché). Les Omega 3 sont indispensables pour maintenir les capacités cognitives et prévenir les risques cardiovasculaires. Or, 90% de la population souffre d’une carence en Omega 3.
Outre l’intérêt pour la santé, le procédé est également bénéfique pour la biodiversité car il ne nécessite pas d’extraire les Omega 3 des poissons en recourant à une pêche intensive. Nous avons signé un partenariat commercial de cinq ans avec DSM, le leader mondial du marché des lipides nutritionnels, pour diffuser DHA Origins 550. De même, nous avons engagé un partenariat exclusif de 8 ans avec le groupe Suez autour d’un projet de captation du CO2 à partir de biofiltres algaux (ex puits de carbone) testés à Paris et Poissy. Chaque biofiltre algal peut capter l’équivalent de 1 tonne de CO2 par an, soit le volume réalisé par 100 arbres. Fermentalg fournit à Suez le « software » biologique.

Suez fait le pari de la gestion durable de l’eau
Hélène Valade, Directrice du Développement Durable de Suez

Les conséquences du dérèglement climatique sur l’accès à l’eau sont alarmantes. En 2035, 40 % de la population mondiale vivra en situation de stress hydrique. Notre feuille de route 2017-2021, inspirée par les Objectifs de Développement Durable de l’ONU, vise à repenser la gestion de cette ressource vitale pour l’humanité.
Les objectifs chiffrés sont ambitieux (multiplication par 3 d’ici 2030 de l’offre en ressources en eau alternatives – réutilisation des eaux usées traitées, recharge des nappes phréatiques, dessalement d’eau de mer) et installent SUEZ à l’avant-garde des solutions d’économie circulaire. Ces dernières sont boostées par l’innovation digitale qui permet de proposer de nouveaux services de maîtrise des consommations et de « gestion intelligente » de l’eau et de l’assainissement, ou bien encore, dans le domaine de la valorisation des déchets, de rapprocher producteurs et recycleurs grâce à des « market places » dédiés.

LES INVESTISSEURS ONT UN RÔLE ESSENTIEL À JOUER DANS LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

RENCONTRE AVEC MARIE LUCHET, Directrice Europe Continentale des PRI

Les investisseurs doivent se sentir concernés à la fois dans leur rôle d’acteur et d’influenceur pour lutter contre le réchauffement climatique et basculer vers une économie bas carbone. Marie Luchet, Directrice Europe Continentale des PRI, souligne l’urgence d’agir pour une transition écologique et juste.

Marie Luchet, Directrice Europe Continentale des PRI

Promouvoir un système financier plus responsable, telle est l’ambition affichée à travers le monde par les Principes pour l’Investissement Responsable (PRI). Fondée en 2006 avec le soutien des Nations Unies, l’association a en effet vocation à aider les investisseurs institutionnels (fonds de pension, caisses de retraite, mutuelles) et sociétés de gestion à intégrer les enjeux Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dans leurs décisions d’investissement.

« Notre association vise à apporter des outils et des grandes lignes directrices pour aider ces investisseurs à intégrer les sujets ESG et climatiques dans toutes les classes d’actifs », précise Marie Luchet. Force est de constater que l’association a su rallier le monde de la finance à sa cause.
Les PRI comptent aujourd’hui plus de 2 200 investisseurs répartis dans 52 pays (dont 200 en France), totalisant 83 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion. L’engagement des acteurs financiers dans la lutte contre le réchauffement climatique constitue d’ailleurs un enjeu crucial pour la transition énergétique. « Nous estimons que les investisseurs, et plus particulièrement les investisseurs institutionnels, ont en effet un rôle essentiel à jouer », évoque Marie Luchet. « Les Objectifs de Développement Durable (ODD), voulus par les Nations Unies, ne pourront pas être atteints sans le monde financier. »
De fait, le financement de ces 17 ODD, déclinés en 169 actions concrètes, est estimé par l’organisation internationale, la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le Commerce Et le Développement), entre 5 000 et 7 000 milliards de dollars par an. « Sur ce total, les gouvernements ne seraient en mesure de financer que 1 000 milliards de dollars par an. On voit bien que le rôle de la finance est donc essentiel ! », note Marie Luchet.

Vers des investissements bas carbone

L’urgence est réelle. Lors de la conférence des Nations Unies sur le climat de décembre 2015 en France (COP 21), les dirigeants du monde entier se sont en effet engagés à réduire le réchauffement climatique à 2°C d’ici à 2100. Or, « avec les réglementations actuelles sur les limitations des gaz à effet de serre (GES), nous sommes sur une trajectoire de réchauffement comprise entre 3°C et 4°C. Nous sommes bien loin des 2°C promus par l’Accord de Paris et du signal d’alerte du GIEC lors de la récente COP 24 en Pologne, qui est à 1,5°C. Il est donc essentiel que les investisseurs jouent leur rôle en réallouant massivement leurs capitaux vers des investissements bas carbone », souligne Marie Luchet.
L’échelle de temps des investisseurs étant supérieure à celle des cycles électoraux, il est dans leur intérêt de pousser les responsables politiques à adopter des réglementations stables en matière de réduction des émissions de GES afin de pouvoir appréhender le contexte de leurs futurs investissements. « Si nous n’arrivons pas à changer de paradigme, le risque est que les pouvoirs politiques, acculés face à la multiplication des conséquences des changements climatiques, prennent des décisions brutales et perturbatrices pour les marchés financiers vers 2025-2030 », prévient Marie Luchet.
Les investisseurs ont également un rôle majeur à jouer afin d’influer sur le comportement des entreprises en matière d’intégration des enjeux ESG, notamment via le vote et le dialogue et les coalitions d’investisseurs.

Adopter une « transition juste »

Les PRI incitent et favorisent le dialogue entre les investisseurs et les entreprises. Certains investisseurs se sont d’ailleurs réunis au sein de la coalition Climate Action 100+ afin de dialoguer avec les 160 sociétés les plus émettrices de gaz à effet de serre dans le monde. « Cette coalition leur demande des comptes sur trois sujets majeurs : l’efficience énergétique pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, la transparence à travers notamment le reporting, et la prise en compte de la question climatique dans leur gouvernance », énumère Marie Luchet.

Enjeu majeur pour nos sociétés, la transition écologique ne pourra toutefois pas se faire au détriment de la prise en compte des enjeux sociaux et de gouvernance. « On ne pourra pas réaliser une transition écologique en laissant quiconque sur le bord du chemin », avance Marie Luchet. « Il est extrêmement important que la question sociale soit intégrée dans la transition énergétique, en positif en termes de création d’emplois ou en négatif en termes d’analyse des populations qui risquent d’être impactées par ce changement de paradigme. La ‘transition juste’ est un enjeu fondamental et nous invitons les investisseurs à réfléchir à ce sujet et à agir ».

Consultez la vidéo des témoignages d’investisseurs sur leurs pratiques

LES NOUVELLES TECHNOLOGIES AU SERVICE DE L’ISR

Muriel Faure, Présidente Mission Innovation de l'AFG

Les nouvelles technologies sont porteuses d’efficience et de performance pour les acteurs de l’écosystème ISR. « Grâce au ‘Big Data’, nous sommes capables d’analyser des données provenant des réseaux sociaux ou des blogs. Cette masse gigantesque de données, analysée grâce aux outils d’intelligence artificielle, doit permettre aux analystes financiers de déterminer leur univers d’investissement, l’allocation d’actifs et la sélection des entreprises pour les portefeuilles ou les mandats des clients », explique Muriel Faure, Présidente Mission Innovation de l’AFG.
Ces nouvelles technologies offrent ainsi « par une analyse plus approfondie des sociétés, une réduction du risque financier et réputationnel des sociétés en portefeuille et, donc, une amélioration de la performance », insiste-t-elle.

De même, la « blockchain » pourrait améliorer la gouvernance des sociétés et leur processus de votes en Assemblées Générales (AG). « Beaucoup d’émetteurs tiennent leur registre d’actionnaires sur des tableaux Excel », note-t-elle. « Pire, des actionnaires n’arrivent pas à voter ou leurs votes ne sont pas pris en compte ou de manière erronée. Un projet de la société SLIB, créatrice du vote électronique Votaccess, et SWIFT vise à utiliser la blockchain lors des votes aux AG ». L’objectif de ce projet est ainsi « d’éliminer les problèmes de comptabilisation erronée des votes », conclut Muriel Faure.

TABLE RONDE - 2019 : UN MONDE PLEIN DE RISQUES ET D’OPPORTUNITÉS

AVEC NICOLE BACHARAN, politologue spécialiste des États-Unis, ET PASCALE JOANNIN, Directrice de la Fondation Robert Schuman

Brexit, montée des populismes, tensions commerciales entre les États-Unis et le reste du monde… Les facteurs de risques politiques ne manquent pas en ce début d’année 2019… Les marchés l’ont-ils intégré ? Probablement au moins en partie, au vu de l’année boursière 2018 très difficile !

Nicole Bacharan, politologue spécialiste des États-Unis & Pascale Joannin, Directrice de la Fondation Robert Schuman

De la Chine à la Russie en passant par la Turquie, les régimes forts imposent peu à peu leur vision du monde alors que les pays démocratiques occidentaux apparaissent sur la défensive et donnent leur chance à des leaders populistes (Trump, Bolsonaro, Salvini…) qui n’hésitent pas à provoquer les affrontements. « Dans ce contexte de montée des tensions internationales, l’Europe brille par son absence de leadership. Les exécutifs en France et en Allemagne se révèlent particulièrement fragilisés » constate Jean-Marie Mercadal, Directeur Général Délégué en charge des gestions chez OFI Asset Management.

États-Unis : un « shutdown » très politique

Aux États-Unis, le récent « shutdown » a mis en lumière la tension qui règne à Washington entre Donald Trump et le camp démocrate, avec un président fragilisé et menacé par les affaires. « Si une procédure d’impeachment reste envisageable en 2019, la manœuvre pourrait s’avérer périlleuse pour le camp démocrate. Donald Trump, lui, est déjà parti en campagne pour sa réélection en 2020. Le ‘shutdown’ s’inscrit dans sa stratégie électorale. La thématique de la construction du mur reste très populaire dans l’électorat qui a assuré son élection en 2016 » relève Nicole Bacharan, historienne et politologue spécialiste des États-Unis.
Proche du plein emploi, l’économie américaine se porte bien mais les nuages s’accumulent. « Le ralentissement de la croissance mondiale, les tensions commerciales, l’affaiblissement des effets des baisses d’impôts annoncent des lendemains plus difficiles. Le sort de la réélection de Donald Trump sera lié, en grande partie, à la situation économique » pense Nicole Bacharan qui s’inquiète de l’évolution des tensions commerciales entre les États-Unis et le reste du monde qui pourraient, au final, pénaliser davantage l’Europe que la Chine avec qui les États-Unis sont condamnés à s’entendre.

Union Européenne : passations de pouvoir en vue dans les instances européennes

Entre les deux géants chinois et américain, l’Europe renvoie une image préoccupante alors que l’échéance du Brexit se rapproche. La perspective d’un « no deal », renforcée par le rejet de l’accord de retrait par le Parlement britannique à la mi-janvier, inquiète. À cette heure, le casse-tête de la frontière irlandaise bloque toujours les négociations. Le rétablissement de la frontière terrestre entre l’Ulster et l’Irlande, à la suite de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, contreviendrait aux accords du Vendredi Saint qui ont mis fin, en avril 1998, au conflit irlandais. « Aucune solution crédible n’a encore été proposée par les Britanniques. Un Brexit sans accord est une hypothèse, très risquée, qui déboucherait sur l’inconnu, surtout pour le Royaume-Uni » prévient Pascale Joannin, Directrice Générale de la Fondation Robert Schuman.
Mais 2019 sera aussi une année de renouvellement pour les institutions communautaires. Le calendrier est particulièrement chargé : élections du Parlement européen du 23 au 26 mai, renouvellement de la Commission européenne, désignation du Président du Conseil européen, ainsi que du nouveau patron de la BCE en novembre. Si certains parlent de vague populiste, on constate surtout un manque d’unité entre ces différents mouvements, ce qui ne devrait pas fondamentalement modifier les équilibres politiques. En revanche, il pourrait y avoir une redistribution des pouvoirs au Parlement européen, après des années où la droite modérée et la gauche modérée avaient la majorité absolue. « Il se pourrait que ce ne soit plus le cas avec une nouvelle majorité dans l’hypothèse d’une alliance avec un troisième partenaire. Néanmoins, aucun des grands leaders populistes, au pouvoir ou non dans leurs pays respectifs, ne milite pour une sortie de l’euro » fait remarquer Pascale Joannin. Le pessimisme ambiant qui domine en Europe mériterait d’être relativisé sur ce point.

TABLE RONDE - DES MARCHÉS FINANCIERS MOROSES : QUELLES PERSPECTIVES POUR 2019 ?

AVEC JEAN-MARIE MERCADAL, ERIC TURJEMAN ET ERIC BERTRAND

Eric Turjeman, Stéphane Bergounioux, Eric Bertrand, Jean-Marie Mercadal

Le ralentissement synchronisé de l’économie mondiale alimente un climat anxiogène sur les marchés financiers. Les craintes de récession étant écartées, l’année 2019 devrait offrir de belles opportunités sur le crédit et les actions européennes.

L’année 2019 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices pour les marchés financiers. Le ralentissement synchronisé de l’économie mondiale nourrit en effet « un climat très anxiogène », selon Jean-Marie Mercadal, Directeur Général Délégué en charge des gestions chez OFI AM. « Pour 2019, la tentation est forte de voir le monde en noir vu l’accumulation de mauvaises nouvelles », ajoute-t-il, citant la guerre commerciale sino-américaine ou encore le « Brexit ».
Malgré cette morosité ambiante, plusieurs éléments sont de nature à positiver : faiblesse des taux d’intérêt, baisse du prix du pétrole, absence de bulle de valorisation. « Nous avons un scénario central plutôt constructif car nous ne sommes pas à l’aube d’une récession. Beaucoup de classes d’actifs ne nous semblent pas trop chères à l’heure actuelle », insiste Jean-Marie Mercadal.

LES INVESTISSEURS PLÉBISCITENT LES ACTIFS RÉELS ET LES ACTIONS
Les investisseurs plébiscitent les actifs réels et les actions
Sondage réalisé par OFI AM dans le cadre de sa conférence investisseurs annuelle
Attrait pour le crédit

Ce ralentissement économique mondial présente un avantage de taille : les taux d’intérêt aux États-Unis et en Europe devraient rester bas ou, du moins, ne pas remonter trop vite. « Les Banques Centrales vont être très pragmatiques. Nous sommes dans une phase de ralentissement cyclique de l’économie, pas dans une phase de récession. Sauf que dans les cours de certains actifs, on est déjà en train d’anticiper une récession. Les Banques Centrales marchent donc sur des œufs », note Eric Bertrand, Directeur des gestions Taux, Diversifiées et Quantitatives chez OFI AM. La Réserve fédérale américaine devrait ainsi procéder à une hausse des taux, voire deux au maximum en 2019. Quant à la Banque Centrale Européenne (BCE), « nous n’anticipons rien avant le quatrième trimestre 2019 », avance Eric Bertrand qui table « sur une petite hausse des taux directeurs fin 2019, voire plutôt au premier trimestre 2020 ».

Dans cet environnement, le crédit retrouve de l’attractivité, en particulier le segment Investment Grade « que nous trouvions trop cher l’année dernière », rappelle Eric Bertrand. L’annonce de la fin du Quantitative Easing de la BCE a en effet entraîné un réécartement des spreads (écart de taux) qui « nous fait retrouver des niveaux acceptables en termes de primes de risque », juge-t-il. « Le crédit Investment Grade est donc une classe d’actifs que nous aimons bien sans, toutefois, passer à surpondéré en raison d’une potentielle remontée des taux », précise-t-il.
De même, le High Yield devrait retrouver grâce aux yeux des investisseurs. « Compte tenu du cycle, du fait que l’ensemble des taux vont rester bas, que les entreprises ne sont pas endettées et que les fondamentaux ne sont pas inquiétants, nous sommes nettement acheteurs sur le crédit High Yield. Certes, nous pouvons avoir un sujet de liquidité sur cette classe d’actifs. Pour cette raison, nous préférons les produits à horizon qui ne nous obligent pas à nous confronter à la liquidité de marché à tout moment », explique Eric Bertrand.

Des valeurs européennes massacrées

Côté actions, l’heure est à la sélectivité après une année 2018 marquée par une chute de 20% des marchés. « C’est assez inédit », n’a pas caché Eric Turjeman, Directeur des gestion Actions et Convertibles chez OFI AM.
« Sur les 25 dernières années, à 6 reprises nous avons connu une baisse de 20 % ou plus des marchés actions. En 2001, avec la bulle internet, et en 2009, avec la crise des subprimes, la baisse avait même atteint ou dépassé les 50% ! », rappelle-t-il. Difficile de dire si les marchés sont à l’aube d’un scénario digne de celui de 2001 ou 2009. Toutefois, dans un contexte de ralentissement conjoncturel, « il est logique d’avoir des soubresauts sur les marchés », précise-t-il.
Cette baisse des marchés actions a tiré les valorisations vers le bas. « Aux États-Unis, le PER (PER : Price Earning Ratio. Indicateur d’analyse boursière : capitalisation boursière divisée par le résultat net) de l’indice S&P 500 tourne autour de 15, soit dans les normes historiques. L’Europe est encore moins chère, avec un PER autour de 12, ce qui est très bas d’un point de vue historique, avec des dividendes autour de 4% », note Jean-Marie Mercadal. Les valeurs européennes restent donc particulièrement attractives.

Les doutes sur la croissance de la part des opérateurs ont toutefois créé une dichotomie entre valeurs défensives et valeurs cycliques. « Les investisseurs qui craignent une récession vont avoir tendance à se tourner vers les valeurs défensives qui offrent davantage de visibilité sur leur profit, et une moindre volatilité que les valeurs cycliques. Toutefois il ne faut pas confondre risque et volatilité. Si ces valeurs sont moins volatiles elles ne sont pas pour autant moins risquées », rappelle Eric Turjeman. Les valeurs cycliques pourraient donc retrouver du crédit. « Ces valeurs ont été sanctionnées, voire massacrées. En termes de valorisations, elles sont revenues à leurs niveaux de 2000 ou de 2008, soit au niveau de la récession. Des niveaux anormalement bas. Si on ne croit pas à la récession, ce qui est notre cas, nous pensons qu’il y a du potentiel sur les valeurs européennes et notamment sur les valeurs cycliques », conclut Eric Turjeman.

Bertrand Piccard et François Gabart

TROIS QUESTIONS À BERTRAND PICCARD ET
FRANÇOIS GABART
(skipper du trimaran MACIF)

  • Au cours de vos aventures, de vos exploits, qu’avez-vous perçu du dérèglement climatique, de la pollution ?
  • Comment vous adaptez-vous, dans l’environnement qui est le vôtre, pour parvenir à maîtriser, gérer le risque et à réaliser de telles performances ?
  • De quelle manière contribuez-vous à la recherche de solutions ?
S.A. à Conseil d’Administration au capital de 42 000 000 euros - Société de gestion de portefeuille
Agrément COB n° GP 92-12 - RCS PARIS 384 940 342


DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Jean-Pierre Grimaud, Directeur Général
RESPONSABLE ÉDITORIAL : Diane Cazali - Directrice de la Communication & Marque

Les chiffres cités ont trait aux années écoulées. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Investir sur les marchés actions comporte des risques, notamment un risque de perte en capital.
Source des indices cités : www.bloomberg.com. Photos : OFI AM / Shutterstock.com

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