Par Yannick LOPEZ

La détente sur les rendements italiens et espagnols se poursuit-elle ?

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI AM, est intervenu sur BFM Business le 4 juin 2018 sur la détente des rendements italiens et espagnols
BFM Business - Intégrale Bourse 04/06/2018

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, et Jean-François Bay, Directeur Stratégie et Développement chez La Financière de l'Échiquier, décryptent les tendances des marchés

Où en est le risque politique européen, revenu en force ces deux dernières semaines ? La détente sur les rendements italiens et espagnols se poursuit-elle ? Quels éléments peuvent-être rassurants et sur quels points le marché va-t-il désormais se focaliser concernant ces deux pays ?

Yannick Lopez : « Une détente se poursuit depuis trois jours, le pic du stress ayant été touché mardi dernier. Depuis, cela recule un petit peu, le marché semblant davantage redouter de nouvelles élections italiennes que la formation d’un gouvernement. Sur les taux italiens, le 10 ans est parti de 1,75/1,80%, a dépassé 3% pour se retrouver exactement au milieu, à environ 2,5%. Une prime de risque substantielle est donc présente puisque nous sommes encore à 0,8 points au-dessus du niveau d’avril mais une détente est tout de même en cours.
Il en est de même sur les pays qui avaient souffert par ricochet, notamment l’Espagne dont la situation politique a été agitée la semaine dernière et le Portugal qui a subi l’onde de choc et son appartenance aux pays du sud. Ces deux pays ont même tendance à revenir un plus rapidement que l’Italie. »

Le marché semble faire la différence entre ces différents pays et respecter une certaine hiérarchie : la situation au Portugal ne ressemble en rien à celle de l’Italie aujourd’hui et il en va de même sur l’instabilité espagnole.

Yannick Lopez : « Pour le moment, il n’y a effectivement aucune instabilité politique à court terme au Portugal dont la dynamique économique est plutôt positive, symbolisée par la hausse récente du rating par les agences de notation, et de ce côté-là, le pays va nettement mieux qu’auparavant.
La situation de l’Espagne est paradoxale : le pays a subi le renversement d’un gouvernement minoritaire remplacé par un autre qui va l’être davantage puisqu’au Parlement espagnol, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) ne représente qu’1 député sur 4. Un jeu d’alliance va donc certainement se créer lors de chaque vote.
Cette instabilité gouvernementale n’inquiète cependant pas les marchés car l’économie espagnole se porte nettement mieux et des réformes ont été mises en place en ce sens. Le deuxième argument qui milite en faveur d’un recul de la prime sur l’Espagne est que le parti qui, selon les sondages, semble le plus tiré profit de la situation politique et d’un éventuel retour aux urnes, est le parti centriste « Ciudadanos » qui n’effraie pas spécialement les marchés.
Sur l’Italie, même si les taux d’intérêt reviennent et que les bancaires se ressaisissent, l’écart de rendement avec l’Allemagne reste tout de même très large : il est encore 80% plus large qu’il ne l’était fin avril. »