Par Benjamin LOUVET

Jusqu'où les prix du pétrole grimperont-ils ?

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, intervient sur BFM Business à propos des prix du pétrole qui ne cessent de grimper.
BFM Business - After Business 17/09/2018

Benjamin Louvet, Gérant matières premières chez OFI AM, intervient suite au nouvel épisode dans la guerre commerciale entre les Etats-Unis et La Chine (avec les nouvelles taxations sur les importations chinoises) mais aussi sur les prix du pétrole qui ne cessent de grimper.

Suite à l’annonce de Donald Trump, quel impact va avoir les 200 milliards de produits chinois taxés à 10% sur l’économie mondiale et sur la consommation en carburant et en matières premières ?

Il est difficile de l’anticiper à ce stade. Cependant, cette annonce n’était pas une surprise et devait intervenir sous peu malgré des tentatives de négociations non abouties devant le manque de bonne volonté des deux partis. Le Président américain veut un accord avant les élections de mi-mandat et que ces discussions perdurent lui évite de parler des affaires internes.
De telles taxes vont forcément ralentir le commerce international et entraîner de lourdes conséquences. Depuis le début de ces discussions, les cours des matières premières ont déjà énormément corrigé, en particulier ceux des métaux de base qui feront certainement partie des plus touchés.
Mais quelle va être la réaction de la Chine qui, à l’annonce des premières mesures de Donald Trump, a laissé filer sa monnaie afin de regagner la compétitivité perdue sur ses taxes supplémentaires ? Optera-t-elle pour la même stratégie sachant qu’une dévaluation du yuan est possible mais limité parce que 10% est un taux de taxe « absorbable » et que les chinois ne doivent pas trop jouer avec leur monnaie si ils veulent continuer à voir de l’investissement se produire dans leur pays.
A savoir également si la Chine durcit le ton et impose notamment des taxes à l’exportation sur un certain nombre de produits essentiels pour les Etats-Unis. Dans ce cas-là, beaucoup de valeurs seraient pénalisées, comme les technologiques américaines (Apple), et la croissance mondiale pourrait être impactée avec des répercussions sur le pétrole. C’est la seule raison qui, aujourd’hui pourrait nous faire douter, chez OFI Asset Management, de la poursuite de la hausse des prix du pétrole.

Sous sanction, le pétrole iranien sera sous embargo à partir du 4 novembre. Téhéran n’arrive plus à vendre et les prix s’envolent jusqu’à 80 dollars pour le brent.

Les stockages flottants recommencent à se pratiquer et aujourd’hui, plusieurs grands pétroliers pleins « font des ronds dans l’eau » au large de l’Iran car le pétrole ne se vend plus. La quasi-totalité des capacités flottantes sont presque pleine ce qui devrait pousser l’Iran à baisser très prochainement sa production.
Les exportations pétrolières iraniennes ont baissé de centaines de milliers de barils depuis avril alors que les sanctions n’étaient pas encore mises en place. Certains pays se sont déjà complètement désengagés, notamment le Japon, la Corée du Sud et l’Inde qui a réduit ses importations, et ont quelque part devancé l’appel lancé par Donald Trump : pour continuer à commercer en dollars, il faut arrêter de commercer avec les iraniens.
Aujourd’hui, la Russie est en discussion avec l’Iran à propos de la mise en place éventuelle d’un système lui permettant de continuer à maintenir sa production.

Pourquoi le pétrole ne corrigent-il pas avec les métaux ?

La vraie contrainte du marché pétrolier, c’est l’offre. Hormis l’Iran et le Venezuela, les pays producteurs produisent aujourd’hui quasiment au maximum.

Selon l’Agence Internationale de l’Energie, le pétrole bat des records de production : la barre des 100 millions de barils par jour a été franchie. Aux Etats-Unis, la production des pétroles de schiste est intense. Les membres de l’OPEP augmentent encore et toujours leur production. Nous assistons à un record de consommation malgré tous les engagements pris (COP21).

La COP21 repose sur des engagements à long terme : la construction de panneaux solaires, d’éoliennes et de centrales nucléaires ne se fait pas du jour au lendemain.
Actuellement, l’essentiel de la croissance de la demande provient des émergents. Cette croissance représente environ 1,6 millions de barils par jour de hausse de la consommation cette année et on l’estime à 1,4 millions pour l’année prochaine. Nous sommes donc sur une tendance continue de la croissance de la demande.
Côté offre, la production est quasiment à son maximum car un certain nombre de pays ont vu leur production baisser contre leur volonté, c’est notamment le cas du Venezuela et de l’Iran.
Aujourd’hui, il existe seulement quelques réserves dans des pays possédant des entreprises nationales : la Russie a encore une petite capacité d’augmentation de sa production et l’Arabie Saoudite annonce une capacité de 1,5 million de barils. Toutefois, alors que récemment, elle s’était engagée à monter sa production à 11 millions de barils, celle-ci n’a jamais dépassé les 10,6 millions atteints en juillet. Est-elle vraiment capable d’augmenter sa production ?

Jusqu’où les prix du pétrole grimperont-ils ?

Selon nous, les prix du pétrole vont s’envoler autour des 100 dollars dans les mois et années qui viennent.
Seul un ralentissement économique majeur pourrait empêcher son ascension. Historiquement, hormis en 2008, aucune crise économique n’a entraîné une baisse sensible de la consommation.
Les pétroles de schiste sont à prendre en compte car subissant de lourdes contraintes logistiques, leur développement va en être d’autant plus difficile dans les mois à venir ce qui va ajouter de la pression.
Dernier facteur et pas des moindres, depuis trois ans, les investissements sont très insuffisants dans le pétrole conventionnel (95% du pétrole mondiale). Ce qui risque d’avoir un effet ciseau dans les mois et années à venir.