Par Yannick LOPEZ

Italie : les taux se tendent, les banques dévissent sur fond de vives tensions avec Bruxelles

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI AM, analyse la situation en Italie qui voit les taux se tendre et les banques dévisser sur fond de vives tensions avec Bruxelles
BFM Business - Intégrale Bourse 08/10/2018

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, intervient sur la situation de l'Italie où les taux se tendent, les banques dévissent sur fond de vives tensions avec Bruxelles.

L’écart de prime de risque entre le 10 ans italien et le 10 ans allemand est à plus de 300 points de base et un cercle infernal continue de s’installer : les taux montent, les banques baissent et le marché italien souffre. Quelles sont les dernières nouvelles pouvant expliquer la poursuite du stress des investisseurs sur l’Italie ?

Ces derniers temps, les nouvelles sont moins fondamentales et tiennent plus de la rhétorique et de la posture avec le ton agressif emprunté par Matteo Salvini et Luigi Di Maio à l’encontre de la Commission européenne.
Nous sommes dans un contexte où assez peu d’investisseurs sont enclins à prendre des positions sur la dette italienne malgré la forte tension sur les taux dû à une visibilité extrêmement faible avec les échéances à venir et notamment la présentation détaillée du budget devant la Commission européenne la semaine prochaine.
Il n’y a pas d’acheteurs, personne ne veut se positionner en face, le marché est assez illiquide et les taux d’intérêt remontent fortement. Aucune bonne nouvelle ne vient contrebalancer ce mouvement d’aversion pour le risque et de défiance majeure sur l’Italie. Elles pourraient venir avec, par exemple, une clause de sauvegarde en cas de croissance inférieure aux attentes du gouvernement.
Définir un niveau cible est actuellement impossible car après être passé par 3% et 3,50%, le niveau pourrait très bien arriver à 4% dans deux jours.

Mais, d’une certaine manière, Matteo Salvini en a donné la réponse la semaine dernière quand, interrogé par une radio italienne, il a annoncé que le gouvernement ne reculera pas même si le spread s’envole jusqu’à 400 points de base.

Avancer un chiffre n’est pas une bonne idée de la part de Matteo Salvini car le marché, surtout lorsqu’il est très peu liquide, a tendance à aller chercher et tester des niveaux seuils pour se rendre compte de son impact. Ainsi, 400 points de base avec un taux allemand à 0,5% amènent le taux 10 ans italien à 4,5%, soit 90 points de base au-dessus du niveau actuel. On ne peut exclure cette éventualité.

Combien de temps l’Italie et ses politiques peuvent tenir sous cette pression de marché ?

Quand les taux d’intérêt se tendent, l’impact sur les dépenses n’est pas immédiat mais porte sur le renouvellement de la dette donc sur les nouvelles émissions. Le prix à payer est donc plus élevé pour le Trésor italien même si son stock ne change pas.
L’impact instantané est relativement modéré. D’un point de vue budgétaire, ce n’est pas parce que les taux passent de 2% à 3%, que le coût de la dette totale de l’Etat bondit de 50%.
Cependant, avec un ratio Dettes/PIB de 130%, le stock est gigantesque et il est donc de l’intérêt de l’Italie que cette crise se calme. Plus la situation durera, plus la proportion de ce stock sera renouvelée sur des taux élevés sera importante, ce qui grèvera le budget alors même que le gouvernement souhaite avoir de la latitude pour financer d’autres projets (la réforme de la retraite, le revenu universel…).