Par Yannick LOPEZ

Italie : le marché semble peu sensible à l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement eurosceptique

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI AM, est intervenu sur BFM Business le 14 mai 2018 à propos de l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement eurosceptique en Italie et du peu de réactions du marché
BFM Business - Intégrale Bourse 15/05/2018

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, et Marco Bruzzo, Directeur Général Délégué de Mirabaud Asset Management, décryptent les tendances des marchés et se sont notamment intéressés à l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement eurosceptique en Italie et du peu de réactions du marché.

Le marché semble rester de marbre face à la mise en place du scénario populiste, décrit comme « du pire » le lendemain des élections italiennes. Qu’en est-il réellement ? Des éléments d’arbitrage ont-ils eut lieu dans les mouvements de marché ?

Yannick Lopez : « En réalité, le marché reste de « demi-marbre » car l’écart de rendement entre la dette italienne à 10 ans et l’Allemagne, qui se resserre en tendance depuis des mois, a réagi à l’annonce du rapprochement entre le Mouvement 5 Etoiles et la Ligue du Nord en s’écartant d’une vingtaine de points de base jusqu’à 135 points de base pour revenir autour de 130 aujourd’hui.
Cependant, nous ne sommes absolument pas dans un scénario de panique sur les marchés avec un 10 ans italien qui dépasserait largement 2% et un écart avec l’Allemagne qui irait vers 150 voire au-delà. Le marché reste certes prudent, beaucoup d’investisseurs étaient probablement repassés relativement long sur la dette italienne à la recherche de niches pour améliorer le portage de leur portefeuille (la dette espagnole en avait également profité). Ces réductions de position ont certainement favorisé l’écartement des taux.
Le marché prend un peu de distance avec la dette italienne pour plusieurs raisons, notamment du fait que l’union d’un parti d’extrême gauche avec celui de l’extrême droite exige de faire converger des programmes radicalement différents quoiqu’ayant un point commun : ils sont largement expansionnistes. En effet, si l’on additionne l’ensemble des mesures, le résultat devrait accroître le déficit entre 60 et 100 milliards d’euros, soit entre 3 et 6 points de PIB environ.
Le marché agit donc avec prudence mais modération face à cette situation où un giga programme, mettant en œuvre la totalité des mesures, semble compliqué à imaginer. Des concessions vont devoir être faites d’un côté comme de l’autre.
Par ailleurs cette coalition resterait très fragile de par sa représentation à la Chambre des Députés dont la somme des deux partis représente 351 sièges sur 630 députés, une petite majorité absolue qui pourrait être ébranlée par quelques défections mais également par la pression des électorats respectifs, géographiquement très éclatés. »