Par Benjamin LOUVET

Focus sur le marché des matières premières

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, intervient sur BFM Business et fait un focus sur le marché des matières premières
BFM Business - Intégrale Bourse 29/08/2018

Benjamin Louvet, Gérant matières premières chez OFI AM, a décrypté le marché des matières premières.

Le pétrole avait corrigé dans le sillage de la décision de l’OPEP et des pays alignés, au premier rang desquels la Russie, de ré augmenter leur production afin de compenser en partie la baisse d’un certain nombre d’acteurs, le Venezuela en tête, qui étaient descendus très en deçà du quota qui leur avait été attribué. Depuis cette prise de décision, la situation au Venezuela à continuer à se dégrader et un certain nombre de pays, voyant poindre au loin les sanctions pétrolières sur l’Iran qui rentreront en ligne de compte le 4 novembre, se préparent et diminuent sensiblement leurs importations de pétrole iranien. Ainsi, au cours des derniers mois, les exportations pétrolières iraniennes ont baissé de pratiquement 700 000 barils par jour ce qui inquiète les marchés qui espéraient voir des pays comme l’Inde ou la Chine faire fi des impératifs américains.
Aujourd’hui, même si elle n’a pas entamé les discussions sur ce sujet avec les États-Unis, l’Europe a commencé à réduire ses importations mais également l’Inde dont la diminution est très forte.
On peut également constater que, face au risque de se retrouver sous sanction avec les États-Unis, de moins en moins de sociétés de transport pétrolier acceptent la location de leurs bateaux pour le transport de pétrole iranien. La situation provoque de l’inquiétude sur le fait que la baisse de la production iranienne qui atteindrait le marché pourrait être plus forte qu’attendue et explique ainsi la remontée du pétrole avec un baril de brent aux alentours de 76 dollars aujourd’hui.
En parallèle, aux États-Unis, le bassin permien est actuellement dans une situation difficile due à des problèmes logistiques. Le manque de pipelines pour le transport de ce pétrole entraîne une grosse décote sur le prix du pétrole de schiste du bassin permien et l’on s’interroge à nouveau sur la rentabilité d’un certain nombre d’acteurs dans ce secteur, question d’autant plus importante que l’on comptait sur la mise en service de pipeline d’ici la fin de l’année prochaine. Les mesures prises par Donald Trump, notamment les taxations spécifiques sur les tubes de pipelines en provenance de Turquie, de Chine et d’autres, vont générer un surcoût à la mise en service de ces pipelines et éventuellement retarder l’arrivée de ces canaux de distribution. Par conséquence, les prix du pétrole vont continuer à monter tout en laissant celui du bassin permien sous l’éteignoir et empêcher son développement ce qui va poser un problème d’accord entre l’offre et la demande.

Un prix du pétrole autour de 100 dollars le baril ?

100 dollars le baril est le scénario d’OFI Asset Management depuis longtemps avec, pour franchir ce cap, l’objectif de l’année 2020.
Tous les facteurs évoqués précédemment sont conjoncturels mais il en existe des structurels comme le manque d’investissement depuis 3 ans avec la baisse des prix du pétrole. Le maintien de la production de pétrole nécessite un investissement de l’ordre de 630 milliards de dollars par an mais depuis 3 ans, seuls 400/450 milliards sont investis avec un objectif de mise en production à 5 ans.
Normalement, à compter de 2020, si la croissance se maintient, un manque de remplacement de ces capacités perdues par la déplétion naturelle va se faire sentir et il sera de plus en plus compliqué d’équilibrer l’offre et la demande. Le seul moyen consistera à réduire la demande et pour cela, le prix devra nécessairement augmenter donc l’année 2020 ou fin 2019 devrait voir le prix de 100 dollars le baril.