Par Yannick LOPEZ

FED et BCE - Quelles baisses ? A quelle échéance ?

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management : FED et BCE - Quelles baisses ? A quelle échéance ?
BFM Business - Intégrale Bourse 22/07/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Grand calme sur les marchés obligataires avant la séquence Banques Centrales avec la BCE ce jeudi et la Fed la semaine prochaine.

L’accalmie du marché obligataire, ponctuée aujourd’hui par quelques petites baisses, traduit ses très fortes attentes sur les prochaines réunions des Banques Centrales dont il espère un biais extrêmement accommodant. Selon le marché, il y a trois chances sur quatre que la Réserve Fédérale américaine baisse ses taux d’intérêt de 25 points de base et une chance sur quatre qu’elle baisse de 50 bps.
Quelques irréductibles anticipent donc encore une baisse de 50 points de base, scénario peu justifiable sachant que le dernier mouvement opéré par la Fed - qui remonte à 6 mois - était à la hausse. Une telle baisse traduirait un changement majeur de cadre économique ce qui n’est absolument pas le cas puisque les Etats-Unis sont en plein-emploi (3,7% de taux de chômage, le plus bas depuis 50 ans).
De plus, en fin de semaine, la première estimation du PIB du deuxième trimestre est attendue à près de 2% certes moins forte qu’au premier trimestre qui affichait plus de 3% en rythme annualisé, mais 2,5% en moyenne ne reflète pas un crash ni même une récession.
L’urgence de baisser les taux d’intérêt de 50 points de base ne semble pas justifiée mais certaines personnes l’anticipent. Certains membres de la Fed se sont même exprimés très clairement en faveur d’une baisse assez importante en raison du ralentissement économique et du stress politique. Selon eux, les incertitudes actuelles justifient une baisse tactique.
Au plus bas (2015), la Réserve Fédérale se situait à 1% sur les taux directeurs contre 2,5% aujourd’hui. Aux Etats-Unis, compte tenu des incertitudes actuelles, assouplir la politique monétaire n’est certes pas un acte incohérent puisque la Fed a déjà procédé à une normalisation.
Néanmoins, l’inflation, qui est une composante importante à prendre en compte dans ce contexte, se trouve à 2,1%. Aux Etats-Unis, au vu des données publiées, aucune métrique objective ne justifie l’urgence d’une baisse massive.

En Europe, aucune normalisation n’a eu lieu. Les taux sont au plus bas. La Banque Centrale a dilaté son bilan en rachetant énormément d’actifs. Mario Draghi a agi avec beaucoup de diligence durant la crise de la zone Euro mais en termes d’inflation, par rapport à l’argent qui a été intégré dans le système, le bilan est mauvais avec une inflation en moyenne de 1,2% sur son mandat contre une cible à 2%.
En quoi relancer le programme de rachat d’actifs aiderait l’inflation ? Précédemment, cette action n’a manifestement fonctionné que pour baisser les taux et compresser les spreads entre les différents pays mais n’a eu aucun effet sur l’inflation.
D’autres sujets comme la démographie ou les changements de style de consommation ont un impact sur l’inflation.
De plus dans une perspective de constitution d’un capital à long terme, en vue de sa retraite par exemple, avec une épargne moins rémunérée voire pas rémunérée du tout, c’est le taux d’épargne qui augmente et donc la consommation baisse. Donc, continuer à écraser les taux est une action désinflationniste.
La BCE est dans une impasse mais rester passive serait un aveu d’échec de sa politique donc elle va préparer les marchés à une baisse de taux pour septembre.

Face à la décollecte du monde des actions, les investisseurs continuent à accumuler de l’argent sur l’univers de taux négatifs qui ne cesse de s’étendre.

Les investisseurs privilégient le crédit « Investment Grade » car si la BCE relance son programme de rachat d’actifs et sachant que le rendement des dettes souveraines se trouvent déjà en négatif, ceux-ci se reporteront très certainement sur les dettes des entreprises les plus solides et les mieux notées pour échapper aux rendements sub-zéro…