Par Yannick LOPEZ

Fed : confirmation en vue d’une pause dans la remontée des taux directeurs ?

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, anticipe le discours de Jerome Powell lors de la réunion de la Réserve Fédérale Américaine
BFM Business - Intégrale Bourse 28/01/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Est-ce la semaine où tous les problèmes de 2019 vont être résolus ? Beaucoup d’événements sont programmés : meetings entre la Chine et les Etats-Unis sur la question commerciale, les votes au brexit et surtout la réunion de la Réserve Fédérale Américaine qui suscite beaucoup d’attentes autour du discours que tiendra Jerome Powell lors d’une conférence de presse.
Le mot « patience » est fréquemment prononcé par les banquiers centraux américains depuis quelques semaines mais que révèle-t-il sur le positionnement et la stratégie menés par la Réserve Fédérale Américaine ?

Le discours de Jerome Powell va très certainement rester en cohérence avec ses interventions précédentes, notamment en décembre 2018 et ce, pour deux raisons :

  • Il a précédemment évoqué le fait que, face à l’incertitude sur la croissance, la Fed allait faire preuve de beaucoup plus de flexibilité et de dépendance aux données en 2019.
  • Bonne ou mauvaise nouvelle, le shutdown a eu des conséquences sur bon nombre de données qui ont été soit ajournées et seront donc révélées plus tard, soit biaisées.

Jerome Powell va donc probablement annoncer une posture flexible sur la poursuite de sa politique monétaire. Ce discours va rassurer les marchés et les conforter sur le fait que la Réserve Fédérale va procéder à une pause dans la normalisation des taux, après les avoir augmentés quatre fois en 2018. Aujourd’hui, les taux directeurs de la Réserve Fédéral se situent entre 2,25% et 2,50%.
La Réserve Fédérale envisageait de les monter encore deux fois cette année mais le marché ne semble pas y croire et anticipe plutôt un statu quo dès maintenant, sachant qu’en décembre, il prévoyait une baisse des taux dès 2019.
Le discours de Jerome Powell devrait être attentiste et prudent, à l’image de celui de Mario Draghi la semaine dernière.

Depuis que la Fed a fait évoluer son discours avec une tonalité plus douce, le marché semble en demander toujours davantage : après l’obtention de la pause dans la hausse des taux, il en demande une dans la réduction du bilan. Visiblement, Jerome Powell est très attendu sur ce point lors de la réunion de mercredi.

Il est un peu trop tôt pour que Jerome Powell infléchisse cette position de pilotage automatique de la réduction des bilans : sur un an, les actifs détenus par la Réserve Fédéral sont passés de 4200 milliards à 3800 milliards. Les investisseurs s’interrogent sur cette réduction automatique car compte tenu du besoin colossal de financement de l’Etat et de la légère révision à la baisse de la croissance, si aucune action n’est menée sur les dépenses, le déficit américain pourrait devenir plus important. Par conséquence, si la Fed se retire, les investisseurs devront donc acheter le papier. Or, dans l’incertitude du contexte actuel (paralysie à Washington, guerre entre Donald Trump et Nancy Pelosi, négociation entre les Etats-Unis et la Chine), il serait légitime que le marché s’interroge sur le rythme trop rapide de réduction du bilan car le risque de remontée des taux d’intérêt n’est pas exclu : un gros volume d’émission de papiers nécessite beaucoup d’acheteurs en face ; pour attirer nombre d’investisseurs, les taux d’intérêt devront s’ajuster à la hausse afin de susciter l’attrait.

Peut-on en conclure aujourd’hui que la normalisation des Banques centrales est terminée ?

La volonté de normalisation semble toujours présente mais la conjoncture actuelle la met à rude épreuve. Aux Etats-Unis, rendre la politique monétaire moins accommodante puis neutre puis éventuellement restrictive est un processus normal en fin de cycle. Les Banques Centrales ont la volonté de normaliser mais sont-elles en mesure de le faire ?
Aujourd’hui, la Banque Centrale Européenne n’a aucune marge de manœuvre alors que, au vu de la dégradation de la conjoncture en Europe, son prochain mouvement aurait pu être à la baisse ou, à tout le moins, vers un assouplissement supplémentaire.
La dégradation actuelle est forte en zone Euro et même si, selon Mario Draghi, la probabilité d’une récession est très faible, celle-ci a tout de même augmenté.

La « pause » des Banque Centrales face à la dégradation des données économiques est-elle un élément positif pour le marché des actifs risqués ?

La présence des Banques Centrales en cas de contexte économique négatif rassure les investisseurs mais cette idée ne fonctionnera pas sur le long terme : il y a d’un côté une logique de flux et de l’autre une logique de conjoncture économique. J’ai tendance à penser que cette dernière finit toujours par l’emporter à terme et, dans le cas d’une dégradation, les actifs risqués l’intégreront dans leurs prix.
Lors de sa conférence de presse jeudi dernier, Mario Draghi a été interrogé sur la possibilité de redonner aux banques le droit de tirer sur des lignes de crédit à moyen terme de manière illimitée : TLTRO (Long Term Refinancing Operations). Suite à cette annonce, le 10 ans italien est le taux qui a le plus tiré profit de cette espérance car si les banques ont un nouvel accès à la liquidité quasi gratuite, elles vont naturellement acheter leurs souverains : les banques françaises vont acquérir des OAT, les allemandes des bunds et les italiennes vont acheter leurs dettes.