Par Yannick LOPEZ

Etats-Unis : fortes créations d’emplois en mars après des chiffres moroses en février

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, analyse la situation optimale dans laquelle se trouvent actuellement les marchés obligataires
BFM Business - Intégrale Bourse 01/04/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Le début de semaine est assez calme sur le marché obligataire avec un 10 ans allemand qui ne se trouve plus en négatif. Nous restons dans le sillage des éléments rassurants sur la croissance globale. Le rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis était-il idéal du point de vue des marchés et de la Fed ?

Les marchés de taux ont réagi plutôt positivement à la série de statistiques sur le rapport de l’emploi, ce dernier affichant des résultats globalement bons avec près de 200 000 créations d’emplois en mars contre 25 000 le mois précédent. Les taux de chômage et de sous-emplois restent inchangés par rapport au mois dernier donc toujours sur des niveaux extrêmement bas (3,8% pour le chômage américain). La croissance des salaires a suscité l’attention en se montrant plus basse qu’attendue en rythme annualisé à 3,2% contre 3,4% anticipés par le marché qui souhaitait marquer ainsi une progressive accélération.
La situation est optimale pour les marchés obligataires car la présence de croissance sans accélération des salaires évite tout risque d’augmentation de l’inflation. Dans ce contexte, il est logique que la Fed reste dans une position attentiste et qu’elle maintienne ses taux d’intérêt inchangés pour une période prolongée.

Selon Donald Trump et ses équipes, l’absence d’accélération sur les salaires et d’inflation sont des raisons pour baisser davantage les taux voire relancer le « Quantitative Easing ». Sont-ils dans le vrai ?

Nous nous trouvons dans une période pré-électorale et les actes et propos de Donald Trump traduisent une entrée en campagne précoce. Et il est dans son intérêt que l’économie américaine soit « dopée » le plus longtemps possible pour optimiser ses chances de réélection.
Lors de son élection à la présidence, l’économie américaine fonctionnait sur un rythme satisfaisant et élevé avec un chômage qui décélérait continuellement depuis des années. Pour autant, la première mesure prise par Donald Trump a été de baisser fortement les impôts ce qui a engendré une accélération de l’économie et provoqué une tension sur les taux longs américains. « Doper » une économie en fin de cycle c’est créer des risques de dérapage inflationniste susceptibles de contraindre la Banque Centrale américaine de monter ses taux très rapidement pour ralentir le processus.

La relation entre la Maison Blanche et la Fed devient difficile…

La Fed a la capacité de résister à l’ingérence de la Maison Blanche, il est impensable que ses agissements soient guidés par Donald Trump.
Contrairement à des pays comme par exemple la Turquie où depuis plusieurs années le Président Erdoğan fait pression sur le gouverneur de la Banque Centrale, la Fed conserve son indépendance de jugement et d’analyse.