Par Yannick LOPEZ

Dégradation de la conjoncture en zone Euro

BFM Business - Intégrale Bourse 23/09/2019

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management

Dans ce contexte, et après être revenus au sommet en fin de semaine dernière, comment le marché obligataire « digère » et interprète les enquêtes de conjoncture du mois de septembre pour la zone Euro dont les résultats sont encore plus dégradés qu’attendus ?

La dégradation de la conjoncture s’accélère en zone Euro sous le coup de la récession industrielle en Allemagne qui s’aggrave encore en septembre selon l’enquête menée par l'institut IHS Markit.
La contraction du secteur manufacturier allemand s’intensifie et la crainte d’une contagion au secteur des services jusqu’ici résilient est en train de se produire toujours selon les chiffres de Markit publiés aujourd’hui. C’est vrai en Allemagne où une faiblesse très nette apparaît mais également dans d’autres pays de la zone Euro. En France, l’activité manufacturière résiste mieux mais se dégrade également pendant que le secteur des services, même s’il reste en expansion, commence à faiblir.
Au global, les perspectives de croissance pour le secteur privé en zone Euro au troisième trimestre sont assez médiocres.
Ces résultats sont choquants du fait de leur amplitude. La contraction dans le secteur manufacturier allemand s’est encore accentuée de façon majeure. Mais les mauvaises nouvelles ne s'arrêtent pas là, les services, qui jusqu’à maintenant tenait relativement bien, donnent des signes de faiblesse inquiétants. Ce contexte fait craindre un effet de contagion des déboires de l’industrie vers l’économie de services, situation qui s’avèrerait inquiétante pour l‘Allemagne en termes de perspectives économiques mais également de croissance dont les anticipations pour le troisième trimestre sont déjà nettement négatives.
Plus globalement, ce contexte fait peser un risque sur l’économie de la zone Euro.

Jusqu’à aujourd’hui, le risque de récession inquiétait beaucoup surtout en ce qui concerne l’économie américaine qui, au dernier trimestre affichait un ralentissement à 2% de croissance. Mais au vu de la situation actuelle, la zone Euro ne risquerait-elle pas de tomber en récession avant les Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis, les fondamentaux sont plus solides qu’en zone Euro : l’économie américaine est soutenue par une demande intérieure extrêmement vigoureuse, elle-même supportée par un niveau du taux de chômage au plus bas depuis près de 50 ans, soutenu par une croissance des salaires supérieure à 3%, le tout accompagné d’une inflation autour de 2%. Cet environnement favorable est agrémenté par la volonté de Donal Trump de reconsidérer la situation commerciale américaine.
Le ralentissement n’affecte pas autant les Etats-Unis que la zone Euro. Les pays comme l’Irlande, l’Allemagne, l’Angleterre ont des économies très tournées vers l’extérieur et dès qu’un ralentissement se produit, et a fortiori manufacturier comme c’est le cas pour l’Allemagne, l’onde de choc est très importante.