360 degrés - #3 Février 2018 - Par Béryl BOUVIER DI NOTA, Jean-Marie MERCADAL, Eric BERTRAND, Eric TURJEMAN, Jean-Pierre GRIMAUD

De la Richesse Humaine à la finance responsable

ÉDITO - LA RICHESSE INFINIE DU CAPITAL HUMAIN...

Jean-Pierre Grimaud, Directeur Général d'OFI Asset Management
Jean-Pierre GRIMAUD
Directeur Général

« De la richesse humaine à la finance responsable ». Voici le thème de « 360 degrés » que nous avons choisi pour cette troisième édition du magazine. Dans un monde inondé de robotisation et d’intelligence artificielle, il nous a en effet semblé indispensable d’approfondir cette notion du « capital humain » à l’occasion de notre conférence annuelle qui s’est déroulée le 17 janvier, et dont vous retrouverez dans ces pages les temps forts.

Lors de l’édition 2017, nous nous étions penchés sur la notion de rareté, autour notamment de la problématique des matières fossiles. Or, s’il est une chose qui n’est pas rare sur notre planète, c’est bien le monde infini de la richesse humaine…

La finance responsable est au cœur de l’ADN d’OFI

L’enjeu est de comprendre comment les organisations humaines peuvent créer de la richesse tout en respectant les grands principes de l’investissement responsable. Nous verrons d’ailleurs que la bonne gouvernance d’une entreprise ne se limite plus à l’organisation optimale de ses structures de décision, mais doit embarquer tous les collaborateurs qui travaillent et créent de la richesse collectivement !

Enfin, en 2018, la volatilité devrait faire son grand retour sur les marchés financiers. Vous retrouverez dans ces pages nos recommandations en matière d’allocation d’actifs et de choix d’investissement, présentées lors de notre conférence annuelle, avec ce marqueur fort de la finance responsable. Une création de richesse dans la durée qui doit plus que jamais s’appuyer sur le respect de la valeur travail et du capital humain.

ENTRETIEN - IDRISS ABERKANE, spécialiste de l’économie de la connaissance

LE TRAVAIL NE DEVRAIT PAS ÊTRE UNE SOUFFRANCE

Conférence OFI : Idriss ABERKANE, spécialiste de l’économie de la connaissance

La passion seule permet de prendre les risques nécessaires et de persévérer dans son domaine d’activité. L’épanouissement dans le travail est un préalable à toute réussite, explique Idriss Aberkane, spécialiste de l’économie de la connaissance, auteur de plusieurs ouvrages dont le livre « Libérez votre cerveau » (éd. Robert Laffont) qui a déjà conquis de très nombreux lecteurs.

Le monde du travail fait, de nos jours, l’objet de nombreuses interrogations et de remises en question. Mal-être des salariés, multiplication des « burn out », stress des entrepreneurs… Comment rendre le travail plus épanouissant ?

Idriss Aberkane : Depuis la révolution industrielle, nous sommes convaincus que la production de richesses et l’épanouissement individuel sont deux notions antinomiques. C’est une erreur. Sans passion dans le travail, il n’y a pas, aujourd’hui, de réussite possible. Un prix Nobel de physique ou de chimie n’a pas obtenu cette récompense par résignation, parce qu’il le fallait bien. Entreprendre est évidemment un parcours du combattant. Sans passion et sans persévérance, le projet serait voué à l’échec. Dans la Silicon Valley, ce ne sont pas forcément les plus diplômés qui enregistrent les plus grands succès mais ceux qui étaient assez passionnés et persévérants pour « encaisser » les déconvenues initiales et finalement réussir à mettre en œuvre leur projet.

Certes, le travail doit être épanouissant et exercé avec passion. Mais pour un entrepreneur qui se lance, le succès ne vient pas systématiquement au rendez-vous, même s’il est passionné. Comment repérer l’entrepreneur suffisamment motivé par son projet et qui a la « bonne idée » ?

I.A. : Les idées nouvelles mettent du temps à s’installer. Elles suivent systématiquement un processus similaire : au départ, elles paraissent « ridicules » et ne sont pas prises au sérieux. Dans un deuxième temps, elles deviennent « dangereuses » quand elles ont dépassé un certain stade et peuvent menacer potentiellement l’ordre établi. Enfin, elles finissent par apparaître comme « évidentes ». Le droit de vote accordé aux femmes ou la démonstration de la rotation de la terre autour du soleil sont passés par ces étapes successives. Il en est de même pour les idées qui motivent la création d’une start-up. Un investisseur à la recherche d’un concept révolutionnaire devrait même réfléchir au fait qu’une idée qui ne semble pas initialement ridicule n’est pas une idée potentiellement révolutionnaire. Cela ne signifie pas, bien sûr, que toutes les idées ridicules deviendront révolutionnaires !

Au-delà de la passion et de la persévérance, existe-t-il d’autres qualités requises pour entreprendre avec succès ?

I.A. : Des études prouvent que ceux qui aiment jouer réussissent souvent mieux que les autres. Il a été établi que les chirurgiens qui jouent régulièrement à des jeux vidéo sont 30 à 35% plus performants lors d’une opération de chirurgie laparoscopique. Persévérance et prise de risque sont au cœur du processus comportemental de la passion. Elles sont les conséquences dopantes de la passion sur le cerveau de l’Homme. Quand on aime ce que l’on fait, on est plus précis, plus persévérant et plus motivé pour prendre des risques. Par conséquent, l’épanouissement dans le travail doit être une priorité absolue, dans l’intérêt de tous.

TABLE RONDE - LA VALEUR TRAVAIL : UNE NOUVELLE VENUE DANS LA GOUVERNANCE DES ENTREPRISES

Conférence OFI : Adrian Dearnell, Pierre-Yves Gomez, Michel Baguenault et Bénédicte Bazi
De gauche à droite : Adrian Dearnell, Pierre-Yves Gomez, Michel Baguenault, Bénédicte Bazi

Pas de création de valeur sans une meilleure reconnaissance du travail dans les entreprises. Des solutions existent pour permettre de mieux appréhender la réalité du travail en leur sein.

Sans une gouvernance efficace, une entreprise est incontestablement vouée à l’échec. Mais qu’est-ce qu’une bonne gouvernance sinon la reconnaissance, en premier lieu, du travail des collaborateurs au sein de l’entreprise qui est à la base de l’innovation et de la création de la valeur ? Or, la prise de conscience réelle de ces enjeux, bien qu’en progrès, reste toujours insuffisante.

Il est indispensable que ceux qui ont le pouvoir de décider en son sein comprennent la réalité du travail dans leur entreprise.

« Au début des années 1990, deux idées fortes ont été introduites : la première était que les actionnaires devaient exercer un devoir de vigilance sur l’entreprise. En corollaire, on a donné plus de poids au contrôle externe sur l’entreprise, loin de l’idée du « secret de fabrique » qui dominait jusqu’alors. Des administrateurs externes ont été nommés et les entreprises cotées ont été obligées de donner plus d’informations aux marchés. La conjugaison de cette vigilance actionnariale et d’une plus grande transparence vis-à-vis de l’extérieur a permis l’émergence d’une forme de gouvernance actionnariale » rappelle Pierre-Yves Gomez, Directeur de l’Institut Français de Gouvernement des Entreprises (IFGE) et Professeur à l’emlyon Business School.

Depuis 2015 en France, toutes les entreprises au-delà d’un certain seuil de salariés doivent, par exemple, avoir un administrateur salarié à leur Conseil d’Administration. « Pour que les instances de gouvernance d’une entreprise prennent les décisions adéquates, il est indispensable que ceux qui ont le pouvoir de décider en son sein comprennent la réalité du travail dans leur entreprise. Si Enron a fait faillite, c’est principalement parce qu’aucun des supposés administrateurs ne comprenait le métier d’Enron ! A contrario, les entreprises qui réussissent comme Apple, Facebook ou Amazon sont gouvernées par des gens qui connaissent parfaitement le contenu du travail opéré par leurs collaborateurs » ajoute Pierre-Yves Gomez.

La reconnaissance de la valeur travail passe d’abord par un dialogue social fructueux entre la direction et les salariés. « Chez bioMérieux, nous accordons une place toute particulière au dialogue social. Cela se traduit notamment par des directives fortes dans de nombreux domaines : augmentations de salaire, organisation du travail, parité hommes/ femmes… » explique Michel Baguenault, Secrétaire Général de bioMérieux.

Conférence OFI : Bénédicte Bazi, Michel Baguenault, Pierre-Yves Gomez et Adrian Dearnell
De gauche à droite : Bénédicte Bazi, Michel Baguenault, Pierre-Yves Gomez et Adrian Dearnell

Des méthodes de travail bouleversées par la révolution digitale

Mieux prendre en compte la valeur travail au sein des instances dirigeantes passe également par une connaissance plus fine des causes de l’absentéisme dans une entreprise (désengagement des salariés ? Maladies professionnelles ?), permettant ainsi d’apporter des réponses plus appropriées aux problèmes recensés. « Le mouvement de digitalisation conduit à repenser en profondeur l’organisation et les méthodes de travail dans un mode plus collaboratif et moins hiérarchisé, mais il implique aussi de véritables ruptures sociales. L’évolution du climat social est à cet égard un indicateur pertinent » estime Bénédicte Bazi, analyste ESG chez OFI Asset Management.

Pour la plupart des entreprises, ces bouleversements créent des opportunités mais peuvent, en effet, induire une montée du stress chez les salariés pas suffisamment préparés et formés pour affronter ces changements. « La révolution digitale permet incontestablement d’améliorer la maîtrise de nos données et de renforcer notre expertise. Mais elle nous impose de disposer des bons outils et des équipes qui maîtrisent ces nouvelles technologies » reconnaît Michel Baguenault.

À l’heure où le travail se réinvente, ceux qui ont en charge la gestion de l’entreprise doivent, par conséquent, rester au plus près des préoccupations de leurs salariés. La compétitivité de leur entreprise, tout autant que le bien-être des collaborateurs, sont en jeu. « Après la séquence « transparence » (contrôle depuis l’extérieur) et l’irruption de la séquence « normes » (introduction des critères ESG), nous entrons dans la séquence « travail réel » où l’on demandera aux acteurs de la gouvernance d’en savoir plus sur la réalité du travail dans l’entreprise » conclut Pierre-Yves Gomez.
Du travail en perspective !

LE TRAVAIL, UN ENJEU DE GOUVERNANCE CAPITAL CHEZ OFI AM

La gouvernance est une dimension clé de l’analyse ESG chez OFI AM. L’effort de recherche et d’amélioration des connaissances sur le gouvernement des entreprises en faveur d’une finance toujours plus responsable a conduit les équipes d’OFI AM à se rapprocher de l’Institut Français de Gouvernement des Entreprises (IFGE) dirigé par Pierre-Yves Gomez. L’IFGE a été fondé en 2003 dans le cadre de l’emlyon et a construit une base de données de 750 entreprises sur une période de 25 ans. Il est en lien avec les pouvoirs publics, les syndicats patronaux et de salariés pour décrypter l’évolution des formes de gouvernance.
Le partenariat avec OFI AM s’étale sur quatre ans. Le programme de recherche, articulé autour de la prise en compte du travail au niveau de la gouvernance des entreprises, porte sur le lien entre performance durable et valeur travail. L’aboutissement de ces travaux sera la construction d’un modèle d’évaluation de la gouvernance intégrant cet élément travail. « L’attention portée à la gouvernance est aujourd’hui moins forte et moins médiatisée que celle portée à la question du climat. Pourtant, le risque que fait porter une gouvernance défaillante est loin d’être théorique. Il impacte toutes les gestions et notamment obligataires quand il se manifeste par la défaillance subite de l’émetteur » explique Bénédicte Bazi.

TABLE RONDE - IMPACT INVESTING : L’INVESTISSEMENT AU SERVICE DE LA CROISSANCE VERTUEUSE

Conférence OFI : Isabelle Combarel, Vincent Levita, Béryl Bouvier Di Nota et Adrian Dearnell
De gauche à droite : Isabelle Combarel, Vincent Levita, Béryl Bouvier Di Nota, Adrian Dearnell

La transition vers une économie durable est devenue une nécessité globale. La gestion d’actifs remplit un rôle dans ce domaine en finançant des entreprises et des infrastructures au cœur de cette transition. L’avenir de la gestion d’actifs est indissociable de cet enjeu auquel les investisseurs sont devenus particulièrement sensibles.

Les enjeux du développement durable sont au cœur des préoccupations du Groupe OFI et de ses filiales depuis de nombreuses années. « Convaincus que nous avons tous un rôle à jouer en faveur du développement durable, les équipes du Groupe OFI se sont engagées depuis plus de 20 ans pour soutenir une finance responsable » rappelle ainsi Béryl Bouvier Di Nota, Responsable des gestions actions Smid Cap et Gérante de la stratégie Positive Economy d’OFI Asset Management.

Investir responsable, une question de sélection et de long terme

Investir dans une optique de développement durable est indissociable d’un engagement de long terme. « Les investisseurs de long terme ont été les vrais moteurs du développement de l’Investissement Socialement Responsable (ISR) puisqu’ils détiennent actuellement 90% des actifs ISR » souligne Béryl Bouvier Di Nota. Investir à long terme n’est pas toujours une tâche aisée : « Il y a un vrai paradoxe entre la surveillance de la performance à court terme et l’horizon de gestion à long terme » note ainsi la gérante.

Le Groupe OFI relève toutefois ce défi à travers sa gamme de fonds OFI Responsible Solutions qui s’articule autour de quatre approches responsables : le « Best in Class », l’engagement, l’éthique, la gestion de fonds thématiques sur le changement climatique et la Positive Economy. Ces différentes approches participent à la recherche d’impact investing.

Impact investing : une approche globale de l’investissement responsable

L’impact investing se définit comme étant le fait d’investir dans des entreprises ou des fonds avec pour objectif de conjuguer une double performance : socio-environnementale et financière et avec la volonté d’en mesurer l’impact. « Avec l’impact investing, on va plus loin qu’avec l’ISR : on ne s’intéresse plus seulement aux pratiques mais à l’activité même de l’entreprise » explique Béryl Bouvier Di Nota.
L’investissement dans la Positive Economy entre directement dans cette stratégie. « L’économie positive, comme on la définit chez OFI, concerne l’ensemble des entreprises qui ont un impact positif dans la protection de l’environnement et des individus » explique la gérante.

« À l’origine, l’impact investing est né dans le monde anglo-saxon et le non coté. Aujourd’hui, l’investissement à impact s’est répandu sur toutes les classes d’actifs » précise Isabelle Combarel, Directrice du Développement et de l’ESG de SWEN Capital Partners, filiale du Groupe OFI et de Crédit Mutuel Arkea.

Private equity et infrastructures : domaines de prédilection de l’impact investing

« En investissant dans des actifs infrastructures, notre première approche était d’investir dans des actifs d’utilité publique, voire d’utilité sociale », détaille Vincent Levita, Fondateur et Président d’InfraVia, filiale du Groupe OFI spécialisée dans les infrastructures non cotées en Europe. « D’abord, c’était le seul moyen de créer cette coopération public-privé. Ensuite, cela correspond à une vision sociétale de notre métier qui consiste à « recycler » l’argent de l’épargne long-terme dans des investissements qui vont améliorer la qualité et la compétitivité de nos territoires sur le long-terme. Enfin, assurer la bonne intégration des actifs dans leur environnement, c’est de la bonne gestion des risques lorsque l’on investit sur du long-terme. »

L’investissement responsable n’est donc pas réservé aux marchés actions. « Le non coté, grâce à son optique d’investissement à long terme, est selon nous la classe d’actifs idéale pour devenir le meilleur élève de l’intégration efficace des critères ESG », souligne ainsi Isabelle Combarel. En effet, « nous nous inscrivons dans un calendrier de long terme qui permet une démarche de partenariat, d’accompagnement avec les dirigeants des fonds, des entreprises ou des actifs que SWEN Capital Partners finance. Nous cherchons à investir sur des actifs et des équipes qui sauront traverser les temps. Lorsque nous investissons en private equity, nous investissons avec un horizon de 4 à 5 ans. Le financement d’infrastructures atteint des durées encore plus longues, de 10 à 15 ans ».

Vincent Levita confirme : « C’est ce que les investisseurs qui viennent chez nous recherchent : une exposition qui inclut toutes les dimensions de l’investissement responsable sur la durée. Nous avons investi massivement dans les énergies renouvelables et des actifs d’efficacité énergétique, ainsi que dans des actifs locaux : tramways ou réseaux à très haut débit, qui sont des outils d’inclusion sociale indispensables ».

Conférence OFI : Philippe Desfossés

L’INVESTISSEMENT RESPONSABLE DEVRAIT ÊTRE ASSOCIÉ AU LONG TERME

Philippe DESFOSSÉS
Directeur de l’ERAFP et Vice-président du Groupe d’Investisseurs Institutionnels sur le Changement Climatique

Quels sont les enjeux de l’ISR pour un investisseur institutionnel comme vous ?

Dès lors que l’on gère des sommes très importantes, on est de fait investi dans tous les secteurs de l’économie. L’enjeu est donc de privilégier, au sein de chaque secteur, les entreprises qui prennent le mieux en compte les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance. C’est le principe du « Best in Class » : on est investi dans l’économie telle qu’elle est aujourd’hui et on essaie de l’améliorer en privilégiant les acteurs les plus attentifs au développement durable. Il faut parfois penser « out of the box », en investissant non seulement dans des entreprises qui cherchent à « faire mieux », mais aussi dans des entreprises qui recherchent de nouvelles solutions durables.

Comment tenez-vous compte des exigences de court terme qui vous sont imposées ?

Pour les investisseurs de très grande taille, en particulier pour les grands fonds de pension, l’investissement responsable devrait être associé à des investissements de long terme, avec un horizon de 30 à 40 ans. Le paradoxe tient au fait que la réglementation impose des reportings semestriels ou annuels. Beaucoup d’investisseurs institutionnels ont donc du mal à conserver un cap d’investissement à très long terme. Notre volonté au sein de l’ERAFP est justement d’avoir un vrai rôle d’investisseur à long terme : l’investissement est une aventure qui dure dans le temps.

ENTRETIEN - JEAN-MARIE MERCADAL, DGD en charge des Gestions chez OFI AM

DES RISQUES BIEN IDENTIFIÉS DANS UN CLIMAT D’EXUBÉRANCE RATIONNELLE DES MARCHÉS

Les voyants de l’économie mondiale sont au vert et rien ne semble pouvoir entraver la confiance des investisseurs en ce début d’année. Les risques existent pourtant et devraient contribuer à entraîner la volatilité à la hausse en 2018, prévient Jean-Marie Mercadal, Directeur Général Délégué en charge des Gestions chez OFI AM.

Conférence OFI : Jean-Marie Mercadal
Les marchés financiers semblent gagnés par l’euphorie. Cet optimisme des investisseurs est-il vraiment justifié selon vous ?

Jean-Marie Mercadal : Pour vous répondre, je citerais Alan Greenspan en déformant légèrement sa fameuse expression, restée célèbre, sur « l’exubérance irrationnelle » des marchés. Les marchés évoluent actuellement dans un climat « d’exubérance rationnelle ». Exubérance rationnelle au regard des facteurs bien réels qui soutiennent le moral des investisseurs : une croissance mondiale en accélération et relativement homogène au niveau géographique, des bénéfices des entreprises en progression, des flux qui reviennent vers les marchés actions et des taux très bas en l’absence de tensions inflationnistes. À ce titre, la hausse des indices boursiers est parfaitement justifiée…

En effet, cette poursuite de la hausse des marchés a des fondements macroéconomiques solides. Peut-on par conséquent investir sans crainte au cours des prochains mois ?

J-M.M. : Il serait en effet contreproductif de se désengager des marchés, en ce début d’année, mais les risques existent néanmoins et ils sont bien identifiés. Il est donc indispensable de les avoir à l’esprit afin d’ajuster rapidement sa stratégie en cas de nécessité. Le principal risque pour 2018 reste une tension inattendue autour des taux d’intérêt sur les marchés obligataires. Elle entraînera une baisse des valorisations des principales classes d’actifs, à commencer par l’immobilier. Si le scénario de remontée des taux directeurs par la Fed semble intégré par le marché, des surprises sont possibles. Les marchés semblent considérer que Jerome Powell, le nouveau patron de la Fed, appliquera une politique similaire en tous points à celle mise en œuvre par Janet Yellen. Cela n’est pas certain. L’autre épée de Damoclès qui pèse au-dessus des marchés se trouve en Chine. Les déséquilibres de l’économie chinoise sont porteurs de risque. Un éclatement de la bulle immobilière pourrait avoir des conséquences dommageables sur l’ensemble des marchés mondiaux.

Et dans les pays développés ? Quels risques potentiels sont à surveiller ?

J-M.M. : Les trajectoires de croissance ne devraient pas réserver de mauvaises surprises. En revanche, on ne prend pas assez en compte la possibilité d’un « flash krach » sur les marchés. La probabilité d’un tel évènement augmente avec le regain de volatilité qui devrait caractériser l’évolution des marchés en 2018, à mesure que les valorisations atteignent des niveaux élevés.

Une fois ces risques bien identifiés, vers quels marchés se tourner de préférence en 2018 ?

J-M.M. : Incontestablement, les marchés européens restent en retard dans le cycle. Les actions européennes sont encore faiblement valorisées alors que les flux reviennent vers l’Europe. Nous estimons leur potentiel de hausse au cours de l’année à près de 10%. Il faudra également s’intéresser aux actions des pays émergents.

TABLE RONDE - DES MARCHÉS FINANCIERS EN PLEINE CONFIANCE : QUELLES PERSPECTIVES EN 2018 ?

Conférence OFI : Eric Turjeman, Jean-Marie Mercadal, Eric Bertrand, Adrian Dearnell
De gauche à droite : Eric Turjeman, Jean-Marie Mercadal, Eric Bertrand, Adrian Dearnell

Une croissance mondiale dynamique soutient toujours l’optimisme des marchés. L’inflexion des politiques monétaires marque néanmoins un tournant et oblige les investisseurs à reconsidérer leur allocation. Une année 2018 riche en opportunités pour les actions européennes.

L’année 2018 a bien commencé sur les marchés. La croissance mondiale bat son plein et son homogénéité laisse augurer un nouveau millésime haussier sur les bourses mondiales. Mais ce panorama général plutôt serein ne doit pas laisser croire aux investisseurs que 2018 sera un long fleuve tranquille. « Il faut s’attendre à une hausse de la volatilité sur les marchés. Nous allons réapprendre à fonctionner normalement après des années de politiques monétaires non conventionnelles » estime Eric Bertrand, Directeur des gestions Taux et Diversifiées chez OFI AM. Cette hausse attendue de la volatilité est la conséquence normale et prévisible d’un marché mondial qui va devoir réapprendre à fonctionner dans un environnement moins marqué par l’interventionnisme à outrance des banques centrales. « Pour la première fois depuis la crise financière, au quatrième trimestre de l’année en cours, nous allons connaître une contraction de la liquidité mondiale » relève Eric Bertrand.

Pour la première fois depuis la crise financière, nous allons connaître une contraction de la liquidité mondiale.

Cet environnement propice à la remontée des taux n’est pas, a priori, une bonne nouvelle pour les investisseurs en obligations. « La diminution des achats d’actifs de la part de la BCE pousse à la hausse les taux des obligations Investment Grade tandis que le couple rendement/risque des obligations High Yield reste peu attractif. Le contexte reflationniste actuel est néanmoins favorable aux obligations couvertes indexées sur l’inflation ainsi qu’à l’investissement en dette émergente en devise locale » explique Eric Bertrand. « Les obligations convertibles ne doivent pas non plus être écartées des portefeuilles car elles gardent une asymétrie très intéressante » ajoute Jean-Marie Mercadal, Directeur Général Délégué, en charge des gestions chez OFI AM.

Les obligations convertibles gardent une asymétrie très intéressante.
Conférence OFI : Eric Turjeman, Jean-Marie Mercadal, Eric Bertrand, Adrian Dearnell
De gauche à droite : Eric Turjeman, Jean-Marie Mercadal, Eric Bertrand, Adrian Dearnell

L’heure n’est pas au désengagement des marchés actions

Du côté des marchés actions, la hausse des indices, qui s’est accélérée aux États-Unis depuis l’élection de Donald Trump a, une fois de plus, illustré le plus grand dynamisme des actions américaines par rapport aux valeurs cotées du Vieux continent si l’on raisonne en monnaie locale. « En revanche, en ramenant les performances dans la même monnaie (l’Euro par exemple) on s’aperçoit que les bourses européennes ont battu Wall Street l’an dernier » constate Eric Turjeman, Directeur des gestions Actions et Convertibles chez OFI AM. En Europe, l’heure n’est pas au désengagement des marchés actions au cours des prochains mois. « En l’absence de récession en vue, les actions européennes - qui offrent en moyenne un rendement de 3% - restent bien plus attractives que l’emprunt d’État allemand à 10 ans (Bund) qui n’offre que 0,5% de rendement » explique Eric Turjeman.

Des banques européennes bien positionnées pour profiter de la hausse des taux

Les valeurs bancaires et les constructeurs automobiles peuvent être également regardés de près. « Le contexte de hausse des taux est favorable aux marges du secteur bancaire, faiblement valorisé (des PE proches de 10 pour un rendement de 5%). Si les banques françaises restent attractives, on peut aussi s’intéresser à un établissement comme UniCredit. Surcapitalisée, la banque italienne pourrait tirer son épingle du jeu en raison notamment de l’indexation des prêts à l’évolution des taux d’intérêt » remarque Eric Turjeman.

Par ailleurs, la très bonne tenue du marché automobile européen, marché mature s’il en est, va de pair avec le dynamisme des pays émergents. « Parmi les acteurs européens, Renault offre une valorisation très faible (PE de 5, rendement de 5%). Avec son modèle Zoé, le groupe français figure en pointe sur le segment de la voiture électrique. L’évolution de la gouvernance de la firme au losange, marquée par un désengagement progressif de l’État dans le capital, est également bien perçue par le marché » note enfin Eric Turjeman.

Le chamboulement lié à l’irruption du numérique a déstabilisé certains secteurs mais les entreprises ne ménagent pas leurs efforts pour s’adapter à leur nouvel environnement. Des valeurs, dont le profil a beaucoup évolué au cours des dernières années, sont encore sous-valorisées et pourraient attirer en 2018 les convoitises des investisseurs. Une valeur délaissée comme Gemalto a ainsi fait l’objet, en décembre, d’une OPA de Thales, après avoir écarté l’offre d’Atos, qui a permis au cours de bourse du groupe de sécurité informatique de rebondir de 50% dans les séances suivantes. « A l’instar de Gemalto, l’action Publicis présente aussi un profil particulièrement attractif » conclut Eric Turjeman.

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DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Jean-Pierre Grimaud, Directeur Général
RESPONSABLE ÉDITORIAL : Diane Cazali - Direction Communication & Marque

Les chiffres cités ont trait aux années écoulées. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Investir sur les marchés actions comporte des risques, notamment un risque de perte en capital.

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