Par Alain PITOUS

Ces secteurs exclus par les investisseurs en raison de leur empreinte négative

Alain Pitous, Directeur de la Finance Responsable chez OFI AM, analyse les différents secteurs exclus par les investisseurs en raison de leur empreinte négative
BFM Business - Intégrale Bourse, Sommet BFM Patrimoine 08/11/2019

A l'origine, l'Investissement Socialement Responsable (ISR) étaient guidé par des choix essentiellement éthiques et procédait à l'exclusion de certains secteurs pour des raisons morales ou religieuses (alcool, armement, tabac, jeux d'argent...).
Progressivement, l'ISR a évolué tout en conservant cette problématique d'exclusion, notamment en ce qui concerne le climat et la santé où des secteurs entiers sont évincés. De nombreux investisseurs, en particulier les fonds de pension, excluent les valeurs liées au tabac et au charbon sur divers critères.
En tant que particulier, ces aspects doivent être impérativement pris en compte car les investisseurs institutionnels, qui représentent parfois 70 à 80% des volumes et des échanges, peuvent impacter très fortement les cours de bourse à l'exclusion d'un marché.

LE TABAC

Le tabac fait partie des premiers secteurs exclus par certains investisseurs en raison de son impact sur la santé.
Philip Morris ou British American Tobacco (BAT) sont des entreprises qui restent financièrement assez attractives au regard de leur bilan mais parallèlement à cela, la stabilité de leurs cours de bourse depuis 2012 représente une véritable sanction face à des marchés qui ont puissamment monté. Ce sont des valeurs américaines et pourtant, elles ont été pénalisées par rapport aux grands indices.

LE CHARBON

La prise de conscience du changement climatique est manifeste, encouragée par un facteur réglementaire et une pression des pouvoirs publics qui parfois demandent l'exclusion de certains investissements.
Murray Energy, l'un des plus grands exploitants de charbon privé des États-Unis, est au bord de la faillite, avec des entreprises ayant reculé entre 80 et 90% sur les dix dernières années.

LE PETROLE DE SCHISTE

Le cours de la société Chesapeake est passé de 60 dollars en 2009 à 35 dollars, celui de Devon Energy de 50 dollars à 22 dollars en 2 ans et enfin, EOG Resources est passé de 130 dollars à 72 dollars en deux ans également.
Ces entreprises soumises aux fluctuations boursières liées au pétrole sont de plus en plus exclues des portefeuilles de grands investisseurs.
Elles se retrouvent doublement sanctionnées avec d'un côté leurs cours de bourse en baisse et de l'autre leur capacité d'investissement qui s'amoindrit, beaucoup de banques et d'investisseurs refusant de leur prêter de l'argent.

LES CONTROVERSES

Les controverses, c’est ainsi que l’on appelle des événements « extra-financiers » affectant des sociétés. Il peut en résulter des mises à l’écart par certains investisseurs, parfois de manière temporaire.
Un particulier se doit de prendre en compte les controverses et de s'interroger sur la raison des fluctuations boursières d'une valeur avant tout investissement.
Un titre qui décroche durant quelques semaines est souvent lié à des controverses : les analystes révisent leur note violemment vers le bas, à l'image de dieselgate Volkswagen ou de l'éviction de Carlos Ghosn.

Pour bon nombre d'analystes, le dieselgate repose avant tout sur un problème de gouvernance qui est apparu aux Etats-Unis : les patrons d'une structure, endossant également un rôle d’opérationnels, étaient incentivés sur les résultats opérationnels. Dans ce contexte, moins de contrôles étaient effectués ce qui a pu aboutir à ce dérapage.
La gouvernance de Renault, soumise à pression de la part des actionnaires depuis un certain temps, a fini par impacter le cours de bourse.
Deutsche Bank a obtenu des résultats comparables à beaucoup d'autres banques mais un problème de comportement du management et de manque de transparence ont eu raison du cours de bourse qui est passé de 40 à 6 euros en 10 ans.

Les controverses peuvent concerner l'intégralité d'un secteur à l'image des opioïdes aux Etats-Unis, responsables de nombreux décès. Il a été révélé que leur consommation était susceptible d'être dangereuse et que le comportement des agents et de la chaîne de distribution de ces médicaments posait problème. Les sanctions boursières se sont montrées extrêmement fortes avec des reculs de 20 à 50% sur certaines grandes entreprises comme Johnson & Johnson. Teva vient récemment de prendre 472 millions de provisions dans ses comptes autour des opioïdes et des procès en cours, ce qui porte le montant total à 1,2 milliard en 3 ans, et son cours de bourse a baissé d'environ 80% pendant la même période.

La mise à l'écart temporaire ou permanente par les investisseurs de certains secteurs, empêche-t-elle ces derniers de trouver des financements ?

Partout dans le monde, il devient de plus en plus difficile pour le secteur du charbon de se faire financer ce qui rend d’autant plus difficile l'entretien des projets actuels et l'ouverture de nouveaux. Il reste quelques pays qui utilisent toujours le charbon dans la fabrication d'électricité à hautes doses (Chine, Russie, Brésil) mais du côté des entreprises cotées, les sanctions sont très fortes comme nous l’avons vu.

Donald Trump est actionnaire, à titre privé, d'une entreprise du secteur du charbon. Cela signifie-t-il qu'un investisseur qui met de côté ses convictions, peut se voir obtenir des rendements très intéressants dans ces secteurs sulfureux ?

A horizon 10 ans, un institutionnel ne réalisera pas ce genre d'investissement et il est fortement déconseillé à un investisseur privé de faire autrement.
"Vice Fund" ou le "fonds du vice" (investi dans le tabac, l'alcool, les casinos) a beaucoup surperformé à une époque mais depuis, les écarts se sont nettement accrus en faveur de la "vertu" (fonds éthiques).
A long terme, ces secteurs vont se retrouver sanctionnés alors avant tout éventuel investissement, il est conseillé de vérifier en amont les investisseurs qui les excluent de leurs portefeuilles.

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