Par Yannick LOPEZ

Allemagne : nouveau revers électoral pour A. Merkel qui renonce à la présidence de la CDU

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI AM, intervient suite à l'annonce d'Angela Merkel
BFM Business - Intégrale Bourse 29/10/2018

Yannick Lopez, Directeur de la gestion taux chez OFI Asset Management, intervient suite aux déclarations de la chancelière allemande Angela Merkel où elle annonce qu'elle renoncerait à la présidence de son parti conservateur, la CDU, en décembre 2018 mais également qu'elle allait se retirer de la chancellerie en 2021, à l'issue de son quatrième et dernier mandat.
Cette situation était-elle attendue ou est-ce une surprise ? Est-ce un évènement politique ? Est-ce un évènement pour les marchés ?

Cette annonce, qui fait suite à un nouveau revers électoral lors d'une élection régionale le week end dernier, n'est pas étonnante car il était difficile d'imaginer Angela Merkel briguer un cinquième mandat en 2021. Cependant, c'est en renonçant à la présidence de son parti conservateur, la CDU, que la chancelière crée la surprise.
En ce qui concerne l'impact sur les marchés, il est difficile de dire aujourd'hui si la remontée du taux 10 ans allemand de 3 points de base à 0.39% est directement liée à la situation. La séance d'aujourd'hui semble davantage tenir du rebond après une semaine catastrophique qui a vu le taux allemand baisser de 11 centimes.
Par ailleurs, on observe un léger retour d'appétence pour le risque.
Sur l'Italie, la courbe se détend assez massivement affichant une baisse de 25 points de base pour le taux 5 ans et de 16 points de base pour le 10 ans. Ce mouvement a fait suite à l'annonce par l'agence de notation Standard & Poor's de ne pas abaisser la note de l'Italie. Les marchés s'attendaient à l'abaissement d'une note comme l'a opéré Moody's il y a plusieurs jours mais S&P a décidé de ne pas envenimer la situation de l'Italie en maintenant sa note BBB. En revanche, la perspective passe de « stable » à « négative », ce qui signifie qu'une dégradation de note peut intervenir dans les 2 prochaines années. Le risque est important surtout si se produit un dérapage des comptes publics sans que le gouvernement ne prenne de décisions.

Le projet de budget de l'Italie pour 2019, rejeté par la Commission européenne, sera examiné cette semaine par le Parlement italien. Les italiens sont-ils confortés dans leur stratégie ?

Pour le moment, il y a peu de visibilité, le rejet du projet par la Commission européenne avait été anticipé, maintenant la question est de savoir quelle sera l'étape suivante. Est-ce que l'Italie rentre dans la procédure de déficit excessif ? Le pays est clairement sorti de la trajectoire budgétaire établie par l'ancien gouvernement.
Le déficit projeté relativement élevé (2,4% pour 2019, 2,1% pour 2020) dérange évidemment les marchés et la Commission européenne mais pas autant que les hypothèses de croissance sur lesquelles celui-ci repose. En effet, les hypothèses de croissance sont très fortes puisque le gouvernement prévoit une croissance l'année prochaine de 1,5%, niveau très au-dessus des anticipations des économistes et des agences de notation.
Si le gouvernement intégrait dans son projet des mesures de sauvegarde visant à corriger les dépenses en cas de déception sur la croissance, ce serait très positif pour les marchés.