Par Eric TURJEMAN

4% de rendement des dividendes du côté des actions européennes, est-ce tenable ?

Eric Turjeman, Directeur des Gestions Actions et Convertibles chez OFI AM, analyse le marché des actions européennes
Sicavonline - L'oeil du Pro 22/03/2019

Eric Turjeman, Directeur des Gestions Actions et Convertibles chez OFI AM

Les grands arguments allégués en faveur des marchés actions, notamment européens, c’est de dire qu’ils sont peut-être à leur juste prix mais ils livrent du 4% de rendement. Un marché qui offre du 4% de rendement ne traduit-il pas une réticence des investisseurs à placer leur argent dans les actions et ne souligne-t-il pas leur doute concernant la pérennité de ce dividende et de ce rendement de 4% ?

Ce 4% de rendement représente la prime de risque et l’alternative c’est le bund allemand, le rendement sans risque à zéro.
Si vous détenez 100 euros à placer pendant 10 ans, soit vous les placez sur des bunds et vous récupérez 100 euros avec zéro intérêt chaque année en prenant le risque de perdre avec l’inflation, soit vous investissez dans les actions et si le rendement est pérenne, vous toucherez tout de même 4%. Donc globalement, plus de la moitié de votre investissement sera remboursée au bout de 10 ans.
Si cette dernière hypothèse était garantie, les investisseurs n’hésiteraient pas à aller sur le marché actions de manière massive. Mais les marchés n’y croient pas.
Ce 4% est issu finalement de résultats et d’un « pay-out » (distribution de dividendes) qui ont progressé sans que le prix des actions monte en raison du scepticisme des investisseurs envers sa pérennité.

Mais ces 4% de rendement du dividende sont-ils vraiment tenables ?

Globalement, je pense que oui. Les actions européennes évoluent avec la croissance mondiale. A 3% de croissance mondiale, chiffre que nous anticipons chez OFI AM mais inférieur aux prévisions (3,5%), les entreprises européennes arrivent à maintenir leurs résultats et à distribuer un montant de dividendes à peu près égal d’une année sur l’autre.
Hormis l’année 2008, la distribution de dividendes est très stable et la volatilité est beaucoup plus faible que celle des résultats.

Vous dites que le marché est à son prix.

A 3% de croissance, on ne peut pas parler de récession mais ce niveau relativement faible ne permet que de maintenir les résultats en l’état.
Par ailleurs, les risques n’ont pas disparu : guerre commerciale, flou du brexit…

Le brexit n’est-il pas déjà intégré dans les cours ?

Un « no-deal brexit » : un brexit sans accord n’est pas intégré dans les cours.
Le brexit n’a été intégré par le marché qu’une seule journée, lors de son vote en juin 2016 où le marché a plongé puis s’est rapidement repris. Depuis, il est considéré comme un non-événement car un accord devra obligatoirement être trouvé. Personne ne croît aujourd’hui à un suicide de la part des britanniques qui entraînerait l’Europe dans sa chute.
D’autre part, les négociations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis devraient aboutir à un accord car dans le cas contraire, les deux pays seraient perdants.

Ce 4% de rendement du dividende des actions européennes est plutôt alléchant mais qu’en est-il des autres actions ? En tant qu’investisseur même particulier, peut-on s’abstraire aujourd’hui du marché américain revenu à des niveaux de valorisation supérieurs aux moyennes ?

Pour des raisons d’évaluation, nous n’envisageons pas de revenir sur les Etats-Unis dont les niveaux de capitalisation des bénéfices sont plutôt élevés.
Les Etats-Unis sont très largement sous-représentées dans les portefeuilles des grands gestionnaires européens, uniquement sur l’argument de la valorisation. En effet, depuis 20 ans, le marché américain est cher (plus cher qu’en Europe) et surperforme régulièrement : plus il surperforme, plus il est cher et plus l’écart se creuse avec l’Europe. Et depuis 20 ans, les investisseurs européens loupent cette opportunité.
Aujourd’hui, il est très compliqué de revenir sur un marché qui se trouve à la fois à son plus haut historique et en haut de cycle économique.

Qu’en est-il des émergents producteurs de matières premières et des autres ?

Les cas de l’Inde ou de la Chine doivent être différenciés de ceux des pays du Moyen Orient ou de l’Indonésie mais globalement la croissance est présente. Et face à une croissance américaine en haut de cycle qui va difficilement pouvoir dépasser 2% et une Europe se situant entre 1% et 1,5%, nous envisageons de revenir sur les émergents à condition que le dollar reste stable, les émergents étant très dépendants de l’évolution de celui-ci.
Sur les émergents, nous préférons la dette car en devise locale, elle rapporte autour de 9%. En investissant aujourd’hui, dans 5 ans avec le portage (9% capitalisé), vous obtenez quasiment 50% ce qui signifie qu’il faut que les devises perdent 50% contre l’euro pour que vous soyez perdant. Chez OFI Asset Management, nous pensons que c’est un bon placement avec un risque relativement limité et surtout un rendement qui est là pour payer ce risque.

Nos thèmes associés