Par Benjamin LOUVET

2018, une année en or pour les Banques Centrales ! Et 2019 ?

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, intervient à propos des mouvements d'achats d'or des Banques Centrales
BFM Business - Intégrale Bourse 12/02/2019

En 2018, les Banques Centrales ont réalisé une année record en achetant la plus grosse quantité d’or depuis 50 ans.

En réalité, les Banques Centrales détenaient traditionnellement de l’or du fait que les monnaies y étaient corrélé jusqu’en 1971 et la fin officieuse des Accords de Bretton Woods et 1976 et la fin officielle lors des Accords de la Jamaïque. Une fois ces Accords terminés, l’amarrage de la monnaie à l’or a été remplacé par un objectif d’inflation et l’intérêt pour le métal jaune s’en trouvé amoindri. De ce fait, beaucoup de Banques Centrales, notamment celles des pays développés, ont vendu progressivement leur or au gré de leurs difficultés.
La fin du mouvement de sorties des Banques Centrales du marché de l’or a été marquée par les dernières ventes importantes réalisées par la France début 2000, à l’époque où Nicolas Sarkozy était ministre de l’Economie, et par l’Angleterre avec Gordon Brown. Ces ventes ont précédé de très peu l’envolée des cours de l’or et les gouvernements responsables de celles-ci ont été très fortement critiqués.

Que s’est-il réellement passé à cette période ? Cette vente d’or s’est déroulée sur plusieurs années et son ampleur a poussé certaines des Banques Centrales à s’organiser et signer un accord entre elles, le Central Bank Gold Agreement (CBGA), les obligeant à limiter leurs ventes à 400 ou 500 tonnes d’or selon les années afin de ne pas trop impacter le marché.

Puis, un changement s’est opéré au début des années 2000 en raison des prémices d’une accélération de la mondialisation qui s’est soldée en réalité par un transfert d’une grande partie de l’outil industriel mondial vers des pays émergents. Ces derniers se sont retrouvés avec des balances commerciales nettement excédentaires et ont dû gérer des réserves de change extrêmement importantes. De ce fait, un certain nombre de ces banques ont investi classiquement dans des emprunts d’Etat des Etats-Unis et autres gouvernements.
Mais le prêt d’argent à des gouvernements déjà très fortement endettés posant problème, la solution a été trouvée dans l’or qui a l’avantage de n’être la dette de personne et de constituer une monnaie de réserve au regard des Banques Centrales.
A partir des années 2000, les Banques Centrales des pays développés ont donc petit à petit arrêté leurs ventes d’or pendant que celles des pays émergents commençaient progressivement à en acheter, notamment en Russie, en Chine, au Kazakhstan, en Turquie…

Après avoir vendu environ 500 tonnes d’or par an, les Banques Centrales en achètent autant aujourd’hui et ont même dépassé ce niveau en atteignant un record de 650 tonnes en 2018.
Ce mouvement de 1000 tonnes est colossal sachant que le marché total de l’or représente environ 4500 tonnes par an, et il risque de se poursuivre dans le temps.

D’autres Banques Centrales s’intéressent au marché de l’or, notamment en Pologne et en Hongrie dont les réserves vont passer de 3 à 30 tonnes d’or. La Banque Centrale Chinoise achète à nouveau officiellement de l’or alors qu’elle ne l’avait plus fait depuis deux ans. En Inde, le gouvernement, qui a mené une politique très dure envers d’or, le jugeant responsable du déficit de la balance commerciale du pays, à recommencer ses achats à la fin de l’année dernière.

Parallèlement, les Banques Centrales Allemande et Hollandaises ont décidé de rapatrier dans leur pays la majeure partie de leurs réserves d’or stockées aux Etats-Unis, en France ou en Angleterre, ce qui montre une volonté de conserver ses richesses à proximité au cas où la situation se dégraderait.