Réunion de l'OPEP à Vienne

Benjamin Louvet, Gérant des Matières Premières chez OFI AM, analyse les différents thèmes abordés lors de la réunion de l'OPEP à Vienne
BFM Business - Intégrale Bourse 06/11/2019

Faut-il procéder à une augmentation de la réduction de la production de pétrole ?

A l’approche du premier trimestre 2020, une première discussion concerne les attentes sur la demande de pétrole qui se voit traditionnellement reculer à cette période en raison d’une baisse de la consommation due à la sortie de l’hiver (le pic de la consommation se situe plutôt au cours de l’été, notamment dans les pays du Moyen Orient qui recourent à la climatisation).
Le risque est de voir les inventaires de pétrole se reconstituer, une situation qui plaiderait en faveur d’une baisse de production complémentaire à celle d’1,2 million de barils par jour, décidée par l’OPEP et ses alliés il y a quelques mois.
En réalité, l’OPEP se trouve déjà au-delà de ce seuil et l’Arabie saoudite a fait part de son mécontentement à ce sujet, cette dernière ayant très largement contribué à la baisse de la production face à un certain nombre de pays comme le Nigéria et l’Irak qui n’ont pas respecté leurs engagements.

Prolongement ou non de l’accord de réduction ? Caduc en mars 2020, il semblerait que le point d’une prolongation du contrat de réduction soit déjà acquis au moins jusqu’à juin et probablement jusqu’à fin 2020.

Dans l’hypothèse d’une baisse supplémentaire de la production de pétrole, celle-ci pourrait atteindre 1,6/1,7 million barils par jour, soit une baisse supplémentaire de 500 000 barils par jour.
L’Arabie saoudite a fait savoir en amont qu’elle était d’accord pour envisager d’autres options mais uniquement si l’ensemble des pays respectaient l’accord. Dans le cas contraire, elle pourrait décider de réaugmenter sa production.
Pour le moment, elle a tout intérêt à maintenir les prix du pétrole sur des niveaux élevés car une baisse, à quelques jours de l’introduction en bourse d’Aramco, serait pénalisante.

Recherche d’équilibre entre l’offre et la demande

Malgré des niveaux relativement fermes qui semblent satisfaire tout le monde aujourd’hui, à 63/64 dollars sur le baril de brent, l’équilibre de prix reste fragile pour une raison difficile à anticiper en début d’année : contrairement à l’offre qui s’est comportée à peu près comme attendue, la guerre commerciale sino-américaine a fait craindre un ralentissement et impacté l’économie mondiale dont les anticipations de croissance ont été revues à la baisse, entraînant une chute de la consommation de pétrole. Il a donc fallu procéder à un rééquilibrage entre l’offre et la demande.

Ralentissement des pétroles de schiste

Les pétroles de schiste ont connu un ajustement, anticipé depuis déjà quelques temps par OFI Asset Management. En effet, le manque de financements de cette industrie par rapport au passé et son incapacité à générer des free cash-flows (flux de trésorerie disponible) depuis 2008, ont amené les pétroliers de schiste à envisager de réduire leur rythme de croissance.
La croissance du pétrole de schiste se retrouve donc moins importante qu’attendue cette année, permettant ainsi aux prix du pétrole de se maintenir malgré le ralentissement de la demande évoqué précédemment.

En 2020, l’OPEP va devoir veiller à ce que l’offre de pétrole ne soit pas trop importante pour éviter une nouvelle baisse mais également à ce que les prix ne montent pas trop vite car cette situation serait une bouée de sauvetage pour les pétroles de schiste en ralentissement aujourd’hui.
Le cabinet IHS Markit, qui d’ordinaire se montre extrêmement positif sur le pétrole de schiste, a revu ses chiffres de croissance de façon drastique. Désormais, il n’évoque plus que 440 000 barils par jour de croissance de la production de pétrole de schiste aux Etats-Unis pour l’année prochaine et 0 en 2021. Pour rappel et selon l’Agence Internationale de l'Energie (AIE), à horizon 2025, la hausse de la croissance exige une mise en production supplémentaire équivalente à pratiquement deux fois la production de pétrole de schiste actuelle. Dès 2021 et si le ralentissement perdure, un vrai problème va se poser dans l’équation et les prix du pétrole pourraient repartir assez fortement à la hausse.
Dans ce contexte, l’Arabie saoudite aura « éliminé » un concurrent puisqu’elle ferait sérieusement ralentir les pétroles de schistes américains qui représentent une offre un peu chère aujourd’hui dans le cadre de ce marché.

L’introduction en bourse d’Aramco : un succès ou un échec ?

Il y a quelques semaines, l’Arabie saoudite a dû réviser à la baisse ses ambitions pour l’arrivée sur les marchés financiers de Saudi Aramco. En effet, le montant des souscriptions s’est avéré très en deçà des espérances initialement affichées par le prince héritier, Mohammed ben Salmane (MBS) qui voyait le géant pétrolier atteindre une valorisation boursière de 2000 milliards de dollars.

Selon les dernières informations, le prix de l’action se monte à 32 riyals, soit dans la fourchette haute du prix prévu, pour une valorisation de 1700 milliards de dollars.
Cette levée de fonds de l’ordre 25,6 milliards de dollars fait de Saudi Aramco la plus grosse introduction en Bourse de l’histoire devant la société Alibaba qui détenait le précédent record à 25 milliards de dollars.

L’opération de bourse avait pour deuxième objectif de placer des actions auprès d’investisseurs étrangers mais un certain nombre de roadshows ont été annulés un peu partout dans le monde, notamment en raison de problématiques de gouvernance, l’Investissement Socialement Responsable (ISR) étant devenu aujourd’hui un enjeu majeur de l’investissement.
Le succès du lancement de Saudi Aramco reste donc majoritairement local et en partie soutenu par les grandes familles saoudiennes à qui il a été demandé leur participation.